Leçons du premier tour

Le premier tour des élections a permis d’apporter des réponses claires aux angoisses de Nicolas Sarkozy sur l’identité française, une question qui le turlupine. Du fait de sa longévité et de la hauteur de ses scores, le Front National n’a malheureusement plus rien d’extrême : il fait partie intégrante de l’identité française. Ce qui signifie qu’un beau pourcentage des français voient d’un bon œil le fait que Marine Le Pen (et qu’eux-mêmes) ait plus d’avantages et de privilèges en France que toutes les Marina La Peña d’Amérique du Sud ayant décidé de venir en France. Et cela au simple prétexte que la pauvre Marine Le Pen (et les autres) soit née en France (à Neuilly-sur-Seine, bizarrement…) et/ou de parents français.

Cette fascination pour les idées du Front National n’est pas tellement étonnante de la part d’un peuple anciennement colonialiste dont de nombreux habitants (qui voteraient probablement Front National aujourd’hui) trouvaient également normal d’avoir plus de droits dans les colonies que les indigènes.

Le plus dommageable dans l’histoire, c’est que le programme du Front National est irréalisable et illusoire. Quel est l’objectif ultime de ce parti ? Stopper l’immigration et réserver la France aux « français de souche ». Il n’y a que deux politiques possibles pour arriver à cette fin. La première, la plus drastique, consiste à réduire le niveau de vie des français à un niveau bien inférieur aux pays d’origine des immigrants. La seconde, moins désespérée, consiste à investir massivement dans les pays d’origine pour limiter la différence de niveaux de vie entre pays. Or, le Front National ne propose aucune de ces politiques et comme toute autre politique ayant pour résultat de laisser la France dans le peloton de tête des pays à haut niveau de vie ne peut aboutir à stopper les flux migratoires, le Front National ne peut tenir ses scabreuses promesses.

Puisque son programme est insensé, comment est-ce possible d’avoir un Front National aussi haut ? Probablement à cause de la faiblesse des autres politiques, obnubilés par leurs carrières. Il faudrait peut-être créer un peu plus de places au sommet de l’État pour avoir plus de politique et moins de démagogie, luttes intestines, oppositions systématiques,… La création d’un comité exécutif permettrait d’avoir une démocratie plus active, comme en Suisse par exemple. Ou alors, ce qui revient au même mais par d’autres moyens, réduire les pouvoirs du Président de la République française et renforcer les contre-pouvoirs, comme dans la plupart des autres démocraties.

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