Comment faire rêver avec une ballade en forêt ?

Que retenir de l'intervention d'Aurélien Barrau lors de la conférence de cloture de l'université d'été de l'Espace Malraux, scène nationale de Chambéry ?

barrau
Génial moment avec Aurélien Barrau pour finir en beauté l'université d'été organisée par Malraux scène nationale

 

Tous les copains que je bassine avec mon rêve de déclaration universelle de règles économiques mondiales (pour répondre à l'urgence climatique) se doutent bien que je n'avais pas grand chose à y découvrir. Je dévore le moindre des textes ou la moindre apparition de cet astrophysicien depuis un moment et il est présent plusieurs fois dans le texte pour lequel je vous saoule régulièrement (bit.ly/renaissanceco). Mais sa parole claire et forte au service de sa pensée clairvoyante et cartésienne est un moment incroyable lorsqu'il est pris de plein fouet comme ce soir.

J'en repars avec une détermination plus forte que jamais (de faire connaître, de faire vivre, d'une façon ou d'une autre, cette renaissance économique). Mais je repars surtout avec une de ses petites anecdotes génialissime.

Génialissime parce que ça résume en quelques phrases la simplicité du problème :

Imaginez deux personnes parfaitement identiques qui tentent de vous séduire. Elles sont tellement ressemblantes qu'il est impossible de faire un choix entre les deux.

La première personne vous propose de faire une ballade en forêt pas loin de là.

Et la deuxième vous propose un séjour paradisiaque sur l'île de saint Barthe.

...

Tout est dans ce qui nous paraît logique de répondre à cette invitation.

Je peux rêver de créer de façon pacifique un bouleversement avec d'utopiques règles économiques mondiales. Tant que leurs raisons d'être ne seront pas comprises, autrement dit tant qu'une majorité de personnes préféreront la personne qui peut nous faire passer un week-end à Saint Barthe, il sera inutile d'espérer mettre en place un projet aussi fou.

En comparaison des éléments figés dans des contraintes physiques ou biologiques immuables, il parait évident que le système économique est un des rares éléments sur lequel ont peut "facilement" intervenir (comme j'en rêve dans ce texte avec la "renaissance économique") pour faire face à l'urgence écologique.

Mais pour y arriver, il faut d'abord impulser une nouvelle façon d'aimer vivre. Il faut réussir à réinventer un idéal de vie. Il faut réussir à généraliser le fait d'aimer le monde naturel qui nous permet de vivre. L' aimer plus que des vacances paradisiaques qu'une pression sociale nous force à préférer. Il ne s'agit pas de montrer du doigt tel ou tel média qui nous gaverait de publicités pour des vacances de rêves... (je pense que le vrai responsable n'est pas la société qui construit ces besoins mais le consommateur... la question n'étant pas va t'il consommer ? Mais chez qui il va le faire ?).

Il s'agit de reconquérir la simplicité. De se satisfaire de la beauté qui nous entoure.

Comment faire rêver avec une ballade en forêt ?

Lorsque je me bats quotidiennement avec mes loulous qui préfèrent mille fois jouer à Fortnite je me pose la question avec gravité.

Ok ils n'ont pas besoin d'aller très loin...

Mais comment leur faire aimer les marches qu'on leur impose régulièrement ? Comment les connecter à la nature juste à coté de la maison ? Et comment faire de même avec tous les acteurs de notre quotidien qui construisent en même temps les moyens de notre vie à court terme et la fin de l'humanité à moyen terme (voire son extermination à long terme) ?

Au milieu de toutes ces questions je repense très fort au rythme de vie que nous a forcé à traverser le confinement... n'est ce pas dans ce rythme de vie ralenti, dans le plaisir de traverser le moindre cm carré de nature sauvage environnante que l'on a touché à ces rapports essentiels à réinventer ? N'est ce pas grâce à ces journées décroissantes que nous avons gagné quelques semaines cette année dans l'annuel date du jour du dépassement de la Terre ? Ce jour de depassement (en anglais : Earth Overshoot Day ou EOD) correspond à la date de l’année, calculée par l'ONG américaine Global Footprint Network, à partir de laquelle l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an.

Comme le soulignait

Marie-pia Bureau

en introduction de cette intervention, s'il n'y avait pas eu la pluie, cet événement aurait dût avoir lieu aux Charmettes, où Jean Jacques Rousseau a rédigé le contrat social à partir de ces travaux sur la nature. Quelle belle résonnance avec les interrogations des siècles passés et des années à venir...

 

 

retrouver la publication facebook de cet article (et les quelques 80 commentaires) en cliquant ici 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.