Comme toujours, le résultat des élections donnera lieu à des commentaires et des interprétations divergentes. A gauche, certains verront dans le scrutin départemental, qui se solde par la perte de nombreux départements pour le Parti socialiste, la sanction d’une politique « social-libérale » incomprise de ses électeurs. Ayant créé les conditions de la division, que la gauche paie au prix fort dans les urnes, ils appelleront, à cors et à cris, au rassemblement sur la base d’une « véritable » politique de gauche.

On leur rétorquera que cette élection marque surtout la confirmation de la percée du Front national et son installation à un niveau élevé dans le paysage politique de notre pays. Alors que l’on mesure chaque jour la porosité de la droite à l’égard de l’extrême-droite, Manuel Valls a eu raison de sonner la charge. Il se pourrait bien que la gauche soit le dernier rempart dans ce pays face à la montée du repli identitaire et au recul des valeurs de solidarité. La gauche serait bien avisée d’en prendre conscience et de s’unir dans ce combat. Ce qui suppose qu’elle soit intransigeante sur les principes républicains, et qu’elle s’oppose avec la même vigueur aux ennemis de la République, à l’extrême-droite comme à l’islamo-fascisme.

Mais, si le Parti socialiste a connu un désaveu avec ces élections, loin cependant de la catastrophe annoncée, il en va de même des candidats présentés par les autres forces de gauche. Les stratégies alternatives à la majorité actuelle qui se sont sciemment exprimées à travers des candidatures d’opposition au Parti socialiste n’ont pas obtenu le succès espéré.

Ainsi, dans les 386 cantons où le PS affrontait un binôme FDG-EELV, le niveau moyen du PS est de 28% et de seulement 12,9% pour l’alliance FDG-EELV. Dans les 268 cantons où un binôme PS, un binôme EELV et un binôme FDG se présentaient séparément, les résultats sont, respectivement, de 24,7%, 8,3% et 8,1%. La conséquence de cette stratégie de différenciation a été l’élimination dans près de 400 cantons du candidat de gauche dès le premier tour. 

Dans un système politique caractérisé par le tripartisme, la gauche désunie court le risque de son élimination, sans qu’aucune de ses composantes n’en tire profit. Les résultats des élections cantonales sonnent le glas d’une stratégie de type Syriza.

Espérons qu’à l’approche des prochaines élections régionales, les partis de gauche, notamment ceux qui faisaient partie de la majorité gouvernementale, tirent les conséquences de cette impasse.

Si la gauche sort affaiblie d’un scrutin, qui par ailleurs favorise l’expression des mécontentements, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas assez à gauche, mais parce qu’elle n’est pas assez efficace.

La sortie de crise promise aux Français tarde à se manifester. Le chômage, dont le président de la République a fait, à juste raison, l’objectif principal de son quinquennat, continue de progresser. Dans ce contexte, la déception des français est compréhensible. On aurait tort d’en déduire l’échec de la politique de redressement, au moment même où celle-ci va commencer à produire des résultats. La reprise économique est en effet en train de s’amorcer.

La croissance sera, selon toute vraisemblance, au rendez-vous en 2015, et plus encore en 2016. L’enjeu pour la gauche au pouvoir est d’en accélérer les effets, notamment en terme d’emplois. Les mesures d’allègements de charges prises en direction des entreprises, mais aussi les dispositions de la loi Macron, devraient y contribuer. Mais il faudrait aller au-delà. Le risque pour la France est, en effet, de connaître une reprise économique sans qu’elle s’accompagne d’une régression significative du chômage en raison des rigidités du marché du travail. La préférence française pour le chômage n’est plus tolérable. Le texte annoncé par le gouvernement sur le dialogue social et le travail sera donc décisif. La gauche doit impérativement continuer à réformer si elle veut espérer engranger des résultats avant 2017. Elle aurait tort de sacrifier sa volonté réformatrice sur l’autel de son unité.

Christophe CARESCHE

Député PS de Paris, co-animateur du Pôle des réformateurs du PS

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Pourquoi avez-vous grapillé quelques voix ? Parce qu'il s'agit encore de quelques baronnies avec des élus communaux bien implantés localement. 

Tout ça va disparaître comme c'est arrivé au PC. Poursuivez la politique que vous menez et la seule issue qu'il vous restera sera de changer de dénomination comme l'a proposé Valls.

Une idée, le PL (parti libéral).