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Billet de blog 24 mars 2022

exposition "à la mort à la vie"

au musée des beaux arts de Lyon jusqu'au 7 mai, cette exposition est l'occasion d'aborder beaucoup plus que la mort, il y est question de notre vie et de la vie des œuvres, de ces codes symboliques qui traversent l'histoire de l'Art...

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Je sais que c'est pas un sujet très fun, mais si vous avez l'occasion, ça vaut vraiment le détour.

De loin ça fait un peu penser à la géniale expo permanente qu'on trouve au musée des Confluences et qui s'appelle "Éternité vision de l'au delà". Si l'expo des Confluence explore de façon philosophique et historique la gestion de la mort à travers pleins de civilisation, dans cette exposition du musée des beaux arts il s'agit de plonger dans la symbolique des "vanités" ce mouvement pictural qui nait au milieu de la renaissance (vers 1620).

Dans cette période où toute forme artistique est le fait de l'église (qui finance les artistes en leur commandant des oeuvres), les "vanités" viennent bousculer le monde de l'art en invitant la philosophie dans le sujet peint. On peut presque considérer que ce mouvement est initiateur du tournant que prendra l'art pictural avec des sujets de plus en plus loin de la religion dans le 19eme et le 20eme siècle...

Bon mais bien sûr les "vanités" partent tout de même de la bible. Le nom est issu de la sentence de l’Ecclésiaste (un des livres de l’Ancien Testament) : "Vanité des vanités, tout est vanité". Le terme traduit par « vanité » signifie littéralement « souffle léger, vapeur éphémère ». Le message est de méditer sur la nature passagère et « vaine » (d’où « vanité ») de la vie humaine, l’inutilité des plaisirs du monde face à la mort qui guette.

Il s'agit donc de beaucoup parler de la mort, comme pour nous dire "Mémento mori" (Souviens toi que tu vas mourir).

On y découvre au fil de l'expo tout un arsenal de symboles déployés (plus ou moins cachés dans les tableaux) pour nous rappeler que dès que l'on naît, on est voué à périr : les bulles de savon ("Est homo bulla" l' homme est une bulle, tiré de l'œuvre de Varron qui avait inspiré les adages d'Erasme) ; les miroirs (symbole d'illusion, d'orgueil et de vanité), les crânes (représentant le caractère transitoire de la vie humaine et l'abandon de l'enveloppe charnel), les livres, les verres de vins et les instruments de musique (symbole de la vanité des plaisir terrestre, de la vanité du savoir) et j'en passe des papillons, des bougies, des montres, des sabliers ou de la fumée ("vanité" ça signifie presque littéralement « fumée »).

Au fil de l'expo on découvre le sens de tous ces objets symbolique et on retrouve leur utilisation dans des œuvres de plus en plus contemporaines. On entend donc cette héritage de la renaissance qui perdure dans des œuvres très récentes par exemple chez Picasso, Bill Viola ou Bacon. Je ne cite là que les artistes les plus connus mais ce voyage dans les "vanités d'hier et d'aujourd'hui" est l'occasion de découvrir des œuvres fascinantes et pas aussi populaire, tel que le travail avant-gardiste de

Jean Baptiste Freynet qui faisait des découpage et du collage de peinture au milieu de 19eme ou Miqel Barcelo qui fait manger ses peintures par des Termites (au milieu du 20eme) pour aborder la fragilité du monde matériel.

Au centre de l'expo le magnifique portrait de la "fleur des champs" (peinte en 1845 par Louis Janmot) trône au milieu des petites bêtes qui envahissent les fleurs de pleins d'époques. Ce tableau lyonnais est le grand bijou de ce musée lyonnais, une excursion atemporelle dans la renaissance italienne. Le musée trouve à chaque fois de nouvelles façons de mettre en avant cette "Joconde lyonnaise", et bien cette fois c'est l'occasion d'y faire entendre les vers de Ronsard (du 16° siècle) : "Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain: Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

Bon bref la vie est courte alors profitez de cette expo incroyable. C'est l'occasion de toucher à la raison d'être de toutes ces belles choses qu'on trouve dans un musée... l'occasion même de toucher à notre propre raison d'être... La vie, la mort, tout ça, quoi...

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