En dessous du volcan, version bordel aérien en Europe

Les conséquences de l'éruption du volcan islandais le plus médiatisé dans la période ne sont pas calculables, une fois de plus, en terme d'inadéquation des réponses apportées par nos politiques aux besoins des ressortissants français ou étrangers coincés dans les aéroports d'Europe et du monde entier depuis vendredi dernier, au moins.

Alors que plusieurs pilotes ou patrons de compagnies aériennes crient à qui veut bien l'entendre que le danger est passé depuis dimanche pour la majeure partie de notre ciel européen, ces messieurs du gouvernement français appliquent scientifiquement le seul principe qui les tiennent encore, à savoir le principe de précaution, quelles qu'en soient les conséquences pour des centaines de milliers d'enfants, d'adultes de toutes nationalités qui ne peuvent avoir recours à un autre moyen que l'avion déjà booké sur une compagnie X ou Y pour rentrer chez eux.

Plus grave : un simple coup de fil aux services français à l'étranger peut s'avérer plus dangereux qu'utile en pareil cas, comme ce fut le cas pour un groupe ce mercredi en Autriche, où une attachée de l'Ambassade et du Consulat de France affirmait que les navettes ou transports locaux étaient gratuits pour les voyageurs bloqués, alors que la mesure avait été levée l'avant-veille. Du coup, accueil sévère par un contrôleur autrichien entraînant l'obligation de payer au prix fort les tickets, réception par la police locale à la sortie du train de retour dans la capitale viennoise, bref, le conseil de l'ambassade ajoutait dans ce cas des dépenses inutiles et des vexations encore plus difficiles à vivre en pareil cas à une situation déjà difficile, rendue opaque par la non-communication en temps réel entre les aéroports français et leurs homologues étrangers.

"On n'est prévenus des annulations de vols par Roissy-CDG que quelques minutes avant les départs", disent les guichetiers des compagnies aériennes.

Après une, voire plusieurs nuits blanches sans assistance aucune à même le sol ou les banquettes des aéroports d'Europe de l'Est ou d'ailleurs, les candidats au retour en France ne se voient souvent proposer ni réconfort matériel, boissons, vivres, ni même simplement d'aide à la recherche d'un autre moyen de retour, sous prétexte que telle ou telle compagnie qui leur a vendu leurs billets n'est pas celle qui contrôle le mieux la place. Il semblerait que des priorités non dites mais bien réelles au décollage soient données aux anciennes grandes compagnies nationales au détriment des compagnies de charters low cost, obligeant les moins fortunés à subir une fois de plus la prime au plus gros ou au plus riche.

"Nous sommes onze dont cinq enfants de 8 à 15 ans, et cela fait des heures et des heures que tout le monde nous promène en bateau, nous conseillant de nous rebooker sur le prochain vol pour Paris sans aucune certitude qu'il ne soit pas annulé, aucune aide d'aucune sorte n'est proposée", nous disent des voyageurs français bloqués en Autriche.

Sous les cendres du volcan, renaissent tous les tropismes et tous les clivages de nos vieilles sociétés archaïques bouffies de prétentions solidaires, ce à quoi s'est ajouté ces derniers jours le fait que nos très solidaires syndicalistes du rail ont trouvé le moyen de rendre encore plus pénibles les rares retours possibles en train en étant en grève lors de l'arrivée dans l'hexagone des transfuges épuisés par l'éruption et par les blocages aériens qu'elle a engendré.

Merci la CGT et merci Sud-Rail, il y a sans doute moyen de ne pas en rajouter lorsque les choses deviennent à ce point problématiques pour des raisons qui n'ont à voir ni avec le trou de la Sécu ni avec nos retraites, sauf à considérer qu'il suffit d'un volcan eskimo pour que tout le monde se carapate dans les coins sans tenir compte de la santé et de la sécurité des voyageurs du monde entier et des enfants qui les accompagnent : principe de sécurité d'un côté, principe d'opportunisme de l'autre, cela préfigure une toute autre explosion possible si ces mécanismes devaient s'amplifier encore dans les années à venir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.