A Polanski

La cause est entendue, la condition d'artiste n'a pas valeur d'immunité. Pour être créateur, on n'en reste pas moins soumis aux lois. Pas moins, mais pas plus non plus. Or, si Roman Polanski subit aujourd'hui, outre les poursuites judiciaires que l'on sait, la mise au pilori sur la place publique, ce n'est pas parce qu'il est un homme de médias mais bien un artiste de talent dont les œuvres sont vues et reconnues partout dans le monde. Il n'est donc pas inutile de rappeler l'importance de Polanski, et le sens de son œuvre, qui n'est pas celle d'un homme public mais d'un artiste universel qui a un immense public.

Je me contenterai ici de redire la géniale et indépassable ellipse que constitue Le pianiste , qui réussit ce prodige de faire un film poignant sur la shoah sans jamais commettre l'erreur (la faute?) de faire pénétrer la caméra à l'intérieur des camps d'extermination, laissant à ce crime imprescriptible son caractère absolu. Faisant voyager sa caméra autour des camps de la mort, Polanski nous en montre l'essentiel dans l'impossibilité même de filmer cela. Le ghetto de Varsovie constitue la limite au-delà de laquelle l'artiste s'arrête, et nous avec lui, désormais conscients de cet absolu.

Cela, dira-t-on, n'a aucun rapport avec les faits qui lui sont reprochés. Mais la publicité de cette affaire, elle, suppose qu'elle concerne une personne exceptionnelle. Je tenais simplement à le rappeler.

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