Psychanalyse : l'adresse personnelle

"L'adresse personnelle", phénomène qui fait qu'un sujet autiste ou psychotique se croit concerné par un énoncé ou une locution tient au fait qu'il est "sujet du langage", c'est-à-dire qu'il croit qu'il y a une garantie dans l'autre, qu'il y a un lieu, le trésor du signifiant, ou tous les signifiés sont consignés. Il y aurait un sens unique à ce qui peut avoir plusieurs sens et qui ne le vise pas forcément. Seul le point de capiton du Nom du père donne à la fois un rapport stable entre quelques signifiants et quelques signifiés et un usage confiant, libre, créatif du langage tout en sachant que la polysémie existe.

L'adresse personnelle est un phénomène qui peut faire se déclencher des crises de type psychotiques chez les sujets psychotiques qui disposeront du langage pour chercher dans un délire une explication à leur décompensation et à leurs "phénomènes élémentaires" comme les hallucinations auditives, alors que les autistes n'en disposeront pas.

Dans le social, l'impératif de maîtrise que se donnent des sujets autistes, hyper normatifs, égotiques, peut produire un phénomène de non distanciation par rapport à des problématiques qui paraissent sans problème à d'autres, qui font la part des choses et connaissent leur place, leur fonctions, leurs attributions, leurs responsabilités et les limites de tout cela. Disposer du symbolique est nécessaire pour cela. A contrario, on parle souvent de sujets autistes qui sont dans la toute-puissance imaginaire. Rien ne les arrête.

Observer la société nous donne parfois des occasions d'assister à de tels phénomènes.

Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, le 15 mars 2021.

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