La musique en grand danger

Mediapart, s'est fait une spécialité de débusquer et mettre en pleine lumière les scandales politico-financiers ce qui constitue un gain pour la démocratie et contribue, espérons-le, à la moralisation de la vie publique. Ces « affaires » sont déclenchées, par définition, suite à des faits délictueux précis. Mais il est des scandales, à mon sens, plus graves encore, qui sont le résultat non d'un fait de corruption ponctuel mais d'une dérive lente et progressive, et donc insidieuse, de certains aspects de notre société.

Je pense particulièrement à un domaine qui m'est particulièrement cher en tant que mélomane : la Musique. Mais on peut certainement transposer cette réflexion à d'autres domaines touchant à l’art et à l'éducation.

Aujourd'hui les ventes de CD en musique classique + Jazz représentent à peu près 12 % ( 7% pour le classique, 5% pour le Jazz). Ces chiffres seraient à minorer très très sensiblement si l'on considérait uniquement la tranche d'age < à 30 ans. Il suffit pour s'en convaincre de voir la moyenne d'age du public des concerts classique.

Cela signifie que malgré les moyens de diffusion fantastiques dont nous disposons aujourd'hui, la jeune génération actuelle - et probablement les générations futures, mais, heureusement, dans le domaine des prévisions rien n'est jamais sûr - ne connaît, ni Bach, ni Mozart (mis à part l'opéra rock (sic)), ni Beethoven, Schubert, Stravinski, Ravel, Bartók, Charlie Parker, Billie Holiday, Miles Davis, etc. etc.

Première question est-ce si grave ?

Ceux qui ont découvert, à l'adolescence ou un peu plus tard, tel trio ou quintette de Schubert, les symphonies ou quatuors de Beethoven, le concerto pour clarinette de Mozart, « Bird of Paradise de Charlie Parker ou encore d'innombrables trésors de la « bonne » musique, connaissent la réponse.

Ceux qui lisent Nietzsche aussi « Sans la musique, la vie serait une erreur », et à son époque le « genre » de musique ne se posait pas.

La vrai question est évidemment : Pourquoi ? Que s'est-il passé ?

Il suffit de « zapper » sur la bande FM pour voir comment, à coup de décibels (provoquant des lésions irréversibles aux oreilles de beaucoup de jeunes) de vulgarité crasse et de publicité débile, on intoxique les jeunes cerveaux en pleine recherche de sensations, et d'émotions.

La solution n'est pas de retirer aux jeunes « leur » musique bien au contraire c'est vital pour eux, à condition que ce soit vraiment « leur » musique, mais d'interdire ou à tout le moins de combattre efficacement, le lavage de cerveau que constitue l'environnement « pseudomusico-débilo-mercantile » des radios et télévisions commerciales. Et là, que l'on ne nous raconte pas d'histoire, il ne s'agit pas de censure mais de salubrité publique. La tâche semble immense, irréaliste ? Oui, c'est bien là le problème.

Maria Joao Pires, la grande pianiste, disait dans une interview : « Ce qui est essentiel est devenu extravagant. C’est cela la crise humaine. Les spécialistes de l’environnement se demandent : « Quelle planète va-t-on laisser à nos enfants ? » Moi, je me demande plutôt : « Quels enfants va-t-on laisser à cette planète ? ». C’est tout aussi important. La crise de la musique classique vient de cela parce qu’elle est tombée dans cette logique. ».


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