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Billet de blog 5 mars 2025

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"Ils m’ont demandé si j’étais communiste, car je ressemblais à Fabien Roussel"

Hugo H. et Siméon S., âgés de 18 et 21 ans au moment des faits, proches du groupuscule identitaire Argos, avaient à répondre, ce jeudi 27 février 2025 à Avignon (84), de l’agression présumée d’André Mondange, maire PCF de la commune de Péage-sur-Roussillon (38), et d’injure raciste sur sa fille. Le délibéré sera rendu le 27 mars prochain.

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"C'est eux nos deux fachos ?" s'étonne un journaliste à la vue des deux énergumènes identitaires. Faut le croire, oui. 

La présidente de la cour résume. “Donc selon vous, dans cette affaire, la famille Mondange a inventé l'entièreté des faits qui vous sont reprochés, jusqu’à simuler un coup de bouteille sur le visage ?” -“L’histoire est beaucoup plus courte qu’on ne le pense”, marmonne franchement dans sa barbe de trois jours Hugo H., tennis de sport aux pieds, jeudi 27 février 2025, à la barre du tribunal correctionnel d'Avignon pour violence sur un dépositaire de l’autorité publique et injure raciste.  

André Mondange est maire de la commune de Péage-sur-Roussillon, bourgade de 7000 habitants dans l’Isère. Ce jeudi 21 décembre 2023, c’est pour assister à la soutenance de thèse de son neveu qu’il se rend à Avignon (84), accompagné d’une vingtaine de membres de sa famille. “4 heures 30 d’histoire médiévale”, se souvient l’élu. La réunion se poursuit dans un bar du centre-ville, à l’Explo, où planches apéritifs et quelques bières sont partagées. La fermeture du débit de boisson approche. 

Deux jeunes individus font leur apparition. “Assez sympathiques aux premiers abords, admet même André Mondange. Ils m’ont demandé si j’étais communiste, car je ressemblais à Fabien Roussel. A ce moment-là, c’était plutôt drôle.” Mais voilà que l’ambiance vire plus politique encore, lorsqu’ils se proclament identitaires, “pires que Le Pen et Zemmour”, à la vue d’un sticker antifa sur le téléphone de Naomie Mondange, fille de l’édile. On ne les arrête plus. “Un homme blanc qui fait un enfant à une femme noire, ca me dégoûte. Tu n’es pas légitime. J’ai mal au cœur pour la France”, vocifère Hugo H. à la jeune fille, avant de jeter une bouteille sur le crâne de sa cousine, Lou, qui en garde encore une cicatrice, et de rencontrer la résistance physique de la famille. 

"C'est quoi pour vous être identitaire”

Au coeur de la mếlée, un violent coup de Siméon S., l’autre prévenu, atteint André Mondange. Sous l’impulsion de BFMTV, le cliché de son visage tuméfié agitera largement les classes politiques et médiatiques, “dans un contexte de violence envers les élus particulièrement virulent”, comme le rappelle le procureur. Pour autant, plus d’un an après les faits, Naomie Mondange n'oublie pas l’agression raciste dont elle est victime. Son père, André, ne peut l’évoquer sans en pleurer. C’est compliqué pour lui de se mettre à ma place, en tant que femme racisée qui subit d’énormes violences."

L'élément déclencheur : une probable réunion du groupuscule d’extrême droite Argos, mouvance fondée sur les ruines de Génération Identitaire. “Qu’avaient-ils d’autre à faire à Avignon ?” souligne Jacques Thoizet, avocat des parties civiles. Originaires de départements limitrophes du Vaucluse, ils ont été aperçus en train de coller des stickers pour le mouvement. “Des amis en avaient, je trouvais ça sympa. Mais je n’appartenais pas à Argos”, s’explique, penaud à la barre, Siméon S, dans son polo ajusté, cachant un visage juvénile, presque dédaigneux, et une frêle carrure. 

Loin des préceptes athlétiques prônés par Argos. “On parle de dépassement de soi, de sport, de boxe… Mais il n’y faut pas s’y pencher très longtemps pour déceler un message politique violent, analyse la présidente, avant de s’adresser à Hugo H. C’est quoi pour vous être identitaire ?”  

“Une bagarre de fin de soirée” 

A cette question, Hugo H. ne peut pas y répondre. Pourtant, le 9 septembre 2023, il se rend carrément manifester à Cherbourg, pour une action coup de poing d’Argos, “par amusement”, se justifie-t-il dans une salle d’audience ébahie. Une dimension politique parfaitement infondée pour Mathieu Sassi, robe noire bien connue des procédures visant l’extrême droite, activistes violents dont il préfère le terme “militants enracinés” sur X (anciennement twitter). “Il s'agit en réalité de la vengeance d'un père de famille qui a essayé de défendre sa fille lors d'une bagarre de fin de soirée. Contrairement à l’attitude élégante et honorable de ces jeunes hommes”, clame l’avocat de Siméon S., friand de ces formules.

Dans une moindre mesure, le sentiment semble être partagé par le ministère public. Le statut d’élu municipal d’André Mondange ne sera pas retenu comme circonstance aggravante dans ses réquisitions. “La montagne accouche d’une souris”, conclut, satisfait, Clément Diakonoff, avocat du néonazi notoire Marc de Cacqueray-Valmenier et représentant à la barre d’Hugo H., contre qui douze mois de prison assortis d’un sursis probatoire de deux ans ont été suggérés, au titre de violence avec une arme et injure raciste. Pour Siméon S., une simple amende de 800 euros est proposée, dans l’attente du délibéré rendu le 27 mars prochain. 

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