Davos 2020, entre rires et pleurs

Le Forum Économique Mondial, après avoir prôné des politiques économiques toxiques pour l'environnement (et la société), reconnait que pour la prochaine décennie, les risques les plus probables sont d'ordre environnemental. Sans pour autant prévoir de changer quoi que ce soit...

Davos 2020 – 21-24/01/2020

Voici les 5 risques les plus probables sur le long-terme (10 prochaines années) selon le Forum Économique Mondial (reports.weforum.org/global-risks-report-2020/shareable-infographics) :

  1. Phénomènes météorologiques extrêmes
  2. Échec des actions en faveur du climat
  3. Catastrophes naturelles
  4. Perte de la biodiversité
  5. Catastrophes environnementales d’origine humaine

Et voici les 5 risques qui auraient le plus grand impact sur le long-terme (10 prochaines années) selon le Forum Économique Mondial (reports.weforum.org/global-risks-report-2020/shareable-infographics) :

  1. Échec des actions en faveur du climat
  2. Armes de destruction massive
  3. Perte de la biodiversité
  4. Phénomènes météorologiques extrêmes
  5. Crises liées à l’eau

J’hésite entre rire et pleurer quand je vois que le Forum Économique Mondial classe les risques environnementaux parmi les plus sérieux pour la prochaine décennie. Rire parce que si le Forum Économique Mondial met finalement ces risques en avant, je n’oublie pas que c’est ce même Forum Économique Mondial qui est grandement responsable des actions économiques et politiques qui ont mené à cet état de fait. Je n’oublie pas non plus que c’est ce même Forum Économique Mondial qui s’est toujours moqué des discours altermondialistes et a tout fait pour empêcher une remise en cause des principes économiques régissant le monde.

Ce sont ces principes économiques mêmes qui font qu’aujourd’hui le nombre de milliardaires dans le monde augmente plus vite que ne recule la pauvreté dans le monde. Et si ruissellement il y a (ce dont on peut douter), il est de toute façon bien trop lent. Avec d’autres, le Forum Économique Mondial est responsable du fait que, sur l’ensemble de leur vie (disons 80 ans), le plus pauvre des milliardaires (1 000 000 000 de $ sur 80 ans, soit 34 250 $ par jour) accapare 18 000 fois plus de ressources que le plus riche des pauvres (1,90 $ par jour). Soit dit en passant, ce niveau inimaginable d’inégalité est unique dans le monde vivant : j’ai beau chercher, je ne vois aucune autre espèce où 18 000 fois de ressources sont accaparées par certains individus par rapport à d’autres.

En rigolant, on pourrait comparer le Forum Économique Mondial à une écurie de F1 persuadée qu’elle peut arriver à prendre un virage en épingle à cheveu à 400 km/h. Cette écurie ferait tout pour tourner en dérision ou empêcher de parler les personnes qui lui indiquent que la vitesse ne semble pas appropriée ou qu’il faudrait investir sur les freins. Une fois le crash inévitable arrivé, cette écurie crierait alors sur tous les toits que la priorité désormais, ce sont les fractures du pilote et la réparation de la voiture… tout en continuant à conduire à 400 km/h pour le prochain virage. Car, en effet, le Forum Économique Mondial et ceux qui le soutiennent n’ont malheureusement toujours rien changé à leur vision économique ou politique.

Preuve qu’ils n’ont rien changé ? La perte de biodiversité arrive en 4ème et 3ème position des classements précédents et Macron décide de mettre un terme à la réintroduction des ours dans les Pyrénées (https://www.nouvelobs.com/politique/20200115.OBS23506/macron-veut-mettre-un-terme-a-la-reintroduction-d-ours-dans-les-pyrenees.htm). Autre preuve : rien n’est prévu pour mieux répartir les richesses au niveau international, condition pourtant sine qua non d’une meilleure prise en compte des problèmes environnementaux.

On pourrait aussi pleurer car cette reconnaissance des composantes environnementales est probablement trop tardive. Premièrement, si l’internalisation des coûts environnementaux avait eu lieu beaucoup plus tôt (dès que nombre de chercheurs avaient tiré la sonnette d’alarme), les risques associés n’auraient jamais été aussi énormes. Mais on ne fait pas d’histoire avec les si (paraît-il). En pleurant, on peut aussi rassurer ces pessimistes du Forum Économique Mondial : malgré tout ce qu’ils ont fait et les risques environnementaux énormes qui nous attendent, au final ce n’est pas grave. En effet, la perte de biodiversité bien engagée grâce à eux n’est pas irrémédiable : le processus du vivant saura s’adapter aux nouvelles conditions environnementales à venir et peu lui importe qu’il y ait encore des humains pour le voir.

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