Les onze personnes assises sur le banc des prévenus - huit hommes et trois femmes - sont décrits comme "une bande d'amis." Certains sont collègues. D'autres en couple, voire mariés. Une proximité qui se ressent même chez les avocats de la défense. Au nombre de huit, ils se soutiennent, appuient la défense de leurs clients mutuels, louent la brillante plaidoirie d'un confrère.
Dans cette affaire de trafic de stupéfiants, ils sont pieds et poings liés pour démontrer que cette histoire n'est pas la tentaculaire organisation criminelle que les magistrats pensent juger. "Ce n'est pas l'affaire du siècle ! Il faut des peines cohérentes", s'est exprimé vigoureusement Me Bouix. L'affaire du siècle en question : un système organisé et assez lucratif, comptant nourrices, livreurs, gérants, qui rapportait près de 35 000 euros par mois.
Depuis ce mardi 29 janvier, dans la chambre correctionnelle de Carpentras, un seul semble faire bande à part. Il s'est même attiré les foudres de l'ensemble du prétoire, avocats, magistrats et greffiers compris, en malmenant un prévenu. "Ce n'est pas la culture de Carpentras !" lui a-t'on-dit. Quelle importance, pour celui dont la "famille se trouve dans la profession depuis plus d'un demi-siècle, dont plusieurs membres sont bâtonniers”, comme il aime le rappeler aux juges ? “J’aime pas les gens qui se défausse”, s’est sèchement justifié Me Said Harir.
On le décrit comme "un parisien", une sorte de ténor du barreau. "C'est un très bon avocat. Vous savez, il a défendu le frère de Paul Pogba. Ça s'est vu je pense", m'apprend, pendant le délibéré, le frère du principal inquiété dans ce trafic de stupéfiants, à la charge de la totalité des honoraires. "Vous en pensez quoi des peines requises ?", m'interpelle-t-il carrément à l'issue de sa plaidoirie, longue de trente minutes, durant laquelle il n’a pas manqué d’invectiver l’instruction. “On a arrêté de sucer nos pouces ! Il n’y a pas de voyage à Dubaï, pas une Rolex, pas un sac Hermès…” Non, mais il y a une certaine quantité de cannabis et de cocaïne, indéniablement vendu pendant plus d’un an via le réseau social Snapchat.
Juste avant 20 heures, les avocats sont revenus dans la salle d'audience. Les prévenus, les proches, les mères. On a fait rentrer dans le box les deux hommes en détention provisoire. Et puis la cloche a sonné. Malgré la sulfureuse réputation qu'il s'est dressée dans ce petit monde qu'est la juridiction Carpentrassienne, il faut croire qu'elle n'a pas desservi Me Harir. La procureure avait requis six ans d'emprisonnement. Son client, le gérant de ce trafic de stupéfiants, ne fera que quatre ans ferme, dont six mois de sursis.
H.P