Un billet ne me fera pas épuiser le sujet. Le féminisme est une donnée fondamentale de l'ensemble des valeurs politiques qui me définissent. Lorsque je bloguais "politique" quotidiennement (entre 2006 et 2008), je m'étais fait de robustes ennemis dans la blogosphère de gauche du fait de cette affirmation que le féminisme est aujourd'hui une valeur en régression dans notre société. En profonde régression.
Les mêmes acteurs du blogging politique soi-disant "progressiste" tentent aujourd'hui de récupérer le filon sans abdiquer fondamentalement un machisme de bon aloi.
Le féminisme reste un "impensé" de la gauche en 2010, quoique seule la gauche puisse encore politiquement exploiter une valeur politique qui continue d'être perçue avec faveur, de façon vague. Il faut s'en réclamer de manière formelle, y compris à droite, mais ne plus rien faire in concreto qui fasse que la régression de la condition féminine cesse.
Je l'affirme avec conviction et la possibilité de le démontrer au travers d'un florilège d'exemples ou de statistiques, nationales ou internationales: les droits et la condition générale des femmes ont régressé (relativement) en France depuis la fin des années 1980, dans l'ensemble des catégories sociales. En particulier dans les classes moyennes, fer de lance de l'émergence de l'égalité des sexes. On peut mesurer cela de façon simple par l'occurence des cas d'atteintes à l'intégrité physique (ou mentale) des femmes: non pas tant viols conjuguaux qu'agressions diverses dans l'espace intime du couple et du foyer, d'atteintes à l'autonomie financière des femmes, à leur autonomie psychique également, du fait notamment de l'ampleur du chômage ou du sous-emploi féminin, principale variable d'ajustement en période de régression économique.
Si l'emploi féminin continue de progresser régulièrement dans les données statistiques, la condition globale des femmes régresse du fait d'un néo-chauvinisme masculin qui a toujours affleuré en France, pays où l'affirmation des droits des femmes a toujours été fondamentalement contesté, par la classe politique (cf le rôle du Sénat depuis la IIIème République dans ce domaine, et le refus que celui-ci opposait au suffrage féminin jusqu'en 1939, alors que le projet d'un suffrage universel était acquis par la Chambre des députés).
Il me faudra d'avantage qu'un billet pour exposer ce qui fonde cette nécéssité d'un féminisme renouvelé. C'est une vigilance quotidienne qu'il faut observer. Et pas seulement à l'égard des femmes européennes, appartenant aux classes moyennes ou supérieures et dont on peut observer que leur émancipation à l'égard des tutelles et dominations symboliques masculines a cessé.
La vulnérabilisation des femmes s'observe dans tous les milieux sociaux, en particulier populaires et d'origine immigrés. Rien ne justifie que l'on ferme les yeux sur des situations d'enfermement mental ou psychologique que connaissent des femmes au nom de situations matrimoniales ou spirituelles particulières. Le débat régressif et passablement xénophobe sur le port de la burqa est un des symptômes, amplifié par la puissance du bruit médiatique qu'il engendre. Mais il en est bien d'autres dans le corps social dont on se dispense au nom de la traduction de situations sociales "dominantes" et vécues par tous: la répartition des tâches domestiques et l'analyse des "budgets-temps" au sein des foyers conjuguaux est d'avantage "inégalitaire" et régressif pour les conditions générales de vie et d'indépendance des femmes qu'il y a une dizaine d'années. La régression est donc réelle et se mesure par exemple dans l'occurence des situations de efficace", beaucoup de militants et commentateurs de gauche.
Nous y reviendrons.