Première affaire, ce mercredi 5 février, jugée lors des comparutions immédiates du tribunal correctionnel d’Avignon. Toufik a pris son Renault Kangoo, lundi dernier, alors qu’il ne possédait pas de permis de conduire. Le véhicule n’était pas assuré. “Je pensais que l’ancien propriétaire s’en occupait toujours”, affirme-t-il. C’est dommage, il avait pourtant fourni quelques efforts non négligeables, gages d’une bonne volonté. A 37 ans, Toufik venait d'obtenir son code de la route, en dépit de ses difficultés pour lire la langue française. Mieux encore, il peut attester de vingt heures de cours de conduite dans une auto-école. Il ne lui restait plus qu’à régler 700 euros pour passer son permis. Et enfin être en règle avec la législation française.
Mais Toufik n’a pas pu s’en empêcher. Ce lundi 3 février, vers 14 heures, les gendarmes l’interpellent au volant d’un véhicule, alertés par une plaque d’immatriculation amochée. “Seulement deux mois après votre sortie de prison. On ne peut pas dire que la justice n’a pas tout essayé”, remarque la présidente. Car oui. Il n’en est pas à son premier fait d’arme. Loin de là. 21 condamnations figurent à son casier judiciaire. “On remarque des pauses dans un parcours délinquantiel, mentionne le procureur. Mais depuis 2015, Monsieur a été condamné tous les ans. Systématiquement pour les mêmes faits.”
“La prison, il en a déjà fait beaucoup et ce n’est pas ça qui a changé les choses”
Sous sursis probatoire, Toufik est donc en état de récidive légale. “Je regrette. J’ai un cerveau qui ne réfléchit pas.” -”Il est trop tard pour regretter Monsieur”, rétorque sévèrement la présidente, excédée par ce vaste casier judiciaire. Le procureur ne peut que le constater. “Notre juridiction est remplie d’accidents, parfois très graves, causés par ce genre de profils.”
Pourtant, dans le box des prévenus, Toufik n’a pas l’air bien méchant. Presque honnête. Il ne conteste pas les juges, reconnaît ses torts. “Ce jour-là, j’ai pris la voiture car je devais acheter du matériel. Pour rénover ma maison car je dois accueillir ma fille”, explique-t'il franchement. On le comprend déjà un peu mieux. Un weekend sur deux, cet homme arrivé sur le territoire français en 2001, à la situation irrégulière, est censé s’occuper de cet enfant âgé de deux ans et demi. “Et un contrôle de son logement des services sociaux est à venir”, nous apprend son avocate. “La prison, il en a déjà fait beaucoup et ce n’est pas ça qui a changé les choses. Et puis vous savez, un enfant ça grandit vite et c’est parfois difficile…” Rien n’y fera. Il passera les quinze prochains mois en prison. Sans voir sa fille.
H.P