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Billet de blog 24 mars 2022

Comprendre ce qu'il se joue en Ukraine

1 mars 2022 - Partir de la série "Serviteur du peuple" pour tenter de comprendre ce qu'il se jour en Ukraine dans cette actualité brûlante. L'occasion de parler de biais cognitifs, de dénis de réalité, de la présence de l'Otan aux frontières de la Russie, de sanctions économiques, de censures médiatique et comme d'habitude... de réchauffement climatique.

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Encore un nouvel angle de vue (désolé pour ceux que ça saoule, en plus ça va être plus long que d'habitude...)

avec la série télé "serviteur du peuple" créée en 2015 et diffusée actuellement en replay sur Arte

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-021804/serviteur-du-peuple/

Série dans laquelle l'actuel président Ukrainien Volodymyr Zelensky interpréte le rôle d'un prof d'histoire simple et pas très riche qui se retrouve propulsé à la présidence du pays avec la bénédiction d'une bande d'oligarques véreux, suite à une vidéo filmée malgré lui dans laquelle le jeune prof gueule contre les magouilles de son pays.

Après le succès de cette comédie (regardé par 22 millions d'ukrainiens, soit la moitié de la population du pays), le comédien devient très populaire et décide de se présenter aux élections présidentielles de 2019 avec le même nom de mouvement politique que celui de la série ("serviteur du peuple").

Les trois premiers épisodes de la troisième saison de la série sont diffusés juste avant le premier tour des élections. Ces "épisodes de campagne" mettent en scène en 2049, des étudiants de Kiev qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent étudier le bilan catastrophiques des personnalités politiques élus 30 ans plus tôt. Ces personnalités politiques sont des caricatures des autres candidats de la vraie élection de 2019 (homme d'affaire mafieux pour symboliser Petro Porochenko et une femme technocrate manipulatrice pour deet Ioulia Tymochenko). Malheureusement on ne peut voir que 23 des 51 épisodes de la série sur Arte donc je n'ai trouvé des traces de ces "épisodes de campagnes" que sur Wikipedia.

Bon mais vous l'aurez compris, la diffusion de ces épisodes à grandement participer à la campagne électorale qui a fait élire Zelensky.

N'allez pas encore me faire dire ce que je n'ai pas dit, ces élections sont ultra démocratique avec 39 candidats au premier tour (un record), un premier tour surveillé par 2 344 observateurs internationaux (2700 pour le second tours). Ce président est incontestablement légitime et sa politique est sans doute la meilleure chose qui soit arrivé à l'Ukraine depuis longtemps. Et d'ailleurs, si ça se trouve c'est justement à cause de tout ce que dénonce le personnage du président dans la série que Poutine a décidé d'envahir l'Ukraine. C'est impossible d'être dans la tête de Poutine mais pourquoi ce serait pas ça ? Peu après sa sortie en 2019, la diffusion de cette série a été arrêté en Russie (après le 3eme épisode de la première saison).

Je suis fasciné par la façon dont le récit, et la réalité s'entrechoquent depuis le début dans cette guerre en Ukraine.

Et cette série, rien que par la folle histoire du comédien qui joue le rôle d'un président et qui devient président pour de vrai, participe (en tout cas pour moi) à cette sensation de confusion.

En fonction de l'origine d'un récit, il sera interprété de différentes façons.

C'est lié aux biais cognitifs qui construisent notre perception : ancrage mental, biais de confirmation, effet de halo, perception sélective...
Qu'on le veuille ou non, on est tous le fruit de pleins de choses qui nous ont construit. Un mélange de réalité et de récits.

Par exemple, chacun de vous lit ces lignes en se disant "mais qu'est ce qu'il veut dire ?" "qui cherche t'il à défendre ?" "dans quel camps est-il ?"
Je fais la même chose dans mes lectures ou dans mes visionnages.

Depuis plusieurs jours, je partage régulièrement différents angles de vue sur Facebook pour tenter de mieux comprendre cette invasion russe, ses enjeux et ses perspectives et beaucoup me sautent dessus comme si j'étais pro poutine. Et très franchement, je ne comprend pas pourquoi.

Mon objectif est uniquement d'entendre tous les éléments qui construisent cette situation. Il s'agit de faire face à toutes les réalités. Et ce n'est pas parce que certaines sont aussi relayées dans des médias russes qu'elles sont forcément un mensonge. Comme en témoigne "Ukraine, les masques de la révolution" ce film documentaire français primé en argentine et à Berlin qui aborde ce que tout le monde décide de prendre pour une fake news : le nazisme en Ukraine.

Donc oui je parle de "dénis de réalité" lorsque je vois une pétition signée par des intellectuelles juifs pour faire entendre qu'il n'y a pas eu plus de nazis ukrainiens en 2014 qu'actuellement. mais par contre je ne parle pas de "méchants nazis ukrainiens" comme si c'était les raisons de cette guerre, parce que cette réalité fait parti du passé, même si c'est un passé très récent, et que cette réalité est sans doute beaucoup moins présente maintenant, non seulement avec le gouvernement du "serviteur du peuple" (qui n'a absolument rien d’extrémiste), mais aussi dans les bras armés qui s'épuisent dans le Dombass depuis 8 ans. En complément, il me parait important de rajouter que le président fait preuve d'un courage exemplaire pour servir la démocratie (en digne "serviteur du peuple"), et que ses parents sont des scientifiques d'origine juive et russophone (difficile par conséquent de l'imaginer dans la défense de propos ou actions antisémites).

Simplement, pour moi, faire comme si ça n'a jamais exister, c'est un déni de réalité. Je ne vois pas comment appeler ça autrement. J'ai vu trop de salut nazis dans mes recherches sur ce sujet pour pouvoir faire comme si ça n'a jamais exister. Par exemple je ne pense par que Paul Moreira, le réalisateur du film documentaire "Ukraine, les masques de la révolution" (qui a reçu deux prix en 2016, prix europa Berlin et prix FICIp en Argentine, et qui a été diffusée la même année sur Canal+   https://youtu.be/VLXtWfTcLC4) ait fait appel à des comédiens pour toutes les scènes sidérantes qu'on trouve dans le film.

Pour moi c'est évident que le prétexte de génocide est une grossière invention de Poutine pour justifier une guerre injustifiable. Mais il me parait aussi dangereux de faire comme si il n'y a jamais eu ce genre de problème en Ukraine. Car il nous faut bien comprendre tous les enjeux de ce conflits pour le comprendre.

déploiement de l'OTAN à la frontière russe

Par ailleurs, j'estime (mais je me trompe sans doute) que cette histoire d'ogives militaires installées par les russes sur son territoire est effectivement centrale. Il serait intéressant de savoir qui des deux camps a été le premier à déployer un armement sur cette frontière. Je ne suis pas spécialiste sur la question et je n'ai pas trouvé d'information là dessus. Toutes fois, il me parait important de rappeler que la Russie agit sur son territoire, là où l'Otan agit sur un territoire qui était longtemps un espace neutre et non engagé. On ne va pas revenir sur l'engagement pris à la fin du bloc soviétique, une polémique dont on trouve des éléments sur le site de l'Otan (c'est donc pas si inexistant), et que tous les journalistes évoquent (quelque soit leur camps) pour analyser ce sujet. Que cet engagement ait eu lieu ou pas, tout le monde comprend les raisons de chacun des deux camps, et la crispation que peut apporter dans le camps russe le fait de faire comme si il n'y avait aucun problème dans le rapprochement de l'alliance de l'Otan aux frontières de la Russie.

Ce que je comprends, à force de me pencher sur ce sujet duquel je ne connaissais rien il y a quelques mois (et on va pas se mentir, je ne suis pas devenu un spécialiste), c'est que peu à peu, sans doute sans que les membres de l'otan ne le perçoivent, une pression a été ressentie par la Russie. Et que cette dernière peut être à l’origine de cette invasion russe. Je ne vois pas comment j'aurais sorti ça de mes réflexions. C'est ce que je comprend en lisant et en regardant beaucoup d'analyses de cette crise qui menace de devenir mondiale. Et je n'ai jamais lu aucun médias russe. Faire cette analyse, ce n'est pas faire le jeu de Poutine, c'est juste essayer de comprendre cette guerre.

Je ne sais pas sur quel source on peut affirmer que "les USA avaient tendance à se reculer". D'abord la phrase est bizarre parce qu'à priori, on devrait parler de l'Otan (dont nous faisons partie) et non pas juste des USA. Ensuite, il me semble qu'il était question d'intégrer l'Ukraine à l'Otan. Même s'il s'agit que d'une demande de l'Ukraine, et qu'il ne s'agit pas forcément d'une volonté de récupérer une zone de déploiement militaire (enfin j'en sais rien, mais j'en doute), ça peut avoir été pris comme tel par la russie.

Encore une fois, tout ça est une affaire de perception. Olivier fait encore une excellente analyse en disant " tout dépend si tu considères l’OTAN comme une alliance pour attaquer la Russie ou pour se défendre d’elle". Bien sur que pour nous, les membres de l'OTAN, il ne s'agit de rien d'autre qu'une force de persuasion, mais qu'en est-il dans la tête de Poutine ? Comment fait-on pour lui faire comprendre que ce n'est rien d'autre ? Et tout ça en déployant de plus en plus d'équipement au cas où...

Je suis très heureux de voir partout dans le monde de grandes manifestations condamner cette invasion. Ces millions de personnes dans toutes les grandes capitales du monde, même en Russie (il faut un sacré courage parce qu'on parle de plus de 6000 arrestations). C'est sans doute la meilleure chose à faire. Je condamne aussi fermement cette violence et cette ingérence de la Russie en Ukraine. ça a toujours été ma position n'en déplaise à ceux qui veulent faire de moi un "proPoutine" (tout comme on l'entend beaucoup au sujet de Melenchon dont j'ai beaucoup parlé dans mes publication sur Facebook car son positionnement est très proche de ma façon de vouloir comprendre cette situation et d'éviter une escalade militaire).

Oui, avant toute intervention disproportionner (dont les conséquences peuvent être catastrophiques) je veux comprendre les raisons de cette action, car ce n'est qu'en la comprenant qu'on pourra construire au plus vite la paix.

Ce n'est pas en partant dans un combat car quelque soit l'issu et quelque soit les conséquences catastrophiques, ce combat construira de toute façon une nouvelle situation de conflit (défaite, rancune, soif de justice).

Pour l'instant il est surtout question de sanctions économiques et de censure médiatique.

Pour ce qui est de la censure je la déplore, car, quelque soit le médias, la liberté de la presse et d'être informée doit être garantie.

Pour moi cette censure, c'est comme si il s'agissait de gagner une guerre idéologique qui se résumerait à "mes mensonges contre les tiens". Non tous les médias cherchent la vérité. Qu'ils soient mainstreams ou indépendants, tous les médias doivent pouvoir continuer à exister. La déontologie journalistique existe partout.
Si je regrette qu'un Jewish Journal refusent de vouloir voir une réalité récente, non seulement je comprends les raisons mais en plus je ne peux pas en faire le prétexte à la moindre action contre eux. Chacun est libre d'exprimer ce qu'il veut, de mettre en avant ce qu'il veut. C'est un droit fondamental pour lequel je soutien reporter sans frontière depuis des années.

© radio France

Pour ce qui est de la sanction économique, j'ai déjà abordé à quel point la Russie s'est préparé à ce genre de sanction avec des accords commerciaux avec la Chine, avec un système bancaire indépendant, avec des ressources qui peuvent elles même devenir des leviers de pression russe dans l'économie des pays européens. Sans doute la Russie ne s'attendait-elle pas à une telle réaction internationale à tous les niveaux (finance, économie réelle, sport...) et tout ça va peut-être finir par peser dans les mots de Poutine. Mais comme l'a exposé dernièrement Bruno Lemaire, on risque de détruire l'économie russe ! Les conséquences peuvent être doubles : Non seulement ça peut retomber sur l'économie de tous ses autres pays voisins qui échangent habituellement quotidiennement avec ce pays, mais en plus ça peut créer une mouvance "anti-tous les autres" au sein de la population russe et renforcer une adhésion envers leur leader charismatique, ou dieu-sait-quel héritier.

Depuis le début de ces échanges, ce que j'essaie de faire entendre, ce n'est pas la défense de Poutine (n'en déplaise à ceux qui aimeraient pouvoir voir les choses de façon aussi simple) c'est la menace de la guerre mondiale, c'est le danger d'un mouvement unanime et unilatérale. A chaque fois qu'on a mené un combat contre une idéologie (qu'elle soit politique ou religieuse), on a fait grandir cette idéologie et les menaces qu'elle représente.

.

L' aventure qui me fait traverser le fonctionnement et l'histoire de l'économie sur YouTube avec papa vigere, me fait craindre le pire : Nous traversons une crise depuis plusieurs années. Comme il y a un siècle, ces crises sont accrochées à un manque de régulation de la finance et au pouvoir de plus en plus grand des entreprises qui préfèrent enrichir leurs actionnaires que participer à la redistribution sociale des états (qui participent à leurs réussites), ou revaloriser des salaires (qui ne suivent que trop rarement les taux de croissance). Comme il y a un siècle, on voit grandir des inégalités et des injustices. Comme il y a un siècle, on voit grandir un besoin de souveraineté, d'indépendance, de nationalisme. Comme il y a un siècle, il est tentant de croire que c'est l'investissement dans la guerre qui va redresser cette économie. Car l'histoire économique est sans appel à ce sujet : ça a été compliqué, mais ça a toujours été une réussite pour le PIB.

Or il y a beaucoup plus urgent à faire, car une menace bien plus importante pèse sur nos activités humaines qui en sont les responsables : c'est le fucking réchauffement climatique. Le dernier rapport balance des chiffres terribles !

Est-ce qu'à un moment on va aborder cette question essentielle pendant cette campagne présidentielle ? Est-ce qu'à un moment on va élaborer un plan pour y faire face ? Tel que celui proposé dans le PTEF du The Shift Project ? Est-ce qu'à un moment on va enfin comprendre qu'il n'y a rien de plus important pour l'avenir de l'humanité ?

#faiteslatransitionecologiquepaslaguerre

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