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Billet de blog 2 mai 2013

Quatrième pouvoir : si on essayait la démocratie ?

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La notion de « liberté de la presse » a quelque chose d'utopique. A la différence du citoyen bénévole, exprimant son opinion au bistrot ou sur Internet, le journaliste professionnel, par définition, est payé par quelqu'un. Il doit forcément répondre aux attentes de la main qui le nourrit. Il existe de par le monde trois types d'acteurs finançant la presse : l'État, les annonceurs publicitaires et les lecteurs.

Les démocrates soucieux de séparation des pouvoirs ne peuvent que souhaiter unanimement que le contrôle de la presse soit du ressort des lecteurs. En ce sens, le succès du journal français en ligne Mediapart, financé essentiellement par ses abonnés, est tout à fait encourageant.

Malheureusement, ce modèle risque de mener à une société à deux vitesses, où la partie la moins riche et la moins éduquée de la population se contente d'une presse « gratuite » financée par les annonceurs publicitaires, pendant que seule une élite a accès à l'information de qualité.

On connaît le mythe biblique de la multiplication des pains, avec ces panier où les gens pouvaient se resservir indéfiniment, sans que jamais ils ne soient vide. L'information possède la même caractéristique miraculeuse : vous pouvez lire tout ce que vous voulez sans en priver qui que ce soit.

Chacun est révolté à la vue de ces images de la crise des années 1930 où l'on détruisait de la nourriture, pour en faire remonter le prix, quand nombreux étaient ceux qui ne mangeaient pas à leur faim. On oublie pourtant de s'indigner quand on l'accès à l'information est limité, quand on empêche les être humains de nourrir leur intelligence dans les paniers inépuisables qui contiennent le pain du savoir. J'ai rencontré une neurologue roumaine qui peinait à s'informer des développements de sa branche, parce que son hôpital n'avait pas les moyens de s'abonner aux revues scientifiques de pointe. Combien de spécialistes des pays pauvres sont-ils ainsi entravés ? Combien de décès en sont-ils la conséquence ?

L'accès des votants à des informations politiques de qualité n'est-il pas aussi, pour une démocratie, une question de vie ou de mort ? Mais comment trouver moyen de concilier les deux exigences contradictoires que sont le contrôle par les lecteurs et la gratuité d'accès ? Autrement dit, comment faire pour verser de l'argent public aux journaux tout en laissant le contrôle aux citoyens ? Voilà la question fondamentale que les journalistes devraient se poser.

On pourrait par exemple imaginer que chaque citoyen reçoive chaque année un « chèque-média » qu'il pourrait reverser aux organes de presse de son choix. Ce système, qui serait une économie de marché à égalité de pouvoir d'achat, autrement dit une démocratie, ne garantirait pas forcément une presse de qualité, car il serait à la merci des mauvais choix des citoyens. Chacun le sait, la démocratie est le pire des systèmes. Mais c'est aussi le moins mauvais...

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