Les avions se sont arrêtés de voler

Pour faire suite à mes récentes publications, je vous propose d'autres mots nés sous ma plume dans une très belle correspondance avec une copine qui n'est pas sur Facebook...

 

Dans ce que tu veux retenir du film "Hold Up", je comprends ton point de vue qui semble accroché à de vraie douleurs.

Personnellement, ce que je crains c'est la défiance vis-à-vis de notre système démocratique. Et les déviances vers le vote front national que ce type de position peut construire. Surtout à une vingtaine de mois des prochaines élections présidentielles.

 

Au fond pour moi, le problème est très simple  :

Face à toute la crise qui touche aussi bien les entreprises et leur salariés que les gouvernements qui se retrouvent avec moins de ressources pour mener à bien leur politiques, on pourrait aller au bout du résonnement que susurre ce complotisme avec une reflections qui fait froid dans le dos :

On aurait dut rien faire,
et laisser mourir nos aînés par une maladie au milieu de tant d'autres raisons de mourir
On aurait dut rien faire
car il ne s'agit au fond que d'une façon de mourir au milieu de tant d'autre, aussi naturels, toujours injustes et violentes que ce virus.
On aurait dut rien faire
car cette pandémie ne fait qu’infléchir la surpopulation mondiale d'1 ou 2%, et qu'il faut s'attaquer à cette problématique de surpopulation mondiale aussi.

 

Mais un autre mouvement s'est mis en place.
Se retrouvant perdu face à une situation exceptionnelle et imprévisible, chaque état s'est mis à y répondre dans l'urgence, dans l'improvisation.
Chaque état s'est mis à regarder ce que son voisin faisait.
Cherchant la réponse la mieux adaptée à cette situation exceptionnelle.
Voyant ce qu'il se passait en Italie et ailleurs dans le monde, la France a fini par décider de décréter cet "état de guerre", avec le confinement, les masques et la distanciation sociale qui va avec.
Mais d'ailleurs tous les spécialistes comme les urgentistes ont pu voir très vite les conséquences bénéfiques de ces mesures, car dans l'attente d'autres solutions, celles-ci sont les plus adaptés.

Après la vraie question est dans notre rapport à la mort.
Qu'on le veuille ou non, on vit avec la perspective de la mort.
L’État a voulu faire front comme s'il n'y avait pas de combat plus important que celui de freiner la grande faucheuse.

 

Mais en définitive, le combat le plus important c'est la vie.
En partant dans cette guerre contre la mort,
l'État a construit une guerre contre la vie.

Tout ce qui construit notre vie a disparu dans un confinement dont on ne connait pas la fin, avec la perceptive de devoir sans doute remettre en place cette réaction liberticide à l'occasion d'autres pandémies qui pourraient arriver rapidement, avec par exemple les virus préhistoriques qui pourraient sortir du dégel du permafrost.
Nos interactions sociale, la culture, le sport, et même nos cultes
Tout ce qui remplit notre vie est devenu interdit au nom de ce combat contre la mort.
Et on a donc fini par tuer ce qui construit nos vies.


Pris dans cette vision du combat entre la vie et la mort,
j'ai tenté (c'est plus fort que moi) de chercher ce qui pouvait être bénéfique à notre civilisation dans cette mesure de confinement.Et je me suis mis à voir qu'avec ce confinement, on s'est rapproché de la décroissance nécessaire à un autre combat :
Le combat contre le réchauffement climatique.

 

Dans l'isolation du confinement,
On a touché du doigt le rythme de vie qui est nécessaire à la décarbonation de nos activités
On a pu respirer dans un environnement qui n'avait jamais été si peu pollué
On a pu écouter une nature dont les bruits sont trop souvent couverts par les vrombissements des moteurs
On a pu trouver le temps que l'on perd sans arrêt,
du temps avec soi même, avec sa famille
du temps pour échanger autrement, dans un rythme plus lent, dans des silences moins pesant,
avec autre chose à partager qu'un planning de vie chaque jour plus dense que la veille, une activité folle et pleine de déplacements, d'activités ou d'achats ultra carbonés.
On a pu entendre des voix qui parlaient intelligemment de cette urgence climatique
On s'est mis à entendre parler du "monde d'avant" comme si un "monde d'après" était en train de se construire,
On a pu avoir accès à une conscience écologique rarement atteinte dans le débat publique

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Les avions se sont arrêtés de voler
Et le ciel a aimé ça
Et nos yeux ont aimé ça

Dans le vide de l'isolation du confinement
Chacun a rempli ce vide comme il pouvait
Avec pour certain la peur d'un avenir incertain et le besoin d'accuser ce gouvernement de tous les maux
Avec pour d'autres le besoin de reconstruire au plus vite cette société du toujours plus, ce "conte de fée d'une croissance économique éternelle" comme dit Greta Thunberg
Ou avec, pour d'autres encore, le fol espoir de voir naître le "monde d'après" qui nous permettra de faire face à une réalité climatique que nous avons construite.

Les avions se sont arrêtés de voler
Et en regardant un oiseau traverser le ciel
j'ai compris que ce qui avait rempli ce ciel d'avions
ce n'était pas un un monde économique duquel je pouvais me sentir déconnecté, ce n'étaient pas des grandes entreprises avec lesquels je n'ai aucun lien
mais c'était ma vie de tous les jours
tous les gestes de ma vie quotidienne
tout ce qui construit et rempli ma vie

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