(10) “Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien.”

Michel Houellebecq / Plateforme

“Le passé et le futur n'existent qu'en relation avec toi ; tous deux ne sont qu'un, c'est toi qui pense qu'ils sont deux”.

Djalâl ad-Dîn Rûmî

L'ennui est pauvre, à moins que ce ne soit la pauvreté qui soit ennuyeuse ? Vivre dans un petit espace (une pièce) porte à tourner en rond. La subjectivité de l'ennui est constitue d'un grand vide. Sidéral. Ce dernier est corollaire au sentiment d'abandon. En effet, le fait d'avoir subi un abandon, lorsque l'on est nourrisson (en pouponnière) du point de vue de l'espace psychique crée une sorte d'horizontalité, de plateforme, d'abyme qui ne peut être colmaté ; à jamais. Le temps y est étendu, sans limites, pas plus que de scansions millimétrées par l'horloge. L'espace-temps est congru, réduit à une sorte "d'Orient imaginaire". Un paysage mental non Occidentalisé y est né. Dés le départ, ce vide, ces fumerolles..., une vision doublée par les brumes alcoolisées confine à la folie. Univers-dépeuplé. Désertique. Telle est la raison pour laquelle les êtres qui souffrent d'un fort sentiment d'abandon demeurent seuls. A vie. Ils n'attirent point l'attention. Car, ils sont forts de leur solipsisme. Est-ce une pauvreté, une richesse intérieure ? C'est une méditation immédiate, d'ici et maintenant ; sans bords ni limites... - psychotique ! - . Ce qui est pauvre est de ne rien en faire. Or, n'ayant pas bu une goutte de vin ; voilà qu' à travers ces lignes ; ce état désespéré et dépecé est décrit. La solitude est celle d'un grand parking nocturne vide. Nulle vie n'y est présente. Le Sahara de l'intérieur est une forme d'ouverture radicale à l'autre. Nul ne peut comprendre. Ceci, dans la mesure où personne ne peut y surprendre. L'on qualifie cela, parfois, de désillusion. Est-ce vraiment le mot juste ? Dans cette absence radicale d'espoir, d'horizon - puisque l'on n'y voit justement que l'horizon - ; n'oublions pas que ce qui fait toujours le sel du suicide est le désir d'une vie meilleure. Des illusions, donc, non il n'y en a point ! Là est le paradoxe. Car, la pauvreté est sans symbolisations. Mais, dans le même temps elle est gargarisée "d'un grand soir", d'une chute fatale, d'un saut qui changerait tout. Alors, oui les êtres qui souffrent de ce sentiment d'abandon au monde, sont des héros du vide, petits penseurs du monde, songeurs et rageurs parce qu'ils ont une idée en tête, celle de ne pas être entendus. Cela “va de soi”, il y a chez eux trop d'échos, trop de raisonnances ou trop de miroirs.

(11) En quoi sommes-nous libres ? Les personnes en situation de précarité fument plus que la moyenne ; le tabac est souvent utilisé pour faire face au stress et à l’anxiété. En ce qui concerne l’alcool les consommations sont dans bien des pratiques moins importantes chez les pauvres. Mais les marqueurs toxicologiques montrent que le niveau de pauvreté est souvent corrélatif à la fréquence de consommations. Or, la personnalité intoxiquée explose, elle est entropique. Le monde va alors, clopin-clopant, parce que le plus grand nombre se ment. Les pauvres s'illusionnent, échafaudent des décors de théâtre de poupées dans lesquels ils se racontent des mythes. Pour ne pas voir en face la misère acédique de sa vie sans saveurs, le vide tragique de son destin, le ridicule de tout divertissement social, et inéluctabilité de sa disparition annoncée. D'où son fantasme-toxicomaniaque d'inventions de saveurs, ses techniques buccales mises au point pour éviter de regarder en face ce qui doit être vu. Déni, mauvaise foi, refoulements, projections, bovarysme, autant de mécanismes de défense mis en place pendant des siècles par les hommes pour échapper au vide d’une existence, dés lors nimbée de fumées et de vues doubles. Autant de fictions, de fables, de mythes qui encombrent l'intelligence et la progression vers la véritable philosophie de vie - celle qui produit la sagesse, la paix avec soi / les autres et le monde. Car la sagesse n’est pas de s’intoxiquer. Alors, dans ce monde où l’idéal a cessé d’exister, ne demeurent plus que combines et petits arrangements cyniques pour accéder à la jouissance de la bouche. La libido a dératé… La bouteille incarne le ventre de la mère. Il ne s’agit plus que de lutter contre une seule chose : « Le refus de l’autorité » Le petit pouvoir a été transféré à l’enfant-roi. Il déconstruit la phallocratie, certes… ; mais pas pour légitimer l’abolition du “binarisme” des sexes (« genders ») ! Car, oui…, comment faire lorsque l’on n’est pas né sous la bonne étoile, dans le bon corps, disons dans la bonne histoire de maman ? Boire toute l’eau, le feu et l’alcool du monde, jusqu’à la lie ? Ne pas vivre autrement, sans doutes, certainement , mais nous le saurions si cela était bon, nous le saurions si l’on pouvait faire autrement. Bon qu’à boire le vin des Dieux, avant d’écrire le vide sidéral et plagiaire, tel est le geste.

Oh, divine nature

Pied crispé saigne, nacre acérée, chevelure D’algues, d’alevins, dans le sable millénaire. Joie, chagrin, abandon. Oh, divine nature. Soi-même consolé par le soleil, par la mer.

08 05 17 Jean-Jacques Marimbert (sous la férule de W. Shakespeare : "Le Roi-Lear")

(12) A droite, ils jouissaient d'être agressifs, ce n'était pas de leur faute. L'ignorance de l'ignorance, les croyances infondées en Dieu ( fantasmagories de cafétérias aux airs mythiques de mensonge), l'absence de structure cérébrale scientifique, médicale et épistémologique : historique des atomes et des rapports de force... leurs dessins cérébraux dénués de doute, de scepticisme, de plaisir pour la jouissance immédiate de la vie, de rapport au Cosmos etc - faisaient leur obscur sel “déraisonnable”...

Toutes ces choses constituaient leur côté plus animal, plus proche de la foi du charbonnier, plus enclin à la jouissance liée au portefeuille : l'avoir ainsi que du bas-ventre : l'opium des pauvres dépourvus d'instruction Humaniste. Ils étaient plus à plaindre qu'à blâmer. Car, étant fébriles, sans puissance éthique, ni subjective ; ils poursuivaient leur dur labeur d' Ayatollahs de l'objet, de la nature biologique, se croyant vainement forts, à travers leur violence économique et biologique. La compréhension n’était pas leur fort. En ce sens qu'ils n'avaient pas la capacité cognitive et culturelle et émotionnelle de s'entendre eux-mêmes. La peur dominait. La puissance de l'évocation les avaient délaissés sur la route des brebis cherchant un Maître. La nature est une étrangère. Pareille à la culture des diversités incarnées par ces anges du Cosmos : les hermaphrodites. La culture, de son côté était déposée dans une obole, pour celles et ceux qui Aiment. Celles et ceux qui s'aiment dans leur Ying et leur Yang. L'unité du sol sexuel était inconnue aux gens de droite. Ils restaient indigents face à leur symbiose profonde entre masculin et féminin. Tels des “ifs”(arbres imaginaires aux ailes battant leurs “si...”) abandonnés aux valeurs - en noir sur blanc - la honte jouissante les faisaient rougir. Inconsolés par les éléments.

Les putes incarnées par le parapluie couleur révolution étaient leurs amis, mais juste pour vider leurs bourses, sur le terrain d’un mutisme autistique.

Feignant de ne pas voir la paix, la sagesse des atomes, la tolérance de l’altérité (bienveillante) la plus profonde : leur haine ; ils restaient, ainsi, benêts.

Ö loin , bien loin des dentelles de sens si chères à Grisélidis Réal...

(13) Je suis issu d'une famille de la petite classe moyenne Montalbanaise. Chez eux, il y a parfois parfois plusieurs postes de télé dans le foyer - on y lit peu, voire pas et le téléviseur est donc légion. Être déclassé est affaire courante. Dans ce milieu l'émancipation est un gros mot ou pis un mot que l'on n'a jamais au bout de lèvres. Je veux défendre mon milieu hospitalier et syndical, sauver ma race !

Socialement, je suis l'enfant de non engagements radicaux - le socialisme mou qui est un radis blanc à l'intérieur et rouge dehors- ; mais chez les oncles et tantes ô combien de reproduction, d'enfants... Comment sauver sa race ?

Eux, ne sont pas pauvres - contrairement à moi - ce sont des gens tout simplement normaux. Ce que m'a appris la famille (je ne parle pas de mes parents pour qui j’ai un attachement différent) c'est le désintéressement pour l'Histoire. La lutte des classes, ils ne s'y intéressent pas. Est-ce parce qu'ils ne sont pas en lutte ? Beaucoup, du côté de ma mère votent à droite. Héritiers, non très peu le sont. A coup sûr "flippés". Je suis l'homme courageux de ma fratrie. Le sans pitié pour les riches, le sans ménagement pour les faibles : ceux qui ne se battent pas. Bien souvent, je m'entends mieux et nous nous comprenons mieux avec les clochards - qu'avec la petite classe moyenne. Au fond, je les aiment tous. Mais, contrairement à moi, ils ne mettent pas leurs tripes sur le tapis. Là n'est pas leur intérêt. Il y a, déjà... bien trop de travail à se vider le portefeuille en achetant des objets, à bosser en esclaves, à n'avoir conscience que du "travail-famille-patrie", à faire les courses, s'occuper des marmots, à bosser, bosser, bosser etc. Ainsi, "des suites". Je pourrais dire : des fuites - de cervelle... -. Alors qu'ils m'aiment ! Aussi, je puis les aimer. Les aimer, à ma façon. J'aimerais tant - si j'étais fou - être normal. Mais je suis et reste PAUVRE ce qui m'exhorte à me battre à mort pour m'en sortir.

Je me rêve conseiller en politique ou élu d'extrême-gauche. Car, j'ai lu un minimum certains auteurs gauchistes. C'est cela d'avoir été adopté, l'on est déraciné, sans branches, sans rhizomes familiaux... Je suis insoumis. Révolté. Et je fais tout pour finir affranchi par le pays. La culture de la petite classe moyenne ne correspond pas à mon paysage mental. Je partage nombre de ses idées, cependant en rien sa manière de les exprimer. Là est probablement une immaturité et une bêtise de ma part. L'émancipation passe pour moi par la littérature, la clinique et la politique. Ici, je voudrais avoir et livrer un message d'amour par l'insubordination et la subversion.

Mais qui peut encore entendre cela chez mes amis, ma famille, mes anciens camarades ?

(14) " S'il se passe un truc moche, on boit pour essayer d'oublier; s'il se passe un truc chouette, on boit pour le fêter, et s'il ne se passe rien, on boit pour qu'il se passe quelque chose."

Charles Bukowski

 “Pour moi, tout type qui ne se suicide pas, il est prostitué, dans un certain sens. Il y a des degrés de prostitution. Mais il est évident que tout acte participe du trottoir”. “Entretiens”

Emil Cioran (1995)

 

"M"- Comme Murge, comme Mourir, comme Mur.

Dois-on rester cynique, dans sa barrique ?

Racontant des fictions, des conneries ; rien ne sert de mourir s'il ne s'agit pas de vivre le moins pauvrement possible - culturellement - exister à propos. La vie est longue et, à la fois, courte. Les personnalité borderline veulent y ajouter des sensations fortes. C'est mon cas... Telle est l’'obsession sexuelle dévorante - “ lopephile ” - qui m’incombe.

Ne pas arriver à dormir, du fait d’une libido trop importante ou boire pour dormir , on demande aux Docteurs quel est le pire ? Quoi qu’il en soit, il est très dur, voire impossible de sortir des stéréotypes : de genres, de santé, de mode de vie, de pratiques etc. que l’on a en tête. Peut-être que ces derniers sont même structurants ? Difficilement, c’est sûr, on garde des moignons ! Les gens ont trop peur de l'inconnu ... En effet, que ce soit sur nous ou les autres, le cerveau est un travailleur intermittent. Au travail, alors ! La vibration lumineuse de la vie elle a le mérite de donner, parfois une solution concrète face aux idées toutes faites qui nous dressent. Le tout serait juste modestement d’en avoir conscience. Et, quand même sans perdre les pédales, on peut au moins échapper à certains... avec un minimum de pensée créatrice et de critique objective de soi (non pas de l'autre, mais de soi) . Or, je suis moi-même pas une certaine passivité de putain et dans une activité de lion de la pensée.

Je connais des artistes du fantasme.

La putain est un philosophe ; le philosophe est une putain.

Toute une vie centrée sue les rêves érotiques est--elle concevable ? En ce sens, ce qui est pauvre est de n'avoir pas de vie fantasmatique.

La vie est faite de bretelles : de falbalas imaginaires..., couronnée par des verres de vins de pacotille - augmentés chaque jours - qui font honneur à l’abîme du ventre maternel !

Murger, vers la citadelle utérine.

Nourrir de désirs.

Mur, tel est le réel.

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