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Christophe Gervot

Blogueur engagé, à ce titre et comme artiste auteur publié et auto édité, psychanalyste praticien et chercheur, musicien auteur, seul auteur des paroles de ses musiques jusqu'à présent, auteur de textes littéraires ou non, artiste plasticien et artiste visuel digital auteur d'oeuvres numériques vidéos, également connu sous le nom de GoldenCangré, de Christopher Reed, et de Christopher Wordy Aliens, et qui signe parfois de façon abrégée ainsi : ChG, traducteur interprète et enseignant formateur comme entrepreneur individuel de droit français en tant que travailleur indépendant, depuis les premières fois en avril 2004

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Billet de blog 17 juillet 2019

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La Guerre, Commentaire d’une lettre de Freud à Einstein

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La Guerre,

Commentaire d’une lettre de Freud à Einstein

 « Pourquoi nous élevons-nous avec tant de force contre la guerre, vous et moi et tant d’autres avec nous, pourquoi n’en prenons-nous pas notre parti comme l’une des innombrables vicissitudes de la vie ? Elle semble pourtant conforme à la nature, biologiquement très fondée et pratiquement presque inévitable. Et voici quelle sera la réponse : parce que l’homme a un droit sur sa propre vie, parce que la guerre détruit des vies humaines chargées de promesses, place l'individu dans des situations qui le déshonorent, le force tuer son prochain contre sa propre volonté, anéantit de précieuses valeurs matérielles, produits de l’activité humaine, etc...

On ajoutera en outre que la guerre sous sa forme actuelle ne donne plus aucune occasion de manifester l’antique idéal d’héroïsme et que la guerre de demain, par suite du perfectionnement des engins de destruction, équivaudrait à l’extermination de l'un des adversaires ou peut-être même des deux.

Tout cela est exact et parait même si incontestable qu’on en est réduits à s'étonner qu’un accord unanime de l’humanité n’ait point encore banni la guerre. On peut ardemment discuter l’un ou l’autre de ces points et se demander par exemple si la communauté ne doit point avoir, elle aussi, un droit sur la vie de l’individu; on ne saurait condamner au même titre tous les germes de 1a guerre; tant qu’il y aura des empires et des nations décidés à exterminer les autres sans pitié, ces autres-là devront être équipés pour La guerre. »

Lettre de Freud à Einstein.

Adolescent en 1870, homme mûr en I914, Freud, le père de la psychanalyse, vit se dessiner la seconde guerre mondiale avant de mourir en 1939. Comme tous les intellectuels de son temps, il fut préoccupé par le problème de la guerre et, comme Einstein auquel il adresse cette lettre il s’engagea en faveur du pacifisme. IL expose ici quels sont, selon lui, les fondements du pacifisme et les causes de son échec apparent.

Etre pacifiste, c’est d'abord refuser de se résigner à la guerre et d’y voir une fatalité absolue. Parce qu’elle est « pratiquement, presque inévitable », elle est évitable. Et même si l’homme n’est pas le seul être vivant qui fasse la « guerre », car l’animal lutte pour contrôler un territoire se bat pour éliminer ses rivaux auprès de la femelle ou dispute violemment une proie, une carcasse, il ne doit pas, prétextant que la guerre est « conforme à la nature ", s’y livrer en toute sérénité, l’esprit libre. La raison I’en empêche".

Freud dénonce l’aberration de la guerre qui, depuis toujours ne fait que détruire. N’est-il pas absurde de guerroyer si cela signifie anéantir ce que l’on a soi-même construit ? Que restait-ii de l’Allemagne, du Japon, dévastés au lendemain de la seconde guerre mondiale que ces pays avaient eux-mêmes provoquée ? La guerre ne détruit pas seulement les «produits de l’activité humaine», elle atteint aussi l’homme. Elle constitue un obstacle, parfois insurmontable, à son épanouissement. Si elle ne prend pas sa vie, alors elle la brise. Lorsqu’elle pénètre dans la vie d’un homme, elle altère ses projets, restreint le champ de ses possibles. Toutes ces « promesses » qu’évoque Freud, elle peut les remettre en cause totalement, les effacer, car lorsque l’homme devient soldat il ne vit plus qu’au présent, puis au passé quand revient la paix et que la guerre subsiste en sa mémoire.

De la guerre naissent des rapports particuliers entre les hommes, et ces rapports nient les valeurs éthiques que défend Freud. Les champs de bataille sont couverts d’hommes qui disposent de la vie d’autres hommes, sur ordre des états-majors, qui en sont pleins. Leurs scrupules disparaissent face à la justification suprême qu’est la guerre. C’est ainsi qu’on attente au « droit que tout homme a sur sa propre vie. Cela est possible grâce aux structures d'obéissance nécessaires à la mise en scène rationnelle d’un phénomène qui manifeste l’échec de la raison. Mais celle-ci se rajoutent à la force de soumission engendrée par la guerre elle-même. Car la guerre, une fois déclenchée, est plus forte que la volonté humaine, plus forte que les valeurs qui l’animent, et oblige l’homme à n’obéir aussi qu’à l’instinct de survie. La guerre annihile-t-elle l’être, en le forçant « à tuer son prochain contre sa propre volonté » ? Elle amène l’homme à préférer sa vie à la vie de l’autre, dans un face à face incessant où celui qui tue se donne la mort.

L'évolution des techniques de guerre intensifie encore ce fléau.

« La guerre, sous sa forme actuelle ne donne plus aucune occasion de manifester l’antique idéal d’héroïsme ", écrit Freud. On imagine aisément, en effet, le désarroi d’un Achille ou d’un Hector, catapultés depuis Troie jusqu’à nos conflits planétaires où le sacrifice du guerrier n'a plus aucun sens. A l’époque de la Bombe, qui est toujours la nôtre, celle que Freud et Einstein ont entrevue, ce type de guerre n’incite pas au courage. La mort d’un homme, même dédiée à sa cause, à sa patrie si celle-ci s’en montre digne, n’en assure pas le triomphe, car les armes atomiques la rendent « insignifiante ». Et dans le cadre des guerres conventionnelles, depuis la fin de la décolonisation, si peut-être on excepte des conflits pour l’indépendance de régions inclues dans les frontières héritées de cette période, où à d’autres conflits dont je n’ai connaissance des motivations, les soldats sont plutôt employés à des fins d’intérêts particuliers. Dans le cadre de la menace atomique menée jusqu’à sa fin technique, ce ne seraient plus aujourd’hui les soldats qui gagneraient les guerres. D’ailleurs, la victoire est-elle encore possible ? Freud, avec clairvoyance, en doutait. « La guerre demain (...) équivaudrait à l’extermination de l’un des adversaires, ou peut-être des deux ", écrivait-il. Et l’on promet aujourd’hui, aux adversaires que tente l’utilisation de l’arme atomique, une « destruction mutuelle assurée », dont les initiales en anglais, « MAD », sont très significatives.

Aussi bien fondé que soit le pacifisme, il n’a pas vaincu la guerre. Cependant, la permanence de la guerre ne révèle pas la faiblesse des thèses pacifistes, mais plutôt l’échec d’un idéal face aux réalités.

Le propre d’une communauté est peut-être de se juger souveraine. Menacée, elle choisit de subsister en combattant. La société survit parfois si elle est assez forte pour que ceux qui la composent meurent pour elle. Elle doit donc avoir, « elle aussi un droit sur la vie de l’individu », pensent certains.

D’autre part, même si l’homme n’a jamais intérêt à faire la guerre, elle peut parfois lui sembler légitime et, dès lors, paraître nécessaire. Comment ne pas distinguer une guerre d’indépendance d’une guerre impériale, ou d’une guerre impérialiste ? « On ne saurait condamner au même titre tous les germes de la guerre », écrit Freud. C’est parce que les causes de la guerre sont parfois justes que l’homme, malgré ses conséquences, se porte volontaire pour aller combattre, loin des siens de de son propre intérêt personnel. Afin d’éviter la guerre, Freud adopte une solution réaliste : la dissuasion militaire, en attendant une ère de paix. Il étudie principalement la guerre sous l’angle des rapports entre l’individu et la société, qui ne sont autre que les rapports de l’homme avec la communauté de ses frères.

Parler en termes de droits, celui qu’à l’être humain sur sa propre vie, où ceux qu’auraient sur lui la société, ce n’est pas prendre le problème à sa source. C’est participer à une situation déjà dégradée, par une erreur d’appréciation. Non, la société n’a aucun droit sur l’individu, elle n’a envers lui que des devoirs, tout comme l’individu envers elle. La communauté se permet ce que l’homme se refuse parce qu’elle dilue la responsabilité de chacun. C’est ainsi qu’elle se donne le pouvoir de disposer de vies humaines pendant une guerre. Elle doit reconnaître qu’elle ne peut revendiquer aucun droit sur l’homme, et se refuser à exercer le droit de vie ou de mort.

L’abolition de la peine de mort est le premier pas d’une société vers cette reconnaissance. Le désarmement en serait un autre. Le devoir est premier, l’être humain n’a déclaré ses droits que parce qu’il ne respectait pas ses devoirs envers ses semblables. La communauté humaine ne progresse que lorsqu’elle accomplit ses devoirs envers ses membres, et ce sont eux qui la font progresser.

Assurer la paix est le devoir primordial de la  société, car la paix est la condition sine qua none du progrès. Cependant, on ne doit pas s’y attarder. L'état de paix a trop souvent servi de justification aux dictateurs. Seule une société démocratique peut assurer une paix durable, parte qu’elle seule cultive la diversité sans pour autant exacerber les antagonismes. L’histoire montre que La guerre naît là ou l’être humain est opprimé. L’actualité ne la contredit pas. Dictatures et fanatismes sont maîtres du jeu. Au Proche 0rient, par exemple,  les impérialismes du monde entier trouvent là-bas une terre « propice » aux combats par procuration. L’Europe de l’ouest, elle a pu vivre 70 ans de paix par une union et des traités et des tentatives démocratiques, basées en apparence sur le droit. Menées bien peu loin, ces tentatives reposent surtout sur une horreur que nous connaissons, mais qui n’est pas terminée.

Pourtant, la société dite démocratique, où les combats citoyens continuent de se livrer contre les pouvoirs en place,  semble bien fragile face à la violence du terrorisme, dont elle est la cible de prédilection, face aux extrémismes qui s’y développent ou qui sont aux commandes. Elle est menacée de toutes parts, encerclée, pénétrée, et n’est finalement pas à L'abri de La guerre. La tentation est grande, alors, de déclarer la patrie en danger, comme le firent les révolutionnaires qui ensemencèrent La France et l’Europe au grain de la démocratie. Une telle réaction est erreur, car défendre ainsi la démocratie c’est la remettre en question. C’est ce que nous vivons dans en France.

L’intérêt des peuples ne réside pas dans l’affrontement. Pour cela, La société démocratique doit, là où elle existe, progresser, vers une société plus libre, plus juste, plus solidaire et plus internationale.

Elle doit progresser, s’en faire un devoir, et non un slogan vide et surtout manipulateur, et donc lutter contre le réflexe conservateur, au service d’intérêts particuliers.

Pacifisme et démocratie sociale : deux idéaux qui peuvent paraître illusoires à ceux qui prônent la dissuasion comme seule garantie de paix.

Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, musicien, artiste conceptuel, traducteur, formateur, 1985-2019.

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