Songe à la douceur d'aller à Tolbiac

Réaction aux propos tenus par Georges Haddad, président de l'université Paris 1, au sujet de la Commune de Tolbiac.

Là, tout n'était que violence, drogue et sexe ?

Mardi 17 avril, j'ai été à Tolbiac faire une conférence intitulée "Liberté, égalité, Université!". Pendant deux heures, j'ai dialogué avec les participant.e.s, abordant notamment le problème posé par la parole magistrale en amphithéâtre, reprenant une interrogation de Max Weber, la nature du savoir scientifique enseignée à l'Université par rapport au savoir scolaire, la "causalité du probable" qui devrait interdire toutes les sélections parce qu'elles sont toujours sociales… Nul.le n'a cherché à imposer son point de vue, chacun.e a voulu échanger, comprendre, envisager des changements dans nos coutumes universitaires. L'expression était libre, simple et pleine d'intelligences particulières et collective.

Là, tout n'était que violence, drogue et sexe ?

J'ai discuté le lendemain avec des collègues parisien.ne.s. Nous avons rapidement ressenti que nous appartenions à une seule et même communauté, que nous étions des universitaires, des chercheurs et des chercheuses, que chacun.e à notre manière, nous souhaitions défendre l'Université et la changer. Nous nous sommes reconnus dans le même rejet de la sélection, du tri, de la compétition, dans la même envie de partager le savoir avec le plus grand nombre.

Là, tout n'était que violence, drogue et sexe ?

Échangeant avec les un.e.s et les autres, je n'ai pas croisé la moindre personne qui aurait pu dire une phrase comme "On me l'a dit, et je crois que c'est vrai". Il est vrai que je me suis rendu sur place, que je n'ai insulté personne, ni les étudiant.e.s, ni mes collègues, ni celles et ceux qui venaient voir ou séjourner quelques temps. Dans cette Commune libre, j'ai éprouvé cette joie intense et simple qui menace l'ordre triste du monde, la joie de réfléchir et de partager. J'y ai entendu, j'entends encore, comme un soubresaut révolutionnaire, un seul mot que chaque visage semblait exprimer, ce mot, cette phrase que j'adresse à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent entrer à l'Université : "bienvenu, vous êtes ici chez vous".



Christophe Pébarthe, maître de conférences en histoire grecque, habilité à diriger des recherches, université Bordeaux Montaigne

 

Invitation à Georges Haddad, président de l'université Paris 1. Réaction aux propros tenus par celui-ci au sujet de la Commune de Tolbiac (http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/04/17/le-president-de-paris-i-consterne-par-le-capharnaum-du-site-de-tolbiac_5286479_4401467.html)

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