Le Festival international du scoop d'Angers touché par un tir politique

  Le scoop du scoop: Son président, Alain Lebouc, explique (ici) pourquoi la suppression de 150000€ du budget de ce grand Festival est un leurre (vidéo CJ/Jo Gatsby) 

 

 

Le scoop du scoop: Son président, Alain Lebouc, explique (ici) pourquoi la suppression de 150000€ du budget de ce grand Festival est un leurre (vidéo CJ/Jo Gatsby)

 


Un snipper politique a frappé...

Le Président du Festival du scoop et du journalisme d'Angers Alain Lebouc a choisi la parole contre le déni de parole, en rendant publique sa réaction à la suppression "pour cause de crise" de l'intégralité de l'aide accordée par la ville d'Angers - et par la région des Pays de la Loire, mécaniquement, soit 150 000€ sur à peine plus de 200 000€ avec les autres mécènes - au festival qu'il a créé avec l'aide de nombreux professionnels français et étrangers voici 24 ans.

Médias et politique, positionnement politique et impact média...

Cadeau à médiapart.fr pour la semaine de

la presse à l'école, cette vidéo prise par un médialogue à l'aide d'un petit Canon G5 de dix ans d'âge, permet de mieux entendre cette différence dans l'expression, la parole de l'homme contre celle de la société, celle des partis, des partisans, des sans partis contre la bêtise. Alain Lebouc pleure ici l'absence d'impact de l'éducation politique et de l'éducation tout court sur les hommes et les femmes de pouvoir, les rois d'aujourd'hui, ceux qui croient faire et défaire, nouer et dénouer, et qui prennent comme le faisait remarquer Alphonse Allais l'argent des pauvres plutôt que celui des riches "parce qu'il y a beaucoup de pauvres"!

Le défi qui s'offre en 2009 à l'équipe du Scoop d'Angers ressemble à celui qui attend la presse d'information sur le web : tenir malgré la censure des aides publiques refusées, alors qu'elles sont accordées au relais des principaux partis, y compris dans le domaine culturel. Les Etats généraux de la presse n'auront décidemment servi à rien, peut-être même à moins que rien : les grands trusts auront de l'argent, les médias critiques et les lieux d'éducation aux médias se contenteront des miettes de l'action publique et dépendront un peu plus encore du bon vouloir et du pouvoir de mécènes privés, dont l'importance pour la démocratie, du coup, se fait de plus en plus évidente!

La complexité vient ici du fait qu'il s'agit d'une sanction politique : l'an dernier, le citoyen Alain Lebouc avait pris position à titre purement personnel pour la liste plurielle (UMP-MODEM-dissidents P.S. et DVG) menée par l'UMP Christophe Béchu 34 ans, alors unique opposant crédible au maire P.S. sortant d'Angers Jean-Claude Antonini, réélu en 2008 en mairie grâce à une poignée de voix d'avance. Alain Lebouc avait alors démissionné du groupe majoritaire neuf mois avant les élections, suivant en cela plusieurs élus du même groupe, pensant pouvoir faire partie de la liste adverse dont le projet lui semblait plus cohérent notamment sur le plan de ses ambitions pour l'éducation et la recherche, les échanges internationaux, les moteurs anticrise du jour.

40 000 personnes par édition dans plusieurs villes de l'ouest

 

En 24 ans, le Scoop d'Angers - Festival qui reçoit près de 40 000 spectateurs issus d'un territoire dépassant largement la région ligérienne - a réussi à fidéliser une large partie de la profession des journalistes, avec une dominante audio-visuelle affirmée, mais de plus en plus d'ouverture vers l'écrit, le web, et toujours de belles découvertes en matière de photo reportage et de reportages scientifiques, grâce au soutien actif du CNRS images-médias qu'animait alors Jean-Michel Arnold. Présent lors de la remise récente des prix de l'humour noir au Procope (Paris, VIe), ce dernier nous confiait sa tristesse de voir son "ami" Alain Lebouc touché par un snipper politique, par un tir inattendu, que personne n'était en mesure d'envisager car la plupart des collectivités locales favorisent bien au contraire le culturel éducatif, les accès gratuits à des événements liés à l'actualité lorsqu'elle est montrés sous un jour novateur : les documents primés par le scoop doivent obligatoirement avoir été publiés au moins une fois. Angers, Saumur, Cholet en Maine-et-Loire, Nantes en Loire-Atlantique, Chateau-Gontier en Mayenne ont été à un moment ou sont encore sous la gouttière de ce Festival hors norme, car il demande à ceux qui le fréquentent de réfléchir. Sans qu'on leur dise ce qu'il est bon de penser de tel ou tel reportage, de telle ou telle série de photos, afin qu'ils puissent se faire une idée par eux-même de la réalité couverte par les "pros" de l'info...

Les grands prix ont aussi fait carrière, le plus souvent...

Le plus souvent, personne ne remarque ou presque les meilleurs documents d'actualité lors de leur première diffusion TV ou édition web ou papier, les exploits du genre journalistique étant réservés à la nuit, pas au "prime-time". D'où l'enjeu fort d'un tel rendez-vous servi année après année par un jury composite, cosmopolite, exigeant, politique dans ses choix au sens grec du terme...

Plusieurs photographes primés à Angers depuis les années 80 ont eu le "World press" photo par la suite. Le Grand Prix Jean-Louis Calderon, du nom de ce confrère tué par un char à Bucarest en pleine révolution roumaine - la policie politique de Ceaucescu voulait la peau de ce français au verbe franc dont les reportages faisaient le tour du monde sur la 5 - a été décerné à des journalistes apportant de vraies modifications à la vision courante d'un fait, d'une guerre, d'une tendance sociétale: Bagdad, les milices kurdes en 2007, les frenchies dans la guerre en afghanistan en 2008, faisant feu sur les talibans, filmés "de l'intérieur" d'une unité tricolore caméra-famas au poing!

Au final, une partie de l'équipe permanente pourtant réduite à trois personnes devra être licenciée par la société de communication qui avait décroché le contrat de suivi du festival. Mais le centre de gravité de la question est qu'au moment où Angers flingue "son" grand festival sous couvert de règlement de comptes politiques entre le maire et son ex conseiller municipal délégué, d'autres événements d'une portée différente mais dirigés par des amis politiques du même maire sont préservés, notamment le Festival Premiers Plans présidé par un conseiller général P.S. depuis ses débuts, qui était à l'époque adjoint à la culture de l'ancien maire Jean Monnier. Lequel Jean Monnier avait été clairvoyant en quittant le P.S. dés son premier mandat, ne voulant pas céder aux oukazes de François Mitterrand qui voulait lui imposer la participation d'élus P.C. en plein conflit dans les transports publics locaux... Mais c'est une toute autre histoire, indeed.

 

Plus d'infos sur www.festivalscoop.com

 

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