Au bon beurre

Hier, aujourd'hui, demain ... au bon beurre !

Hier encore je pouvais trouver du beurre

A la ferme de mon village dans l’Eure

Il était presque toujours demi salé

Et servi dans un papier blanc sur lui replié.

 

Il fallait savoir patienter longuement

Car le produit se vendait seulement

Un jour par semaine, le vendredi souvent

Et encore en fin de journée tardivement.

 

Quand on dépliait l’emballage

On découvrait la belle ouvrage

Une tête de vache décorait la motte

Stylisée, simple, rigolote.

 

Du dos de l’ongle on grattait

Avec gourmandise le beurre frais

Que l’on posait délicatement

Sur la langue ; émerveillement !

 

On utilisait ce bon beurre

Sur une tartine, de bonne heure

En cuisine maison à tout moment

En pâtisserie aussi, assurément.

 

C’était hier !

 

Aujourd’hui, le lait nécessaire est pompé

Par des trayeuses automatisées

Au pis des vaches en bandes entassées

Puis par camion citerne vers la laiterie envoyé.

 

Dans la laiterie le beurre est usiné,

Puis par camions acheminé

Vers les rayons aux prix serrés

Des supermarchés excentrés.

 

La motte de beurre ne coûte

Pas très cher sans aucun doute

Mais le fermier ne vit pas bien

De son travail du soir au matin.

 

La laiterie industrielle engrange les bénéfices

Sur le marché international, distributrice

Du bon beurre prisé par les plus riches

Elle a trouvé une enrichissante niche.

 

Qu’importe que le citoyen français soit privé

De bon beurre, de son lait dérivé

Lactalys puisqu’il faut l’appeler par son nom

Se comporte comme démon ou maquignon !

 

Qui peut savoir d’où vient ce lait

Comment il a été récolté puis traité ?

Quel chemin a suivi le beurre pasteurisé ?

Pourquoi donc est il au loin exporté ?

 

Hier encore je croyais que l’effort des uns

Profitait d’abord à tous les citoyens.

Il n’en est rien, car ces efforts locaux

Sont confisqués par les tenants des capitaux.

 

Hier encore j’imaginais un état protecteur

Légiférant pour notre bon beurre

Hélas, les hommes d’état sont corrompus

D’avec le petit peuple ils ont rompu.

 

Puis je suggérer aux petits fermiers éleveurs

De s’unir et de produire du bon beurre

Localement, en plus petite quantité

Mais avec réussite et bien meilleure qualité.

 

Ne livrez plus votre lait aux capitalistes esclavagistes

Au contraire, traitez le, soyez transformistes

Nous consom-acteurs sommes vos directs clients

Qui soutiendrons votre travail intelligent.

 

Demain, je l’espère, je trouverais du beurre

Chez mon voisin cultivateur-éleveur.

Il sera délicatement salé

Et servi dans un papier blanc recyclé.

 

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