Français : faut-il faire totalement confiance à sa banque ?

Une étude réalisée en 2020 par l’IFOP pour la Fédération bancaire française (FBF) le montre : la crise sanitaire, économique, sociale qui a marqué cette dernière année n’a pas eu d’impact négatif sur le rapport des Français à leur banque.

 Au contraire même, plus de 85 % d’entre eux disent avoir une opinion positive de leur conseiller, de leur agence et de leur banque, 70 % ayant une bonne image des banques françaises dans leur ensemble, 61 % des banques en général.

À la différence de 2008, où le système bancaire était au cœur de la crise et source d’inquiétudes, les banques sont ressenties comme des acteurs essentiels dans le soutien aux entreprises, leur secteur relevant des trois secteurs économiques les plus stratégiques.

À l’heure du développement important des achats en ligne qui ont fait un bond du fait des conséquences de la crise sanitaire, c’est en matière de sécurité de leurs données personnelles que les Français font le plus confiance au système bancaire. Ils considèrent de même favorablement les nouveaux moyens de paiement mis à leur disposition (paiement sans contact avec la carte bancaire ou via le smartphone) ainsi que les solutions leur permettant de communiquer avec leur conseiller, de consulter leurs comptes et de réaliser un certain nombre d’opérations, le tout à distance. Compte tenu de leur succès auprès des utilisateurs, l’usage de ces outils et solutions, dont le développement s’est fortement accéléré en 2020, devrait se poursuivre et se pérenniser après la crise.

Les « intérêts » des banques : une question à ne pas oublier

La bonne opinion des Français à l’égard des banques et leur adhésion aux services qu’elles proposent ne doivent pas faire oublier que les institutions bancaires sont des acteurs répondant à une logique économique. La gestion des comptes et de l’argent des Français n’est pas gratuite et a un coût pour eux, point que ne traite pas l’étude commanditée par la FBF...  Dépendant des banques, les Français en ont-ils pleinement conscience ?

Sans évoquer même les banques d’affaires, les banques dites de détail et d’investissement qui investissent l'argent en bourse. Si les résultats pour l’année 2020 sont attendus en retrait par rapport aux années précédentes, les banques devraient résister aux turbulences.

Les services tant appréciés des Français font l’objet d’une rémunération pour les banques : frais de tenue de compte, de chéquier, de cartes bancaires, frais liés aux virements et incidents de paiement, etc. Elles gagnent aussi de l’argent grâce aux crédits qu’elles accordent - frais de dossier et, bien sûr, taux d’intérêt appliqué - avec les sommes déposées sur leurs comptes par leurs clients et rémunérées, elles, à un moindre taux. Elles placent également une partie de ces sommes sur les marchés financiers, sources de revenus. Enfin, les commissions qu’elles perçoivent dans le cadre de leur activité d’intermédiaire pour leurs clients investisseurs sur les marchés financiers ne sont pas négligeables : elles peuvent représenter de 20 à 30 % de leur PNB (produit net bancaire).

C’est dans ce dernier domaine que la banque risque, en outre, de se trouver en conflit d’intérêts avec ses clients ; plusieurs situations peuvent se rencontrer où leur gain potentiel entre en concurrence avec celui de leurs clients : à titre d’exemples, on peut citer le fait de percevoir une commission sur un produit de placement quelles que soient les performances de ce produit, la détention d’un nombre limité de titres d’une nouvelle émission face à une demande supérieure de ses clients en faveur de ce titre, la rédaction d’analyses très favorables à l’appui du placement de titres souscrits par la banque elle-même... Les banques ont mis en en œuvre des moyens d’identification, de prévention et de gestion des conflits d’intérêts mais sont-ils suffisants ?

Frais bancaires, intérêts des prêts, intermédiation : les clients, même satisfaits de leur banque, ne doivent pas hésiter à faire jouer la concurrence et à être vigilants.

Et en cas de crise grave ?

Le risque de faillite d’une banque française est faible, mais il existe (cf le Crédit lyonnais sauvé par l’État et l’Union européenne). Qu’en serait-il alors de l’épargne de ses clients ?

Si le FGDR (Fonds de garantie des dépôts et de résolution) intervient pour indemniser les clients d’une banque en faillite dans un délai de 7 jours ouvrables, jusqu’à 100 000 € par personne (en plus des livrets d’épargne réglementés garantis directement par l’État), une directive européenne (transposée en France en 2015) prévoit un dispositif de nature à inquiéter les clients des banques. Ainsi, une fois les créanciers et actionnaires/obligataires sollicités dans le cadre d’une procédure de renflouement interne, la part d’épargne des particuliers dépassant les 100 000 € est susceptible d’être bloquée voire prélevée pour contribuer au sauvetage de leur banque. Heureusement, il n’y a pas à ce jour d’exemple récent d’une telle situation en France. 

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