L'objectif de Frédérique Vidal

"L'objectif est que les jeunes accèdent à l'enseignement supérieur au moins autant qu'aujourd'hui et si possible plus" déclarait Frédérique Vidal le 1er mars dernier sur France Inter. Chiche!

Le 1er mars dernier, sur France Inter, Hélène Fily ouvrait son entretien avec la ministre Frédérique Vidal par cette question : "Est-ce que vous pouvez promettre ce matin à tous les élèves de Terminale qu'ils auront tous une place l'année prochaine dans la filière de leur choix ?". La journaliste obtint une réponse sans ambiguïté : "C'est l'objectif" (à la même question reposée, elle réitère : "C'est vraiment l'objectif qui est visé"). Peu après, la ministre déclarait pour couper court aux rumeurs insistantes qu'"il n'y a pas de sélection à l'entrée des filières universitaires", ajoutant "c'est prévu par la loi, c'est le lycéen qui aura le dernier mot". Ainsi donc, le lycéen ou la lycéenne exprime une envie et "les établissements s'adaptent à cette envie". Et si elle avait raison ? La ministre Frédérique Vidal n'a du reste pas hésiter à lancer une invitation à celles et ceux qui douteraient de la pureté de ses intentions et de celles du gouvernement : "Je propose à tout le monde d'aller voir ce qui est dans la loi".

Les universités vont avoir désormais à apporter une réponse aux demandes des lycéen.ne.s. Citons le décret qui réglemente l'examen des candidatures :

"Pour procéder à cet examen, chaque établissement réunit, pour chaque formation ayant enregistré des vœux, une commission d'examen des vœux dont la composition est arrêtée par le chef d'établissement. Cette commission définit les modalités et les critères d'examen des candidatures et propose au chef d'établissement les réponses à faire aux candidats. Lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d'accueil de la formation à la date de confirmation des vœux prévue par le calendrier mentionné à l'article D. 612-1-2, elle ordonne également les candidatures" (D612-1-12 extrait)

Comme critère d'examen, conformément aux propos ministériels, il semble légitime de s'en tenir à l'envie et donc de considérer que la motivation des candidat.e.s est démontrée par leur choix de l'inscription à la formation sur ParcourSup. Comme "le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat" (art. L612-3), l'obtention du baccalauréat suffit à vérifier la maîtrise des attendus adossés à chaque formation. Pour respecter donc l'esprit de la loi que la ministre a développé dans son entretien radiophonique, chaque commission s'en tiendra comme modalités et critères d'examen des candidatures au baccalauréat et à la volonté du lycéen.ne. Il découle que toutes les demandes sont ex-aequo, laissant ainsi effectivement au lycée.ne "le dernier mot".

Reste la question des capacités d'accueil. Parce que les vœux ne sont pas hiérarchisés, de très nombreuses formations vont avoir toutefois à ordonner les candidatures, alors même qu'in fine tou.te.s les candidat.e.s seront pris, par le jeu des désistements, conformément à ce qu'a dit Frédérique Vidal. Comment départager les dossiers, en admettant que certain.e.s envisageraient de se lancer dans une telle entreprise, inutile, et non conforme au projet ministériel ? La loi fixe trois critères : "la cohérence entre, d'une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation antérieure et ses compétences et, d'autre part, les caractéristiques de la formation"  (art. L612-3). La demande d'inscription et le baccalauréat garantissent cette cohérence.

Force est de constater que la ministre a raison. La loi impose de classer toutes les demandes ex-aequo et nul départage n'est possible, sauf à considérer que la possession du baccalauréat ne suffit plus pour entrer à l'Université, c'est-à-dire qu'une sélection serait instaurée.

Dès aujourd'hui, annonçons la bonne nouvelle, il suffit de classer toutes les candidatures ex-aequo. Et fredonnons l'air des Rita Mitsouko "dis-moi oui !".

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