L'art de la révolte

Là où le clinicien fait silence et entend, le philosophe parle et questionne et le sociologue actualise ses "genres" de sciences. Mon approche des phénomènes psychiques, éthiques et sociaux est donc triple. En cela, il s'agit de se déraciner du "moi haïssable" - pour embrasser d'une manière concrète, pragmatique, théorique des faits éthiques et psychosociaux, d'une manière radicalement transverse.

"Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c’est qu’il n’admet rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux” Dennis Diderot

 

La lutte à mort : une thérapie !

Pour donner des images et créer les conditions d'une machine à penser , il faut : boire les alcools des nuages tout autant que humer les vapeurs des usines à rêves. Mais comment alors passer du corps aux signes et des signes au corps ? Rêver, penser imaginer le corps. Vivre, jouir, expulser la rage pulsionnelle d'un corps en signes ? De nos jours, la querelle des naturalistes contre les culturalistes - j'ai bien dit les culturalistes et non les culturistes ...-, cette tension n'est pas résolue. Je pense que le corps pense et rêve. Tout autant que la culture fait de nous des corps. J'aimerais avoir un corps de rêve ! Ah...! mais si seulement, déjà j'avais un réve de corps ? Le sage — Tchouang-tseu, Zhuangzi, chapitre II, « Discours sur l'identité des choses »ne s'était nullement mépris.. « Zhuangzi rêva une fois qu'il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu'il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s'il était Zhuangzi qui avait rêvé qu'il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu'il était Zhuangzi. Entre Zhuangzi et un papillon, il doit bien exister une différence ! C'est ce qu'on appelle la Transformation des choses. ». Alors ? Cette transformation de Phénix est-ce moi (l'homme) qui change en étant femme ? ou bien, est-ce la femme en moi qui est, dors est déjà ma seule réalité de l'intérieur ? Car, j'aime la femme qui constitue chez moi ce trou - un contenant noir et plein de (re) jouissances...Aristote, déjà séparait la matière (le féminin) de l’esprit (le masculin), que voulait-il dire vraiment ? Le retour de l'orgasme est un chemin fermé sur soi- ô combien heureux ! Eh bien oui, qu'on se le dise le corps est tout, la culture est tout. Il n'y a, chez l'être humain aucun partage possible entre l'un et l'autre. Animé, je suis. Animé, par les significations, je mens-fuis.

L'amour de la politesse...

Toutes mes journées sont vouées au langage. Aussi, au dépassement de celui-ci par l'orgasme, moments où la jouissance du corps se substitue aux paysages mentaux. En dehors de ces deux plans d'existence : rien ne m'intéresse. Misanthrope. A Paris, je ne sors pas dans les cafés, ni les librairies, ni les lieux de rencontres humaines (théâtre, opéra, expositions etc.) ; car j'abhorre les relations de pouvoir d'un être humain sur l'autre. Ecouter le bruissement de la société est ma passion. La politesse - éloignée de la vulgate - consiste à : écouter, ne pas couper la parole, être doux, attentionné au corps de l'autre, aimant. Or l'être humain, à bien des égards, en en incapable... Certains y arrivent. Mais isolé dans mon studio je fuis ces mondanités parisiennes et, au fond grégaires. Seul, je suis fier de ne pas participer à l'orgie consumériste des relations humaines, des festivités, des échanges creux (car stéréotypées et relevant d'un discours tout entièrement connu). La politesse extrême crée un être humain désespéré. Rieur, joueur et joyeux. Un être qui, n'aime guère les facilités. Est poli l'individu qui rit. Cyniquement, il est toujours plus enthousiasmant de se contenter de ce que l'on a. Poliment, je regarde ma vie passer comme un train qui passe rapidement dans la nuit. Simplicité. D'une vie joyeuse, l'on pourra retenir une chose au moins ; le fait de ne pas s'être soumis au travail - en dehors de celui de la langue, du style, de la précision de l'écoute et de la réponse ; du simple bonheur de n'être que soi. Insubordonné.

Jazz - boxe - écriture - psychanalyse.

D'une pratique à l'autre il faut que les mots agissent - telles des bombes signifiantes dans le cerveau - pour venir combler le silence. Car, la nature a horreur du vide... Improviser. Remplir, à tout prix, ce silence, parce que nous sommes... hystériques ! Faire exploser les sons... l'un contre l'autre d'une voix aussi enraillée que Miles Davis. Les sciences du comportement humain, les sciences sociales et la philosophie sont des chose faites pour déplaire... à qui ? Aux gens qui attendent : une bonne nouvelle ! Combattre, poings à poings, avec détermination enthousiaste, joyeuse, virulente et énergique. Contre la crasse bêtise des gens qui ne lisent, n'écoutent, ne regardent que ce qui peut les concernent, sans aucune once de curiosité ! Jazzifier, c'est aimer plus que tout le devenir-joyeux. Alors, comme si l'ignorance de l'ignorance était légion, la jeunesse capitalisée se regarde le nombril. Vulgairement. Grégaires-organismes... Nous vivons une époque où être brillant est devenu une insulte à la pauvreté symbolique. Quelle - triste entropie, lissée, ravalée par le bas...- époque de "peste émotionnelle" !

 

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