La lettre à Edwy

Cher Edwy,

que les journées sont longues chantait "Tryo" voici quelques années, en hommage aux jeunes qui tuent l'ennui dans les cités "construites par des sourds et habitées par des aveugles" comme le disait Beaucarne le wallon poète trublion de nos désordres sociétaux!

Mais que les nuits sont courtes depuis que Médiapart.fr nous a ouvert ses portes virtuelles le 16 mars dernier, en nous offrant outre l'accueil le plus sympathique, la chance de participer à la naissance d'un réseau des réseaux, d'un "intelligence service" avant la lettre, à l'émergence d'une nébuleuse de la pensée et de la "factu-alitée" contemporaine, comme une sorte de résurgence à l'Européenne de ce qu'a sans doute été, toutes proportions gardées, celle des Lumières sous l'ancien Régime.

Y sommes-nous revenus? Nicolas Sarkozy, dont les mauvaises langues disent que sous Bonaparte perçait Napoléon, mais que sous Sarkozy ne perçe que Sarkozy - ce qui n'est finalement pas plus mal en soi - serait-il le monarque contemporain d'un nécessaire sursaut des intellectuels - ceux, disaient Barthes, dont la pensée n'est pas imitative, et provoquerait-il par effet de quasi catalyse répulsive, sur fond de baroud d'honneur des pays producteurs de pétrole, cette Re-naissance tant attendue du travail d'imagination sans lequel il serait vain de vouloir refonder le monde, et parler de Liberté?

Il n'est plus possible de parler de développement des médias d'information et de Liberté de la presse sans en travailler les conditions, celles d'un exercice serein, soumis aux mêmes exigences de précision et de qualité que les autres arts, chirurgie et électronique de pointe incluses, mais tenant compte de la spécificité de la relation de l'individu à sa subjectivité d'une part, à celle, multiforme, protéiforme, antinomique, paroxystique, politique, philosophique, du corpus des lecteurs potentiels, dont on sait qu'il est par définition fluctuant, insaisissable, parfois même passivement pervers car demandant à la fois la "vérité" quant aux faits et se refusant à "l'entendre" au sens où ce mot était pris au XVIe siècle, lorsque Michel de Montaigne était maire de Bordeaux et vivait à deux pas d'une Garonne d'où n'étaient pas encore partis vers l'Atlantique - ouest, via l'Afrique, les grands voiliers négriers que l'on sait!

Entendre, oui, comprendre donc, mais pas comprendre uniquement ce que l'on veut bien entendre ou, pour reprendre une formule écrite par Dominique Strauss-Kahn en réponse à une question militante à lui posée par mes soins au grand damn du SNJ, voici plusieurs années, lors d'un combat mené autour de la fiscalité de la presse, DSK donc, lorsqu'il était ministre à Bercy et qu'il voulait supprimer l'abattement alors dit des fameux 30% : "Monsieur, je n'ai pas compris votre lettre sinon qu'elle n'était pas destinée à me faire comprendre quelque chose" !!!!

Du haut de leurs 10 000€ mensuels moyens de salaires, indemnités, jetons de présence dans des conseils d'administration, nos politiques font la leçon à une profession dont la moyenne des revenus est inférieure de 30% au moins à la moyenne nationale, l'exercice du métier de journaliste dans les conditions définies par la loi française et républicaine exigeant pourtant que le journaliste demeure celui qui gagne au moins la moitié de ses revenus "par l'exercice du métier de journaliste", sans autre forme de définition, à l'exclusion depuis quelque temps des rédacteurs de communication, de publicité, des feuilles et sites internets des collectivités - dont les élus locaux sont devenus les "éditorialistes", plagiant encore un peu la presse en tant que genre, la pillant, la dés-habillant, fournissant même la "bonne" info, la "vraie" parole locale en lieu et place de la presse régionale qui du coup, s'étiole dangereusement depuis la naissance de ces vrais-faux médias payés par le contribuable, gratuits avant la lettre, suppôts du Maire, du Président de Conseil général, de Région, supplétifs de la pensée ordinaire qui comme chacun le sait, n'est jamais assez bien ordonné! Faire de la médialogie, parler de l'exercice du journalisme doit passer par une parole qui prend en compte la réalité socio-économique de ce métier plus dévalorisé que les métiers hier dits "manuels"!

Aujourd'hui, il fait meilleur être plombier-zingueur-chauffagiste, mécanicien auto, entrepreneur en bâtiment que journaliste, d'autant que les titulaires d'une carte de presse n'ont pas le droit de se déclarer à leur compte et d'être payés autrement qu'en "salaire". Inégalité.

Précarité de la pensée, avant tout

Toute l'ambiguïté, l'ambivalence humaine sont dans ce mode de réponse à l'urgence d'une situation qui fait que la presse entière est à présent précarisée, désargentée, à nouveau obligée de mendier des piges payées au lance-pierre pour rapporter bon an mal an à la maison à peine 115% d'un SMIC, là où quelques dizaines de stars également riches d'une carte dite "de presse" troquent le confort de revenus parfois égaux ou supérieurs à ceux des politiques, en échange de l'engagement tacite dans lequel ils s'engagent de ne jamais rien écrire, dire, ou laisser écrire ou dire dans leur sérail, qui viennent heurter de plein fouet les égoïsmes et les logiques consuméristes, purement hédonistes des autres : Voir les statuettes des "trois singes", celui qui ne voit pas, celui qui n'écoute pas, celui qui se tait, comme on visite Venise, et mourir!

J'ai nommé les leaders de l'économie mondialisée, les P-dg de groupes multinationaux, les grands patrons de presse - ils émargent aussi à environ 100 000€ mensuels pour certains, contre 1600€ environ pour la moyenne des salariés "en poste" du secteur, hormis les gens du livre qui eux, ont rançonné leurs entreprises pour démarrer à bac + deux avec 2800€ nets mensuels, dans des emplois protégés par la Filpac-CGT dont les délégués choisissent eux-mêmes les personnes recrutées. Cherchez le modèle, vous aurez la copie.

Le vrai scandale de la presse et la raison de sa "non-liberté" ambiante est qu'elle est capable d'accepter ces oukazes-là sans exiger de rééquilibrage pour TOUS, y compris les P-dg et les politiques, parce que cela profite à la minorité qui prétend diriger les médias ; lire "Petits Conseils" de votre ami Laurent Mauduit, ci-devant journaliste de Médiapart.fr et mieux comprendre pourquoi Alain Minc a fini par quitter le Monde. Pourquoi Serge July a quitté Libé, c'est une autre histoire, mâtinée d'usure au sens premier du terme, pas au sens financier et moral... ou du moins je le pense!

Toutefois, July, qui se voulait dépositaire de la parole sartrienne dans une geste généreuse, est "né" dans un média fondé en 1973, cinq ans après nineteen sixty-eight pour ne pas dire 68, trop cliché, dont les "comités locaux" d'aide à la création ressemblaient fichtrement par l'esprit, l'enthousiasme, l'exigence de réalité et de "vérité-avec-des-pincettes-sémantiques", à ce club de blogueurs en cours de création cette année sur la toile médiaportée par votre initiative. Et c'est précisément cette fougue, cette entièreté-là qu'ils ont perdu, que Libé 1 puis Libé 2 puis Libé "chargeurs réunis", pour finir par Libé de Rotschild - proches parents me semble-t-il de la famille d'Ingrid Bétancourt - et ses équipes rédactionnelles successives ont perdu.

Le plaisir n'est pas un interdit, mais on n'écrit pas que pour le fun!

On ne peut pas écrire sans se faire un minimum plaisir mais on ne vend pas de l'info uniquement pour démontrer quelque chose ou pour démonter quelqu'un, même si le " J'accuse" d'Emile résonne encore dans nos coeurs aussi fort que le "Dreyfus est innocent" de Zola. Même si la crise du Watergate est au journalisme à l'américaine ce baptême du feu et de la raison politique majeure que nous sommes encore bien loin de connaître chez nous lorsque nos meilleurs "claviers" - plume a vécu!- publient des "affaires".

Et des affaires, il en sort! Médiapart en sort plus vite que son ombre ces jours-ci : un feu d'artifice, un festival, magie, magie, n'en jetez plus la cour est pleine, attention à ne pas vous essouffler, à ne pas nous essoufler, nous convaincre qu'il vaut mieux ne plus rien lire du tout, le monde étant finalement si mauvais, si noir, si pervers que cela ne vaut même plus le coup de s'y intéresser davantage!

Il y a dans nos médias autant sinon plus de réducteurs de têtes de journalistes et de sujets à traiter qu'au sein du sérail politique. L'autocensure et la censure directe ou indirecte sont les maux prégnants de la presse actuelle, qu'elle soit internationale et francophone, pour le moins, nationale, régionale et dans une moindre proportion me semble-t-il mais peut-être me trompe-je dans la presse dite spécialisée.
Rappeler à la classe politique de quelque bord qu'elle soit qu' il n'y a pas de République possible sans crédit total et confiance non naïve accordée aux médias vaut à condition que ceux-ci ne passent pas l'essentiel de leur temps d'écriture ou de parole à véhiculer des clichés pour alimenter les militantismes d'un côté, de l'autre ou entre deux et aux extrêmes de l'échiquier des opinions.

A vous Edwy, qui écriviez dans "La part d'ombre" avoir choisi de rédiger ce livre pour n'avoir pas pu développer en détail dans les colonnes du Monde ce qu'il exposait, j'ai envie de dire que l'intérêt que j'éprouve pour Médiapart.fr est que j'y lis actuellement des choses que l'on ne trouve justement plus que dans des bouquins, des essais, des pamphlets parfois. Des choses dont la place est pourtant bien dans les "médias"...
Il est donc possible, sans doute urgent aussi, de ressourcer le genre, de rappeler que le journalisme n'est pas seulement le style sans l'expression de l'auteur en situation, mais à la fois la crédibilité fondée sur des enquêtes rigoureuses, et le style, donc aussi la réaction effective et affective de l'auteur en situation décodée pour ce qu'elle est, ni plus, ni moins. Mais énoncée en clair.
Ainsi, vous pouvez écrire que le sarkozysme, que Nicolas Sarkozy vous paraît dangereux dans sa relation aux médias et de par l'usage qu'il vous semble en avoir, et vous l'écrivez en clair, ce que ne font pas de nombreux confrères et consoeurs qui traduisent leur opinion entre les lignes par la façon dont ils équilibrent les contenus en défaveur du personnage.
A la télé, cela se traduit soit par l'inverse lorsque le média ( TF1) est majoritairement pro-Sarkozy, soit par une saturation inverse lorsque la rédaction est majoritairement dans la défiance vis-à-vis du même homme et de son appareil, (France 2, France 3, me semble-t-il), alors qu'une poussée diamétralement inverse me semble s'exercer dans la façon qu'ont ces différents canaux de mettre en images et en propos les ténors de la gauche de gouvernement.

Consensus, centrisme éditorial
La lecture de Marianne, par exemple, me laisse régulièrement le sentiment que le consensus abonde dans le sens défini par Jean-François Kahn, dont l'analyse "centriste" répétée à longueur d'éditos ou de textes d'opinions depuis des lustres a contribué largement à poser dans l'espace média francophone la place utile à l'expansion de François Bayrou, davantage que celle où pourraient être écoutés les centristes de gauche ou de droite non modemisés.
Il n'empêche que la sphère média actuelle fonctionne largement comme un repoussoir au sens physique du terme : on "repousse" une feuille d'aluminium à dessein pour obtenir la marque de ce que l'on veut imprimer ensuite en blanc sur un fond d'encre noire, puis repartir du négatif pour avoir les traits finaux du dessin. Cela s'apprenait autrefois en maternelle supérieure...
Le texte journalistique écrit ou parlé fonctionne souvent de la même façon, mais en mimant plus ou moins la culture de chaque public concerné, afin de mieux s'assurer d'une réception correcte des faits et des idées développées.
La chance que les journalistes ont de pouvoir rencontrer en chair et en os les personnages publics qui demeurent des clichés ou des images pour les autres est à la mesure du respect qu'ils ont de la réalité de ces personnes, que leur propre ressenti lors de la rencontre va leur permettre de traduire sans gommer le positif de façon strictement idéologique s'il y en a dans leur perception, ni modérer le négatif lorsque c'est le cas.
La propension des politiques à user de la réthorique - parfois proche de la démagogie mais pas toujours - pour s'assurer de la qualité de leurs démonstrations sociétales, économiques, culturelles, politiques en résumé, n'est jamais que proportionnelle à leur plus ou moins grande maîtrise de l'ensemble des langages qu'ils maîtrisent, dont le parler n'est malheureusement qu'un des aspects, faute de quoi François Bayrou aurait été élu l'an dernier, étant sans doute celui qui maîtrise le mieux la langue française dans ses discours publics. S'y ajoute leur théâtralité, leur sincérité "apparente" ou travaillée, le choix des thèmes développés face à tel ou tel public et invariablement un jeu d'affects - démonstration brillante hier soir encore lors du discours d'après libération d'Ingrid B. de Nicolas Sarkozy - ce qui amène à se poser la question de savoir aussi pourquoi cette sincérité, cette émotion - là leur serait interdite, et non aux autres, notamment aux journalistes qui ont donné dans l'affect et la surmesure pendant les dernières 24h, au point de zapper 80% au moins des autres faits intervenus à la surface du monde.
En tout cas pour nos médias français, car un rapide tour des sites webs étrangers semblaient indiquer une moindre passion pour l'affaire Bétancourt que dans la sphère franco-française.
Le paradoxe est que la culture journalistique actuelle que les politiques de droite analysent comme étant majoritairement à gauche et que les politiques de gauche - hormis les plus paranos - tentent d'instrumentaliser parce que la présupposant aussi plutôt en leur faveur, a été l'an dernier et est encore selon moi le meilleur vecteur d'image pour ceux des politiques qui sont les moins "réfléchis" et qui donnent le plus dans le spectacle. Et là, égalité à gauche, à droite, au centre, ailleurs...
Guy Debord et les "situationnistes" n'avaient pas tort sur ce plan.

Les kabouters néerlandais d'hier non plus. Que demandaient les yippies, les hippies, les néo-punks de tous poils?

La société de l'information conçue comme un spectacle est suicidaire. C'est l'histoire de l'homme qui a vu l'ours, qui a vu l'ours, qui a vu l'ours, à l'infini! Et qui a d'abord tiré dessus avant de le prendre en photo... Et qui s'est empressé de se taire ensuite!

La société dont j'ai le sentiment que Médiapart peut favoriser l'émergence, si l'économie et son audience s'y prêtaient bien sûr, serait une société d'après le spectacle et d'après la communication camouflée en information, celle qui nous est couramment servie par l'audiovisuel en particulier, mais aussi par les grands quotidiens.

Apprendre à lire, d'abord
Apprendre à lire, cela restera toujours apprendre à croiser les lectures une fois que l'acquisition des bases de la lecture est faite et que la pensée de chacun prend le relais. Sans cela, les internautes, comme les lecteurs du "papier" se contenteront d'aboyer dans le sens de leurs éditorialistes préférés, sans jamais réfléchir deux minutes aux dangers du lobbying, aux connotations à peine voilées qui s'expriment dans la façon de traiter un fait quel qu'il soit, depuis la plus banale des campagnes durant les municipales jusqu'à l'affaire Clearstream, dont on sait qu'elle a été largement instrumentalisée par les courants de chaque parti pour tenter d'en obtenir des effets pendant la présidentielle pour ou contre tel ou tel candidat durant les primaires, à gauche comme à droite.
Pourquoi ce flot soudain de mots en réponse à votre texte d'après passage "chez Ségolène", ainsi qu'aux commentaires tous aussi intéressants les uns que les autres?
Parce que je crois de plus en plus que le suffrage universel n'est crédible, que si le portrait en pied des candidats réalisé par l'ensemble informel des médias ne renforce pas cette inégalité entre la classe journalistique (qui sait de qui elle parle pour les avoir cotoyés physiquement), et les électeurs-lecteurs-spectateurs, dont les choix reposent intégralement sur les valeurs posées de façon implicite la plupart du temps par les commentateurs, pas sur un ressenti direct, c.a.d. sur autre chose qu'une vision transférée du personnage.
Oswald Ducrot écrivait que le "problème général de l'implicite est (...) de savoir comment on peut dire quelque chose sans pour autant accepter la responsabilité de l'avoir dit, ce qui revient à bénéficier à la fois de l'efficacité de la parole et de l'innocence du silence".
On sait à quel point les silences peuvent aussi tuer. Victor Jarra, Chili, chandeleur 1973...

Quelques chercheurs ont analysé les discours du Président de la République actuel, où l'on retrouve selon eux la même propension que dans ceux du candidat qu'il était à fonctionner davantage à partir de l'exposé de valeurs implicites - sémantiquement, cela fonctionne comme le billard à deux bandes, on ne "tape" pas forcément directement vers la boule visée car le jeu impose de toucher deux fois les bords du tapis avant de faire mouche - qu'à partir de thèmes explicitement exprimés. Un peu de trivialité suffit à gommer cet effet.
Edwy, ce n'est pas votre cas. Ni l'orientation globale du mode d'expression des investigateurs. Malheureusement, c'est exactement la méthode qui colle aux basques du très grand nombre de nos confrères qui préfèrent balayer le champ du réel de façon allusive et finalement "orientée" qu'en jouant à la fois du miroir et - dite ou écrite à part - de leur opinion.
Un jour, un politique connu m'avait refusé un moment d'interview pour un quotidien "papier", en prétextant un engagement pressé à suivre, un match de rugby, ce qui est fort louable en soi, mais il s'était arrêté deux ou trois minutes plus tard sur sa route pour accepter un question - réponse rapide d'une consoeur travaillant pour une télé nationale. J'étais aussitôt allé lui faire remarquer que c'était faible déontologiquement.
Nombre de nos politiques en sont réduits à croire qu'il vaut mieux accorder du temps à la télé qui touche selon eux plus de monde, et à discréditer du coup ceux des médias qui répercutent pourtant le mieux leur réalité, pas seulement l'image que les professionnels font passer d'eux. C'est le drame de ce pays, de l'Europe actuelle, et tout le travail qui s'ouvre pour Médiapart et les autres médias "neufs" que de lutter contre les poncifs, contre la loi du "télécran", celle évoquée par George Orwell dans 1984, pour ne pas vivre "Le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley avant que nous parvenions à la retraite, si tant est que nous pourrons y avoir droit un jour!

Le 4e pouvoir décrit pour la première fois par Tocqueville en 1883 dans "De la démocratie en Amérique" touche à ses limites : être à son tour corrompu par le désir latent chez les journalistes d'influer en même temps qu'ils informent. Le web n'échappera pas à cette variable d'ajustement. Le pouvoir corrompt "absolument", il est à souhaiter qu'il n'en soit pas forcément de même de l'usage du pouvoir d'informer, qui suppose celui de savoir choisir à bon escient son positionnement lorsqu'on parle des autres à d'autres que soi ou au premier cercle de ses amis.

Trop long, vous dîtes?

J'entends d'ici les "ce billet de blog est trop long", pâles homologues des "pas plus de 2200 signes coco" qui courent les rédactions de ce milieu, ce que vous aurez légitimement pensé non pas seulement à cause de cette longueur relative et physique du texte qui s'achève ici, mais surtout parce que vous auriez voulu comme mes anciens rédacs-chefs une seule idée par phrase, une seule démonstration par papier, la fameuse unité d'action, de lieu et de temps revendiquée par les classiques.

Les Lumières aussi avaient décidé de rompre avec cette causalité-là, cette hypocrisie de cour qui consistait à vouloir faciliter les choses au Roi et à sa cour en lui présentant systématiquement les "dramatiques" dans un "format", dans une temporalité, une version et une mise en scène qui excluait en fait la portée politique du message : habillez une comédienne, elle deviendra coquette et voudra épouser le Roi! Cela vous fait penser à quelqu'un? Fausse route... L'italienne n'est pas l'autrichienne, l'Histoire ne recommencera pas, du moins je l'espère sincèrement. Pour eux comme pour nous.

Libérez la presse de la tyrannnie des formats et elle remplira à nouveau le rôle que vous lui souhaitez tous du fond du coeur et de l'esprit, enfin réunis. Un rôle libérateur, certes, sans les parachutages de paquets de Lucky Strike de 44! Un rôle de médiation, sûrement, mais sans les contrôles des commissaires politiques des partis et des syndicats, eux-mêmes calqués sur les premiers jusque dans leurs petits arrangements entre amis dans les coulisses des congrès, mais une présence, une efficience, une portée. Celle que je souhaite à Médiapart.fr autant qu'à ceux des médias avec qui il m'arrive de contribuer, "pigé" ou non, car le mur de l'argent aussi doit pouvoir être traversé. Sauf à lui préférer le mur du "çon" cher au Canard Enchaîné!

 

 

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