Idées...

Saïd Benmouffok a écrit: "« L’homme est un animal qui a besoin de sens », disait Nietzsche. Justement, la raison d’être d’un projet politique est de conduire les hommes dans l’ici-bas. Comme une « religion laïque », son rôle est d’expliquer pourquoi nous sommes ensemble, et ce que nous pouvons faire en commun. Il doit donner des raisons de se battre, donc désigner des amis et des adversaires. Il doit dire ce qui ne va pas dans ce monde, et ce qu’on doit faire pour construire un monde meilleur. Or, plus personne ne sait où la gauche veut nous mener, ni où elle devrait aller. Nous avons perdu le sens de l’agir en commun. Nous ne savons plus quoi faire ensemble.

Il ne s’agit pas « d’avoir des idées », comme on le dit souvent. C’est quand on n'a plus d'esprit qu’on se cherche des idées. On fait alors comme les partis d’aujourd’hui : on dresse une liste de trucs plus ou moins crédibles à proposer aux électeurs dans l’espoir d’attirer leurs suffrages. Ce qui nous manque, c’est la réponse à la question du sens : Pourquoi sommes-nous ici ? Quelle est notre place dans cette histoire qui a commencé il y a plus de deux siècles ? Vers où devons-nous aller ?"

C'est vrai et un grand merci pour ce rappel.

J'aimerais prolonger votre réflexion sur les idées car il me semble que c'est le problème numéro un des hommes aujourd'hui.  Vous dites qu'il ne s'agit pas d'avoir des idées. Vous avez raison: "avoir" des pensées, c'est les prendre, les emprunter pour les posséder, et les oublier pour ne conserver que son intérêt personnel.

Mais comment "produire" ces pensées généreuses, ouvertes, faites de l'intérêt de tous ? Car, en fait, tout est une question de pensée. Tout est question d'"idée" au sens platonicien du mot: ces images lumineuses venues du monde des dieux qui guidaient les hommes vers leur avenir sur terre. Oui, dans ce sens, nous manquons d'idées. Et, dans ce sens, nous sommes incapables d'en produire. Bien que... Auparavant, les écoles des mystères, puis l'église chrétienne nous donnaient une idée de la configuration du monde - vraie ou fausse.

Aujourd'hui nous sommes laissés libres de nos représentations et cela nous confère  une grande liberté. Mais nous ne savons pas vers où diriger  nos pas. Et les hommes politiques ne sont pas meilleurs de ce point de vue que les hommes qu'ils sont cesnsés gouverner. Car, que font-ils en réalité? Ils "gèrent" des situations selon des modèles dépassés où la liberté de chacun est baffouée, puisque seule compte leur propre façon de penser (pouvoir oblige). Et pourquoi en serait-il autrement? Ils sont prisonniers dans leur cages dorées. Tous. Alors, quelle grande idée pourrait nous amener à nous réunir ? Vers quoi ? Pour quoi ? Et là, le silence se fait... pas de réponse. Alors qu'il est urgent de trouver une réponse à ces questions, on nous assène des idées toutes faites sur tout un tas de choses (inutile de les énumérer, nous les connaissons toutes: il suffit de lire les journaux ou d'écouter la radio, pire: de regarder la télévision!)

Vous avez raison, nous n'avons plus d'esprit... comment trouver l'esprit ?

Pour le trouver, j'aime beaucoup regarder les idées qui nous ont poussés vers notre futur; l'une d'entre elles - nous la connaissons depuis que l'homme est apte à penser - c'est le "gnôthi seauton" (connais-toi toi-même) de Socrate car il se termine par "et tu connaitras l'univers et les dieux". Qu'y a-t-il derrière cette formule? Ne pourrait-on passer quelque temps à essayer de la comprendre, plutôt que de savoir si le président a une maîtresse ou autre question sans aucun intérêt; plutôt que de savoir si tel ou tel parti politique est pourri de l'intérieur ou non. Les partis n'était que des groupes d'hommes, s'ils ne sont pas "sains d'esprit" (tiens! encore l'esprit!), rien de bon ne peut en sortir pour le bien de tous, la fameuse "res publica" pour laquelle tant d'hommes clairvoyants sont morts, assassinés par les aveugles.

Alors, question cruciale: Qui sont ces dieux? Qu'est-ce que le monde ? Quelle est ma place dans le monde ? Et a-t-on besoin d'une église ou d'un pape pour le trouver ? Non. La réponse, nous pouvons la trouver si nous faisons un petit effort sur nous-même, car tout est dans la pensée, dans la "réflexion" - que "réfléchit"-on ? Qui se pose encore ces questions aujourd'hui? C'est ici que nous avons besoin de toute la liberté du monde, cette liberté dont on veut nous priver car elle empêche les puissants (rappelons-nous qu'ils sont 85 à "posséder" le monde et à nous amener à la catastrophe, si nous les laissons faire) (la recette n'a pas beaucup changé depuis Rome: du pain et des jeux - sauf que maintenant, ils veulent priver le peuple de pain, comme pour l'obliger à ouvrer les yeux, à regarder ce qu'on a fait d'eux.).

Des milliards d'hommes contre quelques-uns: imaginez 6 ou 7 milliards d'êtres humains libres de penser... Même un peu moins! Rafraîchissante idée, non? Que pourraient-ils contre le nombre ? Rien. Absolument rien et ils seraient même obligés de suivre le nombre...

Vous pensez que je suis une rêveuse ? une utopiste ? et si  ce n'était pas le cas ? Si c'est moi qui étais  réaliste ? Et si je n'étais pas seule à penser comme cela ? Et si c'était le moment de se poser ces questions ?

 

 

 

 

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