1894 - 2019 : Qu'est-ce qui a changé ?

Je ne résiste pas à la tentation de vous faire part de ce que j'ai trouvé sur le site consacré à Jean Jaurès : www.jaures.eu. Cet extrait L'article du site figure ici in extenso. J'espère qu'ils me pardonneront ! Mais, il prouve, s'il le fallait encore, que rien n'a changé depuis la fin du 19ème siècle en France. Seuls les noms des scandales. Malheureusement.

Le triomphe de la politique d’affaires (1894)

 Peu de temps après le scandale de Panama (cf. ce texte) et suite à des attentats anarchistes, la Chambre vote les « lois scélérates », destinées à réprimer le mouvement anarchiste et qui conduisirent notamment à interdire de nombreuses publications anarchistes.

Lors d’une des séances à la Chambre, Jaurès prend la parole : et si les germes des attentats anarchistes n’étaient pas où on le croit…

Compte-rendu, dans un journal de l’époque, de son intervention (pour le lecteur moins pressé, la quasi intégralité de l’intervention est publiée ici) :

M. Jaurès déclare qu’il n’accuse pas seulement les hommes atteints directement ou indirectement à l’occasion d’une affaire dont tout le monde a le souvenir (Panama) ; il accuse la société, où la corruption s’étend jusqu’à ceux qui représentent le pays.

 » Vous cherchez d’où vient le germe de l’anarchie ? Cherchez dans les milieux où fréquentent les hommes publics…

D’après M. Dupuy, ajoute M. Jaurès, l’anarchie commence par le mépris de l’autorité et du suffrage universel. Mais n’est-ce pas plutôt ceux qui favorisent les tripotages véreux et les laissent impunis qui troublent les consciences ?

M. Dupuy a dit aussi que le principe de l’anarchie était le mépris de la vie humaine. Mais la respectent-ils la vie humaine, ces financiers sans scrupules qui accumulent tant de ruines et causent tant de suicides ? 

D’où est venu ce poison politico-financier qui empoisonne la République ? De ce que Gambetta a voulu fonder une nouvelle société bourgeoise. Pour cela, il a dû la mettre en rapport avec les puissances de la finance. Le parti opportuniste les a laissé devenir toute-puissantes et il a humilié la République devant la haute banque. Qu’est-il arrivé ? Qu’en voulant réunir deux éléments contraires, la démocratie et la finance, on a réussi à faire triompher la politique d’affaires sur la politique de principes. »

M. Jaurès propose donc l’amendement suivant : « Seront considérés comme ayant provoqué aux actes de propagande anarchiste tous les hommes publics, ministres, sénateurs, députés, qui auront trafiqué de leur mandat, touché des pots-de-vin, participé aux affaires financières véreuses. » 

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