Vous avez carrément le droit de vous dire "putain mais il nous saoule avec son Janco !" Mais franchement sur ce coup, il a vraiment formulé la question de la finance d'une façon que je n'avais jamais entendue (et je peux vous dire que je regarde et lis beaucoup de choses sur ce sujet depuis un moment).
C'est très étrange pour moi parce qu'avec mes recherches et mon investissement chez les stifeurs (les shifters professionnels de la finance qui cherchent a faire "décarbonner" leur secteur d'activité) je me rend bien compte qu'il y a eu une immense évolution de mon niveau de compréhension de tout ça. Et je vois bien que je n'ai pas encore réalisé le dixième des vidéos de Papa Vigere pour expliquer tout ce que je me mets à comprendre... (et je vois bien que je vais mettre un temps fou à en arriver là).
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J'ai eu du mal, mais ça y est j'ai retrouvé la conclusion que Jancovici a proposé pour clore un colloque ("ambition net zero") organisé par la Banque de France et auquel j'avais assisté (du début a la fin en visio) fin janvier.
Cette conclusion n'est pas pratique à regarder (ça s'écoute comme un podcast plus que ça se regarde) mais il défonce plusieurs heures de colloques avec une synthèse époustouflante de la problématique qui concerne la finance verte (vous pouvez retrouver la vidéo en cliquant ici).
Après 4h de débats avec pleins d'intervenants passionnants (débats que vous pouvez tous retrouver en cliquant ici) pendant lesquels chaque intervenant venu des 4 coins de l'Europe tente de se donner le beau rôle en listant les analyses et les projets novateurs dans lesquels ils sont engagés, la conclusion de Janco sape le moral de tout ce beau monde (parmi lesquels y a pleins de gens vraiment super) en montrant à quel point on est encore très loin de la résolution du problème systémique dans lequel on est en organisant un tel colloque.
C'est une étape importante (l'organisation d'un évènement pareil) voire essentielle, mais on est encore très loin de là où on devrait en être depuis plusieurs années.
Pour faire simple il explique que pour réformer la finance il faut que les offres sur le marché existent. Pour l'instant elles ne sont pas assez importantes.
Lorsqu'on regarde le volume total d'investissement et les offres hyper minoritaires dans des investissement décarbonés (type Time for the Planet ou ce qu'on trouve sur l'appli Rift) on voit bien que la transition ne peut pas se faire à la hauteur du problème et surtout à la vitesse qu'il faudrait. Pour y faire face il faudrait un changement total de fonctionnement des acteurs principaux (entreprises ou états volontaristes) qui dessinent par leurs activités les possibilités d'investissement.
Et quand je parle d' investissement décarboné c'est dans des activités qui mettent en place une méthode de comptabilité qui prend en compte les 3 scopes de leurs empreintes carbones et les enjeux de justice sociale (avec une comptabilité telle que la "méthode CARE" que je suis en train de découvrir par exemple).
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Ce que j'en retiens aussi (en extrapolant avec des mots qu'il ne dit pas) c'est qu'il est aisé de montrer du doigt Total et son empreinte carbone, mais que tant qu'il n'existera pas des investissements alternatifs aussi séduisants (en terme de rentabilité) et aussi conséquent (en terme de capacité d'activité et de volume économique) on en sortira pas. Il n'y aura pas assez d'offre d'investissement et personne ne voudra sortir des investissements (carbonés) qui garantissent encore énormément de plus values.
L'alternative serait d'être prêt à tout modifier pour changer notre demande globale. Changer notre façon d'être dépendant aux énergies fossiles. Changer nos désirs et nos modes de vie. Car si la demande n'existe plus, les offres seront forcées de s'adapter (et de diminuer). C'est ce qu'on voit avec le bio, par exemple, qui prend de plus en plus de place dans les supermarchés au fil de ces dernières années.
Mais comment imaginer le monde sans les voitures, les camions, les ferrys, les avions et tous les systèmes de chauffage ou de transformations qui sont présents de façon systémique dans notre quotidien ? Le soucis c'est que tous ces objets carbonés construisent la possibilité de nos activités sans qu'on ait à les utiliser nous même ! On a beau vivre de la façon la plus "light" possible, on est tous accro à des choses qui n'existent que parce que d'autres personnes autour de nous exercent (sans qu'on le sache bien souvent) des activités carbonées de façon à ce que ces produits ou services nous soit accessible. Pour beaucoup de ces produits ou services, on n'a absolument aucune idée de toute l'énergie qu'à nécessité le transport, le stockage, la récolte, la transformation, l'emballage, la communication (etc...) pour qu'ils nous soient accessibles.
Comme autre exemple, une grande partie de l'activité culturelle est accrochée au pourcentage du PiB qui lui permet d'exister (le budget culture que l'Etat investi dans pleins de structures). Si l'on freine brusquement certaines activités carbonées (aussi lointaines soient elles du monde de la culture), on ferait baisser le volume globale du PIB et on baisserait de façon proportionnelle le montant que l'Etat peut investir dans ce domaine.
C'est pour faire face à ce genre de problématique que le "Plan de Transformation de l'économie Francaise" propose des transitions qui touchent pleins de secteurs économiques en meme temps.
Un vaste plan qui fait "shifter" la société tout entière. C'est pour faire fasse à ce genre de problématique que l' Institut Rousseau à fabriqué le dossier "2% pour 2 degrés". C'est pareil avec les rapports d' Oxfam, de négaWatt ou dans les derniers rapport du GIEC.
Mais quand décidera t'on de prendre enfin la mesure de cette urgence ? Quand décidera t'on se s'y mettre vraiment ?
Quand je vois où en sont les rejets de Co2 quotidiens et où on devrait déjà en être pour éviter les quelques centièmes de réchauffement global dont les conséquences seront catastrophiques, je commence à faire des petites rechutes d'éco anxiété
Tout ça est tellement complexe !?
Lorsque je donne l'exemple d'une diminution du PiB qui induit une diminution du budget Culture (et donc de l'activité culturelle) je parle des conséquences d'une décarbonation de l'activité économique. Mais de toute évidence cette décroissance va être encore plus violente et rédhibitoire pour le secteur culturel (comme pour tous les autres secteurs) lorsqu'elle sera subie avec les conséquences du réchauffement climatiques et l'extinction de certaines ressources naturelles.