A une période de ma vie, j'ai été enseignant auprès d'élèves de l'enseignement primaire en Seine-Saint-Denis.
Premièrement, je voudrais dire que jamais je n'ai pu penser que les enfants de familles immigrés n'étaient pas désireux de trouver leur place dans la société française et jamais je n'ai pu penser que leur mode de vie familial, que je ne connaissais pas - à de rares exceptions où j'échangeais un peu avec quelques parents qui se déplaçaient vers l'école - manifestait une velléité de communautarisme érigé en règle d'exclusion du cadre républicain (le "séparatisme" ?). Les parent souhaitent que la vie de leurs enfants se passe paisiblement dans leur pays d'accueil. Les enfant ne demandent pas autre chose.
Dans mes relations (rares) avec le milieu familial des enfants et dans leur évocation en classe dans la conversation pédagogique, je n'ai jamais perçu que leurs traditions importées s'excluaient du cadre légal français. Elles pouvaient s'y inscrire.
Cependant, il est important de réfléchir, à une autre réalité : certaines traditions sont contraires aux droits et aux libertés constitutives du respect dû à la personne humaine. On pense par exemple à l'excision des petites filles. On pense par exemple aux bizutages. On pense à d'autres traditions.
Dans le cadre constitutionnel, et celui du respect des diversités régionales, de leurs identités, des langues régionales, en France, il y a un champ libre donné à l'observation des traditions ancrées dans la culture. Je mets à part l'acception du mot tradition dans son sens de rendez-vous démocratique, car sa nature est légale.
En revanche, il serait salutaire pour la clarté des débats et des représentations que la République française reconnaisse dans les textes la différence fondamentale entre une tradition et une loi. Et qu'il soit stipulé dans le droit qu'une tradition ne peut avoir force de loi. C'est un libellé très simple à inclure dans le droit. C'est aussi simple que le principe qui dit que c'est le coupable qui doit s'arrêter ou être arrêté.
D'ailleurs, je n'ai commencé par évoquer mes années en banlieue dans l'enseignement que pour m'inclure dans des débats qui ne sont pas vraiment ceux que je privilégie.
Le racisme est le fait des racistes. N'oublions pas. N'oublions pas.
Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, formateur, le 15 mars 2021