5% de croissance en 2021, peut-on le faire ?

Les soubresauts de l’épidémie de coronavirus qui s’est abattue sur le monde en 2020, ses « vagues » successives, font qu’elle se prête mal à des prévisions économiques précises et surtout définitives. Les prévisions d’évolution de l’économie française, faites à l’automne, se sont ainsi trouvées bousculées et ont incité les prévisionnistes à être prudents.

Le Gouvernement en cours d’examen budgétaire a revu sa copie : de 8 %, il a ajusté sa prévision de croissance à 6 % pour 2021. Si les projections macro-économiques de la Banque de France publiées le 14 décembre envisagent, elles, un rebond du PIB de  5 % en moyenne annuelle (elle avait prévu 7,4 % en septembre), ce scénario s’entoure de nombreuses conditions dont certaines paraissent difficiles à remplir aujourd’hui. D’autres sont plus probables mais ce sera la combinaison de l’ensemble de ces conditions – et leur poids respectif - qui décideront finalement.

Les sources réelles d’inquiétude

Une première condition est liée, bien sûr, à l’évolution de l’épidémie car les prévisions restent incertaines et difficiles à définir : il faudrait qu’au début de 2021, sa propagation soit maîtrisée et n’oblige pas à un nouveau confinement général et qu’en cours d’année un vaccin ou un traitement permette, sinon d’en venir à bout., du moins de rassurer. L’explosion des contaminations constatée en cette fin d’année n’incite pas à l’optimisme sur ce point, ajouté au délai qui sera nécessaire avant qu’une campagne de vaccination, même massive, ne produise ses effets sur l’immunité de la population. Il est prévisible que 2021 s’accompagnera sans doute encore de restrictions  – dans l’espace et dans le temps - d’activités (voir les bars et restaurants dont la réouverture n’est pas envisagée avant fin janvier ou les lieux culturels encore fermés à ce jour).

Sur le plan intérieur, le facteur consommation des ménages reste incertain et est considéré par les experts de la Banque de France comme « un aléa majeur » : il est lié à l’évolution de l’épidémie – dont on a vu qu’elle était inquiétante – mais aussi au ressenti et au comportement des ménages. Même une fois les éventuels confinements ou restrictions de consommation passés, ils pourraient continuer en 2021 à privilégier leur épargne et à reporter leurs achats, par précaution, dans un contexte dégradé du marché du travail (le taux de chômage pourrait atteindre 11 % au premier trimestre 2021). Ayant accusé une baisse importante au second trimestre 2020 (-30%), l’investissement des ménages pourrait, pour les mêmes raisons, rester faible en 2021.

 

Les facteurs d’optimisme

L’amélioration de l’environnement international est aussi l’un des facteurs qui agira sur le taux de la croissance française ; sur ce plan, l’horizon semble se dégager progressivement et permettre d’espérer un bon niveau de demande mondiale en direction des produits français (rebond espéré de +7%), grâce en particulier à la reprise de l’Asie. Cette dynamique est susceptible de compenser le ralentissement des échanges avec les pays de la zone euro touchés comme la France par la pandémie (et avec le Royaume-Uni en cas de Brexit sans accord, dont l’impact est évalué par le ministre de l’Économie à 0,1 point de PIB). Le maintien d’un cours du pétrole modéré aurait également un effet positif.

S’agissant des ménages, si l’on ignore quel sera leur comportement comme exposé ci-dessus, il n’en reste pas moins que grâce à l’amortisseur des finances publiques, leur  pouvoir d’achat aura été en moyenne préservé en 2020 et le sera en 2021 malgré la récession.

Soutenu par le plan de relance (100 milliards € en France) - qui rassure avant tout les marchés financiers et par extension les salaires des traders qui n'en n'ont pas besoin... - et des conditions de financement relativement favorables, l’investissement des entreprises – qui a moins reculé en 2020 que cela était craint – devrait se redresser en 2021. Les entreprises vont en outre bénéficier de la baisse des impôts de production et de l’impôt sur les sociétés, une bonne nouvelle pour les investisseurs qui devraient voir la bourse profiter des mesures d'assouplissement et une bonne nouvelle également pour les formateurs, dont les plus sérieux, pourraient éduquer les nouveaux investisseurs. Par ailleurs, comme on l’a vu avec le second confinement, allégé par rapport à celui du printemps, une plus forte différenciation de l’effet des restrictions entre les différents secteurs d’activité (le secteur manufacturier, la construction, certains services aux entreprises et les services non marchands ont été relativement moins touchés qu’au printemps) devrait avoir un impact moindre sur l’activité économique qu’en 2020.

Autre facteur d’optimisme, le taux d’inflation, très bas en cette fin d’année 2020 (0,2 % en novembre), devrait conserver en 2021 la moyenne annuelle de 2020, soit 0,5 %, en raison de la baisse des prix du pétrole et de la modération des prix résultant d’une demande en recul.

 

Alors, 5 %, peut-on le faire ?

5 % de croissance ou 7 % ou… -1 % comme l’imaginent aussi deux scénarii alternatifs de la Banque de France ? Ainsi que l’a dit le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, « le mystère reste entier pour 2021 ». Les éléments peu favorables ne sont pas négligeables mais demeure une forte capacité de résilience de notre économie. Dès la fin du premier confinement, l’activité et la consommation se sont rétablies assez rapidement et en août, selon l’Insee, l’activité s’établissait à 95 % de son niveau d’avant–crise, permettant au PIB de connaître un fort rebond : plus de 18 % d’augmentation au troisième trimestre après une baisse de 20 % au premier semestre.

Sur la base de ce précédent qui témoigne de la capacité de résistance et de réactivité des acteurs économiques et en intégrant le risque de poursuite de l’épidémie sur plusieurs mois (un semestre?) mais avec des restrictions d’activités limitées et ciblées et le maintien des mesures de soutien de l’État aux entreprises comme aux ménages, les 5 % de croissance apparaissent un objectif atteignable en 2021.

 

 

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