Marchés financiers : quelles perspectives 2021 ?

Malgré le cortège de crises qui s’est abattu sur le monde en 2020 – crise sanitaire, crise économique, crise sociale -, les Bourses, après un choc inédit (25 000 milliards de dollars se seraient « évaporés » mi-mars) ont bien résisté en cette annus horribilis.

Qu’en sera-t-il en 2021 ? Quels éléments permettent-ils d’envisager aujourd’hui des perspectives les plus crédibles possibles ?

Des éléments qui favorisent l’optimisme

Ils ne manquent pas.

La découverte de plusieurs vaccins efficaces (de 70 à plus de 90 %) et le lancement de campagnes de vaccination dans de nombreux pays permettent d’entrevoir, sinon la fin totale de l’épidémie de Covid-19, du moins son contrôle et sa régression à moyen terme (l’été prochain est souvent évoqué comme horizon). Et chacun en attend « un retour à une vie économique et sociale normale ».

Pour faire face aux conséquences économiques des mesures prises pour enrayer l‘épidémie (confinement, couvre-feu, fermeture de commerces « non essentiels »), les Banques centrales et les États, coordonnant leurs actions, ont, pour la plupart, rompu avec les dogmes habituels de l’orthodoxie monétaire et de l’équilibre budgétaire et injecté des milliards de dollars ou d’euros dans des dispositifs de soutien à l’économie et des plans de relance. Ils ne devraient pas s’interrompre en 2021, bien au contraire. 900 milliards de dollars viennent d’être débloqués aux États-Unis pour financer des aides aux chômeurs et aux entreprises (prêts garantis, soutien aux PME, aux sociétés de la restauration, de l'hôtellerie, du transport aérien, etc.) et le futur Président démocrate, qui prendra ses fonctions le 20 janvier prochain dans un contexte politique favorable (élection de deux sénateurs démocrates en Géorgie), s’est engagé à de nouvelles dépenses publiques « pour un montant impressionnant de 7.300 milliards de dollars en dix ans dont plus de la moitié entre 2021 et 2024 (soit 20% du Produit intérieur brut) ».

Du côté de l’Union européenne, c’est, avec l’instrument NextGenerationEU, 750 milliards d’euros qui sont destinés à aider à réparer les dommages économiques et sociaux immédiats causés par la pandémie de COVID-19 en portant plus particulièrement sur les nouvelles technologies, les infrastructures et  l'environnement. L’Asie, quant à elle, semble en bonne voie de consolider une reprise bien engagée (la Chine a retrouvé ses niveaux de croissance antérieurs) qui ne peut avoir que des effets bénéfiques pour l’économie mondiale (les experts attendent un taux de croissance autour de 5 %). 

Autre facteur qui peut être directement favorable aux Bourses, l’importante épargne mondiale qui, outre le fait d’avoir une action de relance de la consommation, pourrait, dans un environnement de taux bas, se diriger vers les marchés financiers et, en particulier, les actifs dits risqués.

Attention toutefois à prendre en compte l’évolution des taux à long terme, les rendements obligataires ayant légèrement remonté, nous avons pu observer des perturbations sur les marchés américains permettant aux vendeurs à découvert de se manifester. Ces perturbations rappellent que nous évoluons sur des niveaux risqués, dans un environnement qui l'est tout autant.

Des craintes qui demeurent

Poursuivant sa diffusion, la pandémie de Covid-19 n’a pas à ce jour dit son dernier mot et reste source d’un certain nombre d’incertitudes.

S’il est établi que les vaccins mis sur le marché ont des effets protecteurs (même si des doutes sont présents avec le vaccin AstraZeneca) sur les personnes vaccinées, la durée de l’immunité ainsi créée n’est pas connue pas plus que leur action sur la contagiosité.

Cette inconnue est d’autant plus inquiétante qu’est apparu un «mutant» au Royaume-Uni, qui se diffuse sur la planète et s’avère plus contagieux que le virus jusque-là en circulation. La question « une troisième vague s’annonce-t-elle ? » est dans toutes les têtes. Des nuages apparaissent donc qui obscurcissent l’horizon qu’avaient dégagé les vaccins et font craindre une échéance à un peu plus long terme (une année entière?) qu’espérée initialement.

Si les Banques centrales et les États ne se sont pas ménagés pour soutenir leurs économies, il n’en reste pas moins que l’impact des plans et mesures annoncés sur l’économie réelle est encore attendu et que de nombreux secteurs sont durement touchés par la crise : le luxe, les valeurs technologiques et certaines valeurs industrielles ont bien résisté mais ce n’est pas le cas de l’industrie des voyages et loisirs (aéronautique et  transport aérien, hôtellerie, tourisme, évènementiel, restauration, …) et du secteur pétrolier ; il est à craindre des effets sur les résultats – peut-être des défaillances - des entreprises qui n’auront pas su « trouver les relais de croissance nécessaires », tenant compte de la mutation des modes de consommation et de l’évolution des attentes en ce domaine (lutte contre le réchauffement climatique, e-commerce). Quid en outre des effets de la fin des aides publiques sur les plus fragilisées ? Les investisseurs ont donc de légitimes motifs de prudence et devront, au minimum, mettre en œuvre une gestion « active et particulièrement sélective » de leurs actions.

Dernier point sans doute exagérément pessimiste, reste la menace, dans un contexte de terrorisme international, d’évènements qui pourraient, en les frappant à nouveau, aggraver les difficultés de certains secteurs déjà éprouvés (tourisme).

En conclusion, plus forte que les motifs d’inquiétudes malgré leur persistance, l’arrivée des vaccins a sans aucun doute contribué à redonner espoir aux acteurs économiques. La Bourse en offre un témoignage éclairant, avec le fort rebond des marchés enregistré en fin d’année 2020, traduisant une anticipation de la reprise. Il est probable que ce rebond ne se poursuivra pas sur la même lancée en 2021 dans l’attente d’une levée des incertitudes mais que le scénario des investisseurs « reste(ra) celui d’une sortie de crise progressive et d’un rebond économique. » 

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