Quand l’UMP Paris joue avec le feu des valeurs républicaines

Une pétition circule pour interdire l’exposition Exhibit B de Brett Bailey programmée au Centquatre, à Paris, dans le XIXe arrondissement, et le groupe UMP au Conseil de Paris a présenté un vœu en ce sens ce mardi 18 novembre.C’est grave, inquiétant et réactionnaire.

Une pétition circule pour interdire l’exposition Exhibit B de Brett Bailey programmée au Centquatre, à Paris, dans le XIXe arrondissement, et le groupe UMP au Conseil de Paris a présenté un vœu en ce sens ce mardi 18 novembre.C’est grave, inquiétant et réactionnaire.

Je vais y revenir.

Cette exposition forte d’émotions et de sens parle de racisme, d’exclusion et de colonialisme. Elle parle de l’humain et pointe les moments où nous cessons d’être humains. Elle montrerait l’ineffable, l’indescriptible, l’insoutenable ? Bien sûr.

Mais alors devrait-on cesser de montrer des images d’Hiroshima, du Rwanda, d’Auschwitz, de la Guerre de 14-18 ? Parce qu’elles sont insoutenables et dégradantes ? Il s’agit pourtant du nécessaire devoir de mémoire et de réfléchir sans cesse et sans concession ou raccourci à la notion d’humanité. Quand j’entends et vois cet appel à la censure je ne peux m’empêcher de penser également à ces images récentes d’outrance des manifestations dites Manif pour tous où des enfants trop jeunes pour comprendre les sexualités sont « exhibés » par leurs parents avec force pancartes ou à cette image insoutenable d’une banane exhibée à l’endroit de la Garde des Sceaux, à Angers, pays de la douceur angevine, parce que Christiane Taubira est Française de Guyane et qu’elle a défendu une loi d’égalité avec courage, convictions et persévérance.

C’est un glissement général vers le populisme et l’extrémisme qui est en cours.

Alors, que des élus parisiens en 2014 relaient une telle pétition me semble grave, inquiétant et particulièrement violent. Ils insultent au passage la mémoire de Malraux, de Duhamel, de Michel Guy…

Bruno Julliard, premier adjoint et chargé de la culture a rappelé le principe d’indépendance avec force et détermination en réponse au vœu présenté.

Cette exposition, qui a voyagé dans le monde entier, fait appel aux consciences et peut aider les jeunes générations à mieux analyser le racisme et comprendre les dégâts du colonialisme, d’une manière différente, peut-être plus profonde.

Nous assistons en direct à un effritement des valeurs, les valeurs de la République dont la liberté de programmation et de créer en toute indépendance.

Dorénavant tout groupe de pression type Tea party américain peut prétendre obtenir une oreille attentive au nom des parts de marché avec des formules comme « ça ne coûte pas cher ». Ce lobby ose s’appeler « Sens commun »,  ne devrait-il assumer sa vraie nature et dévoiler son vrai nom : « Sens unique » ?

Mais revenons au Centquatre. Remarquablement dirigé par José-Manuel Gonçalvés et son équipe, c’est un lieu de brassage, de métissage et d’éveil. On y apprend le sens critique si nécessaire à la construction de la personnalité de tout citoyen et en particulier des plus jeunes mis à mal par la société de consommation et ses frustrations.

Nous, démocrates, n’accepterons jamais que l’on « abroge » la démocratisation culturelle si fragile et si nécessaire à la cohésion républicaine.

Christophe Girard

Président du Conseil d’administration du Centquatre, Etablissement artistique de la Ville de Paris

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