J'étais hier, bien tranquillement installé sur mon luxueux fauteuil de bureau généreusement fourni par mon employeur, Mediapart, en train de préparer mes prochaines vacances, gérer mon compte en ligne, jouer à quelque jeu flash ou converser avec une vieille connaissance sur Facebook, bref, en train d'utiliser, comme très (trop?) souvent mon outil de travail (id est mon ordinateur) à des choses futiles fort éloignées de ce pour quoi mon employeur a la générosité de me rémunérer, quand soudain, je tombe sur ça :

Un premier mouvement me fait évidemment dire que, oui, force est de le constater, je figure bien dans ces «neuf salariés sur dix (qui) pratiquent des activités perso au bureau». Et puis, le remords, la honte, et le coup d'œil derrière moi pour vérifier que personne ne me regarde, passés, je scrute plus attentivement la photographie illustrant l'article. Ô perplexité atmosphérique de la vision fugace qui soudain se précise, s'analyse et se comprend ! Mais oui, cette photo, c'est bien celle de la rédaction de Mediapart ! Aucun doute. C'est bien Marine Turchi au premier plan, et c'est bien devant son ordinateur qu'elle se trouve. Il est vrai que sur cette photo, une fois n'est pas coutume, Marine contemple sur son navigateur le site de Mediapart (alors qu'il est vrai qu'elle est bien plus souvent sur Facebook ou Twitter), peut-être même s'apprête-t-elle à rédiger un article, mais nul ne le saura jamais...

Evidemment, il n'est nulle part précisé que la photo concerne la rédaction de Mediapart, il n'est d'ailleurs même pas indiqué qu'il s'agit d'une photo d'illustration. Deux hypothèses se posent alors : soit Le Figaro n'a pas pris la peine de se demander ce que représentait la photo, qui provient de l'agence AFP, soit il s'agit d'un message subliminal à destination de ses lecteurs du type «la prochaine fois que vous verrez des images de ces bureaux, sachez-le, ces gens ne sont pas les honnêtes journalistes qu'ils essaient de nous faire croire, non, ce ne sont là que fieffés fainéants faisant faussement leur fielleuse feuille de chou». (Oui, le lecteur du Figaro est très amateur d'allitération.)

Je ne crois pas du tout à cette seconde hypothèse mais j'y reviendrai. Quand même. Prenons la première. Une chose attirera l'attention du lecteur attentif: le photographe. Il s'agit de, je vous le donne en mille, Martin Bureau. L'explication est toute trouvée. Quelque rédacteur harassé de travail au quotidien de Monsieur Dassault, un stagiaire peut-être?, aura rentré comme terme de recherche dans la base photos de l'AFP le terme «bureau» et aura pris la première photo qui semblait convenir à l'angle de son article: des gens devant leur ordinateur. Et en T-shirt sur leur lieu de travail, même. Carrément.

Venons-en à la deuxième possibilité, à laquelle, je vous rassure, je ne crois pas une seule seconde. Quoique. Le Figaro ne s'est-il pas récemment trouvé au centre d'une polémique après son montage Banon-Hollande concernant l'audition du second, en tant que témoin, dans l'affaire de la première ? Le Canard enchaîné n'a-t-il pas pointé la semaine dernière une série de titres visant expressément à discréditer le PS ? Non. Non et non. Je n'ose y croire. Pas dans la presse, pas entre confrères.

Que diriez-vous si Mediapart illustrait un article de sa série de révélations sur Ziad Takieddine avec une photo du patron du Figaro, Etienne Mougeotte (par ailleurs également membre d'une cellule de communication montée par l'équipe Sarkozy en vue de la présidentielle) ? Ah pardon, nous l'avons fait.

 

La réponse du berger à la bergère? Tout s'explique.

 

Mise à jour, 12h30 : la photo n'est plus sur l'article.

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pourquoi n'est-ce pas bien que « des salariés pratiquent des activités perso au bureau » ? Et pourquoi est-ce à un salarié de défendre un point de vue patronal sur la productivité comme preuve de vertu ? C'est assez symptomatique de l'époque, non ? ou de qui participe au Club, puisque la remarque ne vient pas immédiatement, comme elle le serait il y a quelques décennies ? "On" a vraiment été passé à la moulinette des exigences du capital, en matière de rapport au travail

je conseille la lecture de Marin Ledun Les visages écrasés Seuil 2011

Marin Ledun a décroché ce week-end le Grand prix français du roman noir du festival de Beaune. Ca tombe bien, Christophe Dupuis l'avait interviewé il y a quelques mois.

voir extrait et entretien ICI

avec une question : qui fait le ménage, à Médiapart ?

plus généralement, le fil TRAVAIL et EXPLOITATION : Tous au boulot !? Précaires, chômeurs, expulsés, morts... mais... ou le TRAVAIL TUE plus que les violences policières... et les attentats (ACCIDENTS du TRAVAIL)