Réaction aux évènements du 14 juillet 2016 à Nice

Alors que la mort semble s'inviter à la table de la vie, il est peut-être temps de se poser quelques questions... En voici quelques-unes.

 

J'ai grandi dans une France où on attribuait à André Malraux ces paroles : « Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas. » Qu'il ait prononcé des paroles ou non, l'idée est restée et est souvent répétée en ces temps troublés.

 

Pour tout dire, je regarde quelquefois « On n'est pas couché » le samedi soir; lors des premiers attentats à Paris, Léa Salamé demandait aux intervenants : « Ne pensez-vous pas qu'il y a un manque tragique de spiritualité dans notre société ? » question jamais répondue, ou mal.

L'Islam ne vient-il pas réveiller ce questionnement ?

 

Il semble en effet que la société française soit très mal équipée, par la pensée, pour répondre à ces questions. La faute à la laïcité ? La faute au manque de réflexion profonde sur ce qu'est la foi ? sur ce qu'est l'homme, cette triplicité (corps, âme, esprit réduite à une dualité religieuse sur laquelle notre science entière est encore basée)? Faut-il vraiment laisser aux religieux le soin de réfléchir sur ce sujet ? ne soint-ils pas, eux aussi, prisonniers de dogmes ? N'est-ce pas quelque chose qui nous intéresse tous ? N'avons-nous pas autant de réponses à donner que le prêtre ou l'immam ? Et si je n'ai pas de réponses, la faute à qui ? La spiritualité ne peut-elle être laïque au 21ème siècle, le siècle de la pensée ?

 

Pourquoi accepte-t-on qu'on vienne nous dire quoi penser de telle ou telle chose ? Les « experts » de tout bord le sont-ils vraiment au regard de l'intérêt général ? Quels intérêts défendent-ils ? Quelle « connaissance » personnelle ont-ils acquise, s'agissant de problèmes spirituels, intérieurs ou même de problèmes sociaux ? Et n'y ai-t-il pas une relation entre les problèmes spirituels, sociaux et économiques ?

Bien sûr, les meurtres et assassinats ont toujours existé; bien sûr, beaucoup d'hommes politiques ont été cyniques et machiavéliques. Mais le mensonge n'était pas répandu avec la même intensité qu'aujourd'hui. On pourrait aussi se demander combien de morts ont été évitées parce que toute une société était rassemblée autour d'une même foi ? Je ne parle pas d'obliger les individus à croire comme ce fut le cas par le passé. Non, surtout pas. Mais ne vaut-il pas mieux avoir « Christ » et « Mahomet » et « Bouddha » comme « homme providentiel » plutôt que François Hollande ou Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen ? Ou que certaines loges qui, comme chacun le sait, provoquent des catastrophes dans le monde. Cela ne permettrait-il pas de voir les problèmes qui se posent à nous, à la fois personnels et sociaux, sous un angle différent ? Et donc d'y répondre différemment, de façon plus humaine ? Ne vaudrait-il pas mieux de rapprocher ces points de vue, dans un grand dialogue, plutôt que de parler d'identité et de cliver la société ? Ne sommes-nous pas tous des hommes ? N'est-ce pas cela qui devrait prévaloir afin d'éviter de nouveaux martyres et de nouvelles morts ?

 

Devant ce qui nous arrive, ces questions tournent en boucle dans ma tête. Bien sûr, j'ai quelques réponses ; mais il ne me semble pas approprié d'y répondre ici. Les poser, c'était, à coup sûr, donner à penser. Quelle que soit la réponse que chacun veut et, peut-être, se doit d'y apporter.

 

 

 

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