IL FAUT SAUVER ELVIS PRISONNIER POLITIQUE IVOIRIEN

La récente et réjouissante libération de la première Dame Simone Ehivet Gbagbo et de certains de nos compagnons de lutte ne doit pas nous faire oublier qu’ils sont encore nombreux dans les prisons à subir le joug de la dictature ivoirienne sans omettre toutes celles et ceux qui sont portés disparus[1] .

affiche-elvis

Parmi ces victimes de la tragédie ivoirienne, il y a un jeune homme du nom d’Elvis Huindé NEAN. Après avoir été arrêté en 2015, il a été torturé à la DST et croupit depuis à la MACA (Maison d’Arrêt et de Correction d’ABIDJAN) pour soi-disant « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Nous avons appris par Marie Yapo [2] que contrairement à de nombreux autres prisonniers politiques, le juge d'instruction DJAKARIDJA faisait pression pour confisquer son dossier. La secrétaire dit qu'elle n'a reçu aucun ordre de le transmettre au procureur général adjoint chargé d'établir la liste de ceux qui devraient bénéficier de l'ordonnance portant loi d'amnistie. Alors, qu’est-ce qui peut bien expliquer que ce jeune homme arbitrairement arrêté, détenu et honteusement torturé puisse ainsi faire l’objet de pressions pour faire disparaître son dossier [3] ?

« Arrêté le samedi 20 octobre 2015 à 20 h à Taï (frontière du Libéria) par les dozos qui lui ont demandé s’il était milicien ou FESCISTE ou s’il avait combattu pour Gbagbo, il a répondu non. Il a été le lendemain transféré à la DST où il fut torturé pendant 1 mois et 2 semaines, subissant des sévices psychologiques et corporels portant même atteinte à ses parties intimes (brûlures avec de l’eau chaude, électrocution, ongles arrachés, ...). Déféré à la MACA le 30 décembre 2015, il y est jusqu'à ce jour pour Atteinte à la Sûreté de l’État. » 

Nous attirons l’attention des autorités ivoiriennes mais surtout des autorités françaises et des ONG qui ont connaissance de ce jeune homme qu’ils seront considérés comme responsables de tout ce qui pourrait lui arriver.

page-ou-on-voit-christelle-retournee-par-lofpra-001
En effet, le Conseil d’Etat français a connaissance de ce qu’il a témoigné en faveur de notre sœur demandeuse d’asile ivoirienne Stephanie Christelle Koffi. Comme elle, il a fui la Côte d’Ivoire de OUATTARA quand ses hordes de barbares sanguinaires sont tombées sur ABIDJAN. Tandis qu’elle a pris la douloureuse route de l’exil et connu l’enfer de l’esclavage en LIBYE en ayant la chance de survivre à l’éprouvante traversée de la Méditerranée et d’être sauvée par Open-Arms l'autre bateau de sauvetage de SOS MEDITERRANEE avec le célèbre Aquarius[4], lui -Elvis Huindé NEAN- s’est d’abord réfugié au LIBERIA avant de céder aux sirènes de la pseudo-réconciliation de OUATTARA. 

Les pressions du Parquet pour faire disparaître le dossier d’Elvis témoignent une fois de plus que non seulement la Justice ivoirienne est totalement inféodée au pouvoir politique, mais aussi que l’Exécutif français n’est pas le seul à blâmer puisque les juridictions hexagonales sont complices des arrestations, tortures, détentions abusives et décès de milliers de prisonniers politiques ivoiriens. Le cas Elvis témoigne surtout que les demandeurs d’asile et réfugiés ivoiriens ont malheureusement bien raison de ne pas faire confiance aux juridictions chargées de l’instruction de leurs dossiers puisque dans le cas d’Elvis, elles ont visiblement communiqué des informations relevant du secret de l’instruction des dossiers OFPRA/CNDA. Si on ajoute qu’en même temps que l’on fait pression à ABIDJAN pour que le dossier d’Elvis disparaisse de la liste des bénéficiaires présomptifs de la loi d’amnistie de OUATTARA, on déboute ici à Paris Stephanie Christelle Koffi de sa demande d’aide juridictionnelle devant le Conseil d’Etat, on aura compris le lien qu’il y a entre les prisonniers politiques et les demandeurs d’asile ivoiriens. 

Plus qu’un lien, c’est une communauté de destin qui existe entre Stéphanie demandeuse d’asile politique ivoirienne déboutée actuellement destinataire d’une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et Elvis prisonnier politique ivoirien arbitrairement incarcéré depuis 2015. En effet, Christelle l’a mentionné dans son mémoire complémentaire produit devant la CNDA car l’OFPRA prétendait que OUATTARA avait tenu sa promesse de réconcilier les Ivoiriens et qu’elle ne risquait rien en rentrant au pays comme d’autres partisans de Laurent GBAGBO qui auraient regagné ABIDJAN sans aucun problème allant jusqu’à citer Assoa ADOU dont nous savions pourtant tous qu’il avait été jeté en prison pour son rôle dans la campagne électorale de 2015. Alors qu’on lui demandait si elle avait gardé des contacts avec des compagnons de lutte qui seraient rentrés en CÔTE D’IVOIRE, elle avait répondu en évoquant la situation de son compagnon et de certains de ses anciens camarades de lutte de YOPOUGON dont Elvis Huindé NEAN.

mention-delvis-dans-son-memoire-complementaire

La Cour Nationale du Droit d’Asile n’a pourtant pas hésité à débouter Christelle de son recours en prétendant que la situation s’était normalisée en Côte d’Ivoire et qu’aucune source officielle n’évoquerait la persistance de prisonniers politiques ainsi qu’en atteste l’extrait de son ordonnance de rejet de demande d’asile ci-dessous. A noter au passage l’erreur de date concernant l’attestation de détention que nous produisons que la CNDA fait remonter au 30 mai 2015 alors qu’elle est datée du 30 décembre sur la copie que nous avons produites et que vous pouvez lire sur l'attestation de détention ci-dessus. Une telle erreur de date d’un demandeur d’asile aurait suffi à invalider sa demande et à le faire passer pour un menteur alors que quand il s’agit des plus hautes juridictions de l’Etat français, ça passe comme une lettre à la poste… L’erreur est humaine n’est-ce pas mais seulement pour les riches et les nantis… Apparemment pas pour les victimes directes ou collatérales de la prédation néocoloniale !

extrait-rejet-recours-christelle-koffi-devant-cnda-p4

Il est édifiant de relever que la Cour Nationale du Droit d’Asile considère nos photos, vidéos et mentions sur des listes de prisonniers politiques d’Elvis Huindé NEAN comme non probantes tandis qu’elle prend pour argent comptant les rapports des chancelleries étrangères même quand ils font la propagande du régime OUATTARA sans aucune preuve tangible de la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire qu’ils revendiquent. Ne parlons même pas des rapports des ONG françaises telle HRW connue pour sa proximité avec Georges SOROS ! 

L’ordonnance de OUATTARA du 06 août 2018 portant amnistie des prisonniers politiques au nom de la réconciliation tombe d’ailleurs à point pour infirmer totalement ce storytelling mensonger de la CNDA sur la réconciliation réussie en Côte d’Ivoire et sur le fait que OUATTARA aurait tenu sa promesse de ne pas poursuivre les personnes qui rentreraient au pays après s’être exilées. En confirmant le rejet de la demande d’asile de Christelle par une décision du 13 août 2018, le Conseil d’Etat se rend complice des crimes commis par OUATTARA mais aussi des souffrances endurées par des centaines de milliers d’exilés ivoiriens victimes de la prédation néocoloniale notamment en France où certains d’entre eux parmi les plus vulnérables ont d’ailleurs payé de leur vie la chute de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire depuis 2011[5]. 

Merci à tous les combattants de la dignité et de la souveraineté ivoirienne, à tous les militants du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes de nous aider à sortir Elvis des griffes de la domination néocoloniale incarnée par OUATTARA à ABIDJAN. 

BALLE A TERRE AVEC LES QUERELLES DE LEADERSHIP POUR LA RESISTANCE IVOIRIENNE ET PANAFRICAINE… SOYONS UNIS POUR LIBERER TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES ILLUSTRES COMME ANONYMES !

 

[1] Au 16 août 2018, il y a encore de nombreux prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Liste non exhaustive des prisonniers politiques recensés sur le mur de Marie Yapo : https://www.facebook.com/glorieusemarie.yapo/posts/258503711310068?__xts__[0]=68.ARC398SaT67aHpbv5L_Gq9AFmfxOHp_446bIL8sDkuJgoET74JKkMgj_yG_1fbXTgi32StH3jiENIuLVlXZ-qjbgNuC1_sxjCVgf0PW4nDpnOUkDTWSJcBm6fKlu86BoskdW-tLFY1yBCizKOqD7H23jc5bvyTh64S0tLBaaxuNrgarAJkaj&__tn__=-R. N’oublions pas en effet qu’il y a encore de nombreux prisonniers politiques non recensés sans compter tous les disparus de la crise ivoirienne (https://ivoiretimes.com/accueil/les-plaies-de-la-guerre-en-cote-divoire-sont-encore-a-vif-selon-amnistie-internationale-228-prisonniers-auraient-disparus-voici-leurs-noms-video) A saluer le travail de Simone DATTE du COFED (Collectif des Femmes et des Enfants de Détenus : https://www.facebook.com/collectif.desfemmes.73) et Désirée DOUATI de l’ AFFDO-CI (Association de Femmes et des Familles de Détenus d’Opinion-Côte d’Ivoire : https://www.facebook.com/collectif.desfemmes) qui continuent inlassablement de recenser les prisonniers politiques et d’agir en vue de leur libération.

[2]https://www.facebook.com/glorieusemarie.yapo/posts/268826700277769?__xts__[0]=68.ARCk72HbVi9DbSq2fKr9JzASRzHJ3dWBG4uCUaLvt0kiI2DaChvqu2LkCxONxD9iycNkK8MCX0BGZQ2SD6uwCOmVsevp_SLCjTwwp5Nk1hOn7Y9xh2ARU9d-rkM8irKLVr-7urSHYt-FHBUA1SkdPBqeWGOeMTQWFKoFPlfkYuMkhZYyQdqJ&__tn__=-R

[3] Elvis Huindé NEAN figure bien sur les listes des prisonniers politiques régulièrement transmises aux dites ONG françaises et étrangères en charge de la défense des Droits de l’Homme, telle celle des prisonniers politiques connus publiée le 13 janvier 2017 que vous pouvez retrouver sur le lien suivant : http://citoyentv.fr/cote-divoire-liste-actualisee-prisonniers-politiques

[4] Vidéo du sauvetage de Christelle : https://www.youtube.com/watch?v=QpeaV3fE7Co ; https://blogs.mediapart.fr/christine-tibala/blog/151217/esclavage-en-libye-dictature-en-cote-d-ivoire-l-ofpra-indifferente-ces-crimes

[5] https://contrepoids-infos.blogspot.com/2017/08/cote-divoire-bourreaux_69.html

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.