Le débat sur les conséquences génétiques dans la descendance des sujets irradiés

Faudrait-il clore le débat concernant le constat clinique et radiobiologique sur les probables conséquences génétiques transgénérationelles que nous avons observées dans la descendance des vétérans et de certains habitants polynésiens exposés aux retombées des essais nucléaires du CEP ? Voici ma réponse à l'épidémiologiste Florent de Vathaire, que la Dépêche de Tahiti n'a pas publiée.

La Dépêche de Tahiti s’est fait l’écho le 2 février dernier, du courrier du Dr Florent de Vathaire, épidémiologiste de l’INSERM, qui contribue à critiquer de façon fort peu confraternelle, mon rapport sur le constat clinique et radiobiologique des conséquences génétiques transgénérationnelles observé sur la descendance des vétérans du CEP, et des habitants polynésiens exposés aux retombées des essais nucléaires du Pacifique (http://www.obsarm.org/spip.php?article300 ) Il semble important pour lui de « clore le débat » ! C’est affligeant.

 http://www.ladepeche.pf/nucleaire-directeur-de-linserm-denonce-campagne-alarmiste/

Voici donc, ci dessous, ma réponse à cet article, qui n’a pas été publiée par La Dépêche de Tahiti, en dépit de ce « droit de réponse » qui leur a été adressé le 4/02/2017

Roland Oldham, président de Moruroa e Tatou a été bien seul dans les média polynésiens, pour continuer à faire avancer le débat :

http://www.ladepeche.pf/nucleaire-urgent-de-mener-enquetes-effets-transgenerationnels-essais/

 

Alors, certes, depuis 2 jours, le gouvernement polynésien semble faire « volte face », et « récupère » à son profit la proposition de collaboration que nous avions, avec Bruno Barillot, envisagée avec une généticienne japonaise, le Pr Katsumi Furitsu.

Maintenant, ce sont les aspects « techniques » de la méthodologie de ce type d’étude épidémiologique et radio-toxicologique qu’il s’agit de définir (et il s’agit là de se confronter à l’épineuse question de la définition des « groupes contrôles », au delà des tentatives d’instrumentalisation politique du débat, discussion qui avait à peine commencée, avec le Pr Furitsu, au moment du décès de Bruno Barillot, comme c’est explicité dans notre rapport).

C'est la nouvelle Déléguée au Suivi des Conséquences des Essais Nucléaires, nommée par le Président Edouard Fritsch, qui a instrumentalisé la discussion débutante, sur cette question du "Group Control", et qui a "embrouillé" l'histoire, dès sa nomination, en interrompant "de facto" la discussion scientifique ébauchée avec le Pr Furitsu. 

 

http://www.ladepeche.pf/nucleaire-pays-demande-etude-a-specialiste-japonaise/

 

Quoiqu'il en soit, des études sérieuses vont peut-être enfin démarrer sur ce sujet : c'est ce que nous demandions dan notre rapport; mais il importe que ces études soient pluridisciplinaires, transparentes, et qu'elles soient construites sous le regard éclairé des associations de vétérans et de la société civile polynésienne (Moruroa e tatou, Aven, 193), et des ONG spécialisées (AMFPGN, Obsiven, Obsarm, CRIIRAD, ...).

  

Lyon, le 4 février 2018

à Bertrand Prévost, rédacteur

La Dépêche de Tahiti

 

Cher monsieur Bertrand Prévost

 L’article que vous avez publié, dans La Dépêche le 2 février 2018, reprend le courrier que vous a adressé Mr Florent de Vathaire, et qui conteste « ce qui se dit » de mon rapport, plus sur la forme, que sur le fond du texte (mais l’a-t-il lu ?) ; avec l’utilisation des termes « accusations particulièrement graves et choquantes » (ce qui est probablement exact pour l’entendement frileux des leaders de « l’ordre établi militaro-colonial ») mais aussi « absence de méthode scientifique » (et que fait donc Mr de Vathaire, épidémiologiste, des sciences cliniques et biologiques, pour lequel il ne peut se targuer d’aucun titre de « directeur de recherche »), cet article fait suite à des accusations « d’incompétence », de « mensonges », « d’imposture scientifique » dont j’ai été abreuvé depuis 3 semaines dans les médias polynésiens.

 Je n’ai pas, jusqu’ici, pu m’exprimer « directement » dans vos colonnes, comme les autres, alors, votre article m’en donne l’occasion.

Et je vous remercie à cette occasion d’avoir repris, le 22 janvier dernier, ce que je disais en 2011, concernant ce projet de recherche, son soutien par les anciens ministres Tetaria et Bryant, et le fait que j’avais déjà proposé à l’époque de consulter le comité d’éthique, ce qui n’a pu être fait ces dernières années… car il n’y avait plus de Comité d’Ethique en Polynésie (jusqu’à mon départ effectif du fenua !).

Il est alors fort possible, que le fait que notre projet d’étude, avec Bruno Barrillot, ait germé à l’époque du gouvernement UPLD, ne soit pas pour rien, dans l’agressivité que certains manifestent, dans toute cette affaire contre ses promoteurs, Bruno et moi ( ?).

Vous comprendrez aisément que ces accusations, lorsqu’elles sont émises par « des médecins », posent un problème déontologique, et elles devraient également poser un problème éthique, pour ce qu’il en est des politiques, quant à mon honneur professionnel, en tant que médecin du service public ; ainsi, les termes employés à mon encontre, attentent gravement, et publiquement, à la confiance que les familles de mes patients on pu me porter, durant mes dix années d’exercice public en Polynésie.

Je vous demande donc de publier en intégralité cette lettre comme un « droit de réponse » tout a fait officiel, sur la Dépêche « papier », ou sur votre site internet, si la place vous manque, et je vous remercie par avance « de ne pas clore le débat ».

Mon « honneur » professionnel, lui, s’en sortira, car il est soutenu par mes collègues, et par la considération qu’ont reçus mes précédents travaux de recherche, de la part de la communauté médicale et scientifique francophone, et même au delà.

 

Alors, cette question « d’incompétence », ou de « compétence », d’où vient-elle exactement ?

Je n’ai jamais, pour ma part, prétendu avoir de compétence épidémiologique, ni en radioprotection, ni en oncologie (et les propos qui me sont prêtés sur la question des cancers des enfants dans les atolls du sud des Tuamotu, ne correspondent pas à ce que j’ai écrit dans le rapport, qui est heureusement, grâce à Polynésie Première et à l’Observatoire des Armement, en accès libre, de façon tout à fait transparente, pour toutes et tous).

Par contre, mes contradicteurs n’ont manifestement aucune des compétences qui sont les miennes, en matière clinique et pédopsychiatrique (vous avez remarqué qu’il n’y a pas, aujourd’hui, de contradiction publiquement exprimée, qui soit du registre de la clinique psychiatrique, pédiatrique ou neurologique, et que, concernant mes patients, je n’ai fait, comme tout médecin, que des hypothèses étiologiques, qui demandent à être confirmées par des examens génétiques biomoléculaires, que nous n’avons malheureusement pas à notre disposition… d’où ce projet de recherche).

Manifestement, le médecin militaire, Mr Baert, et Monsieur De Vathaire, sont les seuls qui semblent parés d’une « compétence totalisante » sur les questions sanitaires liées au nucléaire, (ainsi sans doute que la responsable de la DSCEN, qui préfère, elle, se référer à ces 2 personnes, pour se rassurer elle-même, comme elle le confiait dans son interview au magasine DIXIT, préalablement à la parution de mon travail !).

 

Ensuite, vous le savez certainement, aujourd’hui, la déontologie et la loi demandent expressément à ce que les chercheurs disent « pour qui ils travaillent », et « par qui ils sont payés », afin d’être à l’abri d’éventuels conflits d’intérêt.

Nous n’avons pas besoin de demander aux politiques de philosophie autonomiste, ou à la Ministre des Outre-mers, par qui ils sont gouvernés ou « intéressés », consciemment, ou inconsciemment ; il s’agit bien évidemment, pour une grande part, de la « raison d’état ».

En ce qui concerne le médecin militaire, tout le monde, sur le fenua, a bien compris qu’il va dans le même sens que certains de ses illustres prédécesseurs du Service de Santé des Armées qui se sont succédés en Polynésie depuis les débuts du CEP : depuis 1966, les exemples « déclassifiés » de la contre information, et des mensonges, exprimés par ces militaires, et son service après vente, sont légion.

En ce qui concerne l’épidémiologiste, par contre, il serait peut-être intéressant de savoir qui finance ses travaux. Tous les travaux scientifiques sur le sujet, en France, et je le sais pour m’être heurté à des murs pendant 6 ans (lorsque, avec Bruno Barillot, nous avons cherché des laboratoires universitaires pour effectuer les analyses génétiques que nous souhaitions obtenir sur les trois générations de nos patients), sont financés par le « lobby militaro-énergétique » Armée/CEA/EDF/AREVA/IRSN, lobby qui correspond au « modèle politico-financier » international dominant, installé en gestionnaire arbitraire des questions nucléaires : AIEA/UNSCEAR).

Une bonne partie de la science « officielle » publie effectivement des enquêtes « à décharge », comme celles cités par Mr de Vathaire, qui conviennent parfaitement bien à leurs prometteurs, en établissant « scientifiquement » l’innocuité ou le caractère « négligeable », des conséquences sanitaires radio-induites.

 La magnifique neutralité, la « soit-disant » absence d’idéologie, dans lesquelles se parent nos scientifiques officiels, n’abusent plus personne aujourd’hui.

Les travaux de l’ONG Independent WHO sont, à cet égard, très parlant ; ils sont en accès libre sur leur site http://independentwho.org/fr/livres/ .

Il n’est pas non plus inintéressant de constater qu‘en octobre 2017, c’est une Coordination d’ONG contre les Armes Nucléaires qui a reçu le prix Nobel de la Paix, coordination dont font partie Indépendant Who, l’Observatoire des Armements, co-créé par notre regretté Bruno Barrillot, l’IPPNW[1], l’AMFPGN[2]… Et toutes ces organisations présentent des travaux scientifiques, accessibles à tous, qui, n’en déplaisent à Mr De Vathaire, « mettent en évidence l’augmentation des malformations, pathologies congénitales, cancers ou autres pathologies chroniques chez les enfants des parents exposés aux radiations ionisantes ».

Mon rapport, dans les 12 pages de bibliographie qu’il comprend, cite un certain nombre de ces études cliniques et radiobiologiques, et chacun peut s’y référer.

 

En ce qui me concerne, tout ça «  ne me rapporte rien », si ce n’est des injures publiques ; personne ne me finance, si ce n’est ma paye de médecin du service public, et en tant que praticien hospitalier, je ne suis assujetti, « en droit », à aucun devoir de réserve sur des questions sociétales.

Ayant démissionné de mon poste de responsable du service de pédopsychiatrie du CHPF, et quitté le territoire, je n’ai plus à me préoccuper, comme avant, de ne pas porter atteinte aux intérêts matériels de mon ex-service, comme lorsque j’en était le gestionnaire, et des légitimes et nécessaires augmentations budgétaires qu’il justifiait (et qu’il justifie toujours d’ailleurs). J’avais jusqu’au mois de décembre dernier, pour principal intérêt personnel, la résolution des questions cliniques mystérieuses qui affectent mes patients, afin de pouvoir construire pour eux des projets thérapeutiques individualisés, adaptés, et efficaces, inspirés par « l’état des lieux » actualisé de la science médicale (devoir inscrit dans le Code de Déontologie Médicale).

 

Mais, la fonction sociale du psychiatre, c’est également, dans le champ de la prévention des risques, de lutter contre les systèmes d’aliénation, d’emprise, de soumission, de domination, de violence et d’a-sujétion à un ordre établi, lorsqu’il est péjoratif sur le plan sanitaire … et de dénoncer toutes les situations sociétales qui constituent une bonne part des souffrances, des pathologies et des troubles mentaux induit par les « violences sociales » (d’où mon adhésion à l’AMFPGN, et, jadis, mon engagement dans l’ONG Médecins du Monde, dont la devise est « Soigner, et Témoigner », y compris lorsque le discours scientifique est instrumentalisé au profit d’autres intérêts que ceux des patients, et des citoyens de la République).

Et la question du conseil génétique, ça ne regarde peut-être pas les épidémiologistes ou les médecins militaires, mais cela concerne tous les praticiens confrontés aux souffrances des familles.

Et les questions collatérales, liées à l’exposition aux risques sanitaires contingents des accidents, ou des fuites des centrales nucléaires, et à la dissémination des munitions à « l’uranium appauvri », cela regarde aussi tous les médecins, et tous les citoyens du monde.

 

Alors, certes, ma formation psychiatrique, et mes compétences psychopathologiques, biologiques, anthropologiques, socio-psychologiques et politiques, excusez du peu, me permettent d’entendre « d’où » viennent ces accusations, et quel est le propos subliminal articulé par tous ces détracteurs mal polis : il s’agit surtout de faire taire le propos, d’éteindre le feu, sur des questions qui, vous le noterez, ne sont absolument pas traitées sur du fond, mais uniquement sur la forme : je serais donc un « diviseur », sur le plan politique (or la division, en Polynésie, est bien là, depuis bien longtemps, et je n’y suis personnellement pour rien) ; il s’agit surtout de me faire taire, ainsi que mes alliés, par l’humiliation, et le déni prétendu de mes compétences ; or, je suis médecin depuis 1984, je suis praticien hospitalier de la fonction publique, au dernier échelon de la carrière, j’ai été expert en psychopharmacologie, en addictologie et en psychotraumatologie, pour des organismes étatiques français, et je me consacre à l’étude de cette question de la transmission génétique des troubles du développement depuis mon arrivée sur le fenua en 2007.

Mais surtout, nous pouvons constater que ni le médecin militaire, ni l’épidémiologiste, ni les politiques, ne s’intéressent concrètement à la question bien réelle, celle des pathologies héréditaires, probablement radio-induites, et incontestables, que notre service du CHPF tente de soigner depuis des années dans les 5 archipels de Polynésie française, et aux nécessités thérapeutiques et institutionnelles qu’il s’agit de développer pour leur prise en charge.

Nous verrons effectivement ce qu’il en sera concrètement des promesses d’études génétiques et épidémiologiques faites par Mme Vernaudon et Mme Girardin. Et, personnellement, j’ai confiance dans les Associations de Vétérans du fénua, pour ne pas s’en laisser conter.

Manifestement, Mr de Vathaire, dans son courrier, assume tout à fait ce qui avait inquiété Bruno Barrillot ces dernières années, et qu’il m’avait confié avant sa mort, c’est à dire le refus de coopération de Mr De Vathaire (expert manifestement auto-proclamé sur l’ensemble de la problématique nucléaire en Polynésie ?), avec les praticiens de terrain (du moins, avec moi); il semble qu’il s’arroge le droit de piloter toute recherche localement, au détriment de tout autre intervenant, surtout si ce dernier ne partage pas la totalité de ses propres croyances dans le type de modèle « scientifique » auquel il adhère.

Il considère sans doute que, pour qu’il puisse sereinement continuer ses propres recherches sur le terrain d’essai militaire de Polynésie française, personne ne doit le priver de son « exclusivité » ! Les Associations de Vétérans, les habitants touchées par les retombées des essais nucléaires, et plus largement, la population éclairé, démocrate et  républicaine, apprécieront.

 

Un peu de distance psychique, et de réflexion épistémologique, devraient pourtant permettre à ce type de « scientiste », bien à l’abri dans leurs laboratoires, et devant leurs chiffres statistiques, de ne pas céder au sentiment de toute puissance, et de cesser de mépriser le travail clinique qui, à partir de la réalité sensible, permet de se prémunir contre certaines théories exclusives, qui ne constituent qu’une dimension très partielle du « vrai».

Mais il est effectivement difficile de discuter avec les gens qui sont ainsi persuadés d’être les parangons de la seule vérité scientifique qui vaillent, essentiellement la leur ! Bon courage à mes successeurs, si nos détracteurs arrivent à « clore le débat », puisque c’est semble-t-il là le cœur de leur propos.

Le seul véritable problème évoqué par ces contradicteurs/interdicteurs, finalement, est éminemment paternaliste : il s’agit d’éviter tout risque de « panique morale », prenant de ce fait les polynésiens « pour des enfants » (ce qui correspond bien, sociologiquement, à un vieux « fond de commerce » du système colonial).

Alors, certes, cette question des pathologies possiblement radio-induites, que constituent certains Troubles Envahissants du Développement associés à des anomalies neurogénétiques, font l’objet, depuis Hiroshima, et jusqu’à aujourd’hui, de polémiques, car l’étiologie multifactorielle de ces pathologies est difficile à caractériser, d’où l’intérêt de réflexions tout à la fois épigénétique, écotoxicologique et écoépidémiologique.

 Vous trouverez dans les publications scientifiques, autant de travaux qui vont dans le sens d’en démontrer biologiquement l’existence (et les références sont nombreuses dans la bibliographie de mon rapport), que de travaux qui montrent que sa « quantification » épidémiologique n’a pas, pour l’instant, pu être démontrée ; Mr De Vathaire ne met en avant, dans son courrier, que les travaux de cette deuxième occurrence.

Et monsieur De Vathaire, ne vous parle que des travaux de son champ de compétence (l’épidémiologie, et les calculs statistiques, particulièrement difficiles à interpréter dans les pathologies d’origine multiparamétrales), travaux qui ne reflètent qu’une petite partie de la science actuelle dans le domaine de l’écotoxicologie, et qui ne prennent pas en compte les avancées récentes de la radiobiologie, et ses liens avec la clinique du vivant, dans le cadre de la médecine translationnelle.

 

Dans un récent numéro de la Revue Mutation Research (2016, n°770), le professeur Noboyuki Hamada, du Radiation Safety Research Center japonais, associé à Simon Bouffler, du Radiation Effects Department, de Chilton, Oxfordshire, en Angleterre, et à Gayle Woloschak des Departments of Radiation Oncology, Radiology, and Cell and Molecular Biology, de Chicago, aux Etats Unis, ont regroupé certains des travaux les plus récents qui mettent en évidence le retard pris à prendre en compte, particulièrement dans le champ éco-épidemiologique, les très réelles pathologies radio-induites ophtalmologiques (cataractes[3]) et cardio-vasculaires (pathologies circulatoires et cardiaques), et les effets des radiations ionisantes sur les spermatozoïdes, et la descendance des sujets irradiés (même à très faibles doses)[4], par un effet de perturbation épigénétique (augmentation de l’instabilité génétique), sur la « chimie moléculaire » biologique, à la base de la « réparation » du génome, et de son « expression » au travers de la chaine ADN/ARNm/protéine (processus oxydatifs, méthylation de l’ADN…).

Ces chercheurs poursuivent les travaux in vitro de William F. Morgan, de l’Université du Maryland, récemment décédé, qui a mis en évidence de façon incontestée, « les effets génétiques observés sur les cellules survivantes de nombreuses générations après l’exposition initiale aux radiations », y compris « parmi ces changement génétiques observés, les mutations différées, la mort différées des cellules reproductives, les transformations différées et l’instabilité chromosomique, qui sont aujourd’hui regroupées sous le « parapluie» de l’instabilité génomique radio-induite ».

 

Les résultats de la Life Span Study font toujours aujourd’hui l’objet de polémiques scientifiques (travaux de D.L. Preston, M.P. Little, J.V. Neel…) quant à l’existence de troubles génétiques sur la descendance des survivants d’Hiroshima et Nagasaki, même si, dans cette occurrence, nous ne sommes pas dans une situation comparable avec les expositions « internes » de longue durée, à de faibles doses de radioactivité, comme cela a été le cas pour la plupart des vétérans à l’époque des essais sous terrains, et pour les habitants soumis aux retombées radioactives des nombreux essais atmosphériques (une forte proportion des vétérans de l’époque des essais atmosphériques sont aujourd’hui décédés, et ce sont les survivants de cette époque qui témoignent le mieux des problèmes génétiques concernant la procréation) ; il en est de même pour les études sur la descendance des sujets traités par la radiothérapie (le risque de transmission des troubles génétiques dans la descendance de malades traités par irradiation est en moyenne, suivant les différentes cohortes, de 4 % ; mais il ne s’agit là, bien souvent, que d’une irradiation « externe » et sur une courte période, et, dans ce cas, le contexte de « risque négligeable » peut se comprendre, compte tenu qu’il s’agit de l’effet « iatrogène » d’une pratique thérapeutique qui va bien souvent être très positive pour le malade lui-même).

Dans l’exemple de la Techa River, de la zone de Mayak et de Semipalatinsk, où se sont produits des accidents nucléaires liés aux essais nucléaires russes, et à une industrialisation des déchets nucléaires, vous trouverez aisément des travaux qui expliquent le contraire de ceux avancés par Mr de Vathaire[5].

Et, ce qui compte, dans ces études, c’est la « traduction littérale » que chacun peut en faire… et la manipulation du fameux concept de « risque négligeable » !

En ce qui concerne une des études citées par Mr De Vathaire (Schüz et al., In utero exposure to radiation and haematological malignancies : pooled analysis of southern Urals cohorts, British Journal of Cancer, 2017, 116 126-133), en voici l’intégrale conclusion : « Our results suggest a positive association between in utero exposure to ionising radiation and risk of haematological malignancies, but the small number of observed cases, inconsistent incidence and mortality findings, and limited follow-up preclude firm conclusions. Half of the combined cohort was still alive at the end of 2009 and the oldest members had only reached age 61 years; a further 10 years of follow-up would increase the number of cases to the extent that higher statistical power and more robust results would be obtained »; il est donc écrit :

  • « il y a une association positive entre l’exposition in utero (du fœtus) aux radiations ionisantes et le risque de maladie hématologique » !
  • mais « le nombre de cas observé est petit, et il y a (…) une mortalité très faible » (mais est-ce pour autant négligeable ???)
  • la moitié de la cohorte est toujours vivante, l’autre moitié de la cohorte est décédée (de quoi ?), les plus jeunes sont âgés de 61 ans, et il faudra attendre encore 10 ans de suivi, pour éventuellement voir le chiffre augmenter, jusqu’à atteindre un « pouvoir » statistique conséquent…

Bref, la conclusion n’est pas aussi « laconique » qu’on nous le laisse entendre… Alors, soit, il y a un problème chez l’un d’entre nous quant à la langue anglaise, soit il y a une divergence d’appréciation subjective dans l’interprétation des résultats, soit il s’agissait d’une information tronquée. Je suis à votre disposition si vous souhaitez commenter les autres références citées par Mr De Vathaire.

 

Il importe de faire entendre à l’opinion publique, que telle ou telle étude épidémiologique, surtout lorsque ces résultats sont érigés en « diktats », ne sont pas exemptes de critiques épistémologiques, qu’il s’agisse de la mise en perspective de leurs résultats, ou de leurs biais méthodologiques, ce qui irrite d’ailleurs, une partie des gens « qui en vivent ».

 La déontologie, en matière scientifique, sur les sujets qui touchent à la raison d’état, est malheureusement souvent foulée aux pieds, et cette même raison d’état trouve souvent des prosélytes inconscients qui réalisent ce fameux adage « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Vous remarquerez encore, qu’il ne s’agit là que d’études épidémiologiques, ce qui ne constitue qu’une partie des éléments scientifiques du débat.

 

Or, il est avant tout question, dans notre sujet d’étude, chez nos patients, de radiobiologie, de clinique et de thérapeutique, et là, il est clair que ce n’est pas aux épidémiologistes de nous donner des leçons.

Je vous conseille ainsi, pour vous faire votre propre avis, des références toutes aussi récentes : les conférences du Pr Abraham Behar, président de l’AMFPGN (juin 2016)[6], la lecture du « billet d’humeur scientifique », intitulé « It’s not just a cancer ! Radiation, genomic instability and heritable genetic damage »[7] de l’expert anglais, le Pr Chris Busby (mars 2016), ainsi que l’ensemble de ses travaux sur www.greenaudit.org [8], et plus particulièrement ceux concernant la descendance des vétérans anglais du nucléaires[9], ainsi que la lecture de l’article de synthèse sur la question, de Inge Schmitz-Feuerhake de l’Université de Brême en Allemagne : « Genetic radiation risks : a neglected topic in the low-dose debate » (2016)[10]. « Que neni, Mr de Vathaire » ; les études qu’il cite ne sont pas « les seules à avoir été réalisées »… comme il l’affirme selon vous, dans votre entretien téléphonique, et, d’ailleurs, il ne semble pas que les références que je cite soient, elles, mises en cause.

 

Vous saisirez alors de façon évidente, que, dans cet enjeux international, il faut mieux faire en sorte, pour certains, que la population soit dupe, et « regarde le doigt », à savoir le pédopsychiatre de terrain « même pas scientifique, ni expert », plutôt que ce que montre le doigt, à savoir les questions inquiétantes pour la population mondiale, posées par les « retombées » du nucléaire.

 

L’information, la plus récente possible, sur ce sujet douloureux, est, bien sûr, la bien venue. Mais toute l’information.

 En vous remerciant de ne pas participer à l’Omerta officielle, et de ne pas céder aux injonctions qui vous sont faites, par nos gouvernants et les « sommités » de la Vérité, qui vous incitent, de façon assez peu démocratique, comme vous l’écrivez dans l’introduction de votre écrit, à « clore le débat » !

 

Bien Cordialement

Dr Christian Sueur

 

[1] International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), déjà Prix Nobel de la Paix en 1985.

[2] Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire, cofondatrice de l’IPPNW.

[3] cf également les éctrits d’Abraham Behar sur le même sujet : https://www.amfpgn.org/santé-paix/santé/  

cf aussi : http://www.asso-malades-thyroide.fr/wordpress/index.php/2016/12/17/un-travail-excessivement-interessant-est-mene-au-niveau-de-leurope-et-qui-interesse-directement-lassociation-au-niveau-de-lirradiation-et-un-declenchement-de-maladies-immunitaires-qui-favorisent-u/

[4] MARJAULT H.B., ALLEMAND I. : Consequences of irradiation on the adult spermatogenesis : between infertility and hereditary risk, Mutation Research, 2016, 770, 349-368.

[5] http://large.stanford.edu/courses/2014/ph241/powell2/docs/vakulchuk.pdf

http://www.thelancet.com/pdfs/journals/lancet/PIIS0140-6736(10)61900-9.pdf

DUBROVA Y.E. et al : Minisatellite germline mutation rate in the Techa River population, Mutation Research, 2006, 602, 74-82.

https://www.pri.org/stories/2017-03-13/soviet-era-nuclear-testing-still-making-people-sick-kazakhstan

http://news.bbc.co.uk/2/hi/8236431.stm

[6] https://www.vivre-apres-fukushima.fr/les-maladies-radio-induites-negligeables-un-nouveau-paradigme/

[7] https://www.counterpunch.org/2016/03/18/ts-not-just-cancer-radiation-genomic-instability-and-heritable-genetic-damage/

[8] http://www.oatext.com/child-health-and-ionizing-radiation-science-politics-and-european-law.php

[9] www.greenaudit.org/atomic-test-veterans/

[10] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26791091  

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4870760   

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