On ne nous musellera pas sur Calais

Un arrêté préfectoral, qui interdit le rassemblement à Place d'Armes à Calais le 14 octobre 2016. Le tribunal administratif de Lille a été saisi par une référé-liberté. L'audience aura lieu aujourd'hui jeudi 13 octobre dans l'après-midi.

 

Le Sous-Préfet du Pas-de-Calais a de nouveau interdit une manifestation en soutien aux migrants de la « Jungle » de Calais, prévue vendredi à Place d’Armes, en raison des «incidents survenus lors de la précédente manifestation du 1 Octobre».

Dans un courrier envoyé le même jour, Anzoumane SISSOKO et Koundenecoun DIALLO, portes parole de la Coalition International des Sans Papiers et Migrants (CISPM), précisent au M Vincent BERTON, Sous-Préfet de Calais : «Des témoignages des personnes présentes ainsi que sur les nombreuses vidéos ressortent clairement que ce sont les forces de police qui ont commencé à lancer des bombes lacrymogènes en grand nombre, […] Nous ne sommes donc en rien responsables de ce qui s’est passé», et puis : «La Coalition a toujours manifesté pacifiquement, comme vous pouvez demander à toutes les villes et préfectures concernées par les traversées de nos marches».

La CISPM a donc demandé l’annulation de l’arrêté préfectoral pour «Atteinte grave à des libertés fondamentales selon la procédure dite de référé-liberté (article 521-2 du Code de Justice administrative».

Dans un long document, adressé au Juge des Référés du TA de Lille, on peut lire :

"Le rassemblement du 14 octobre se veut l'expression de la solidarité avec les réfugiés de pays en guerre et en butte, ici, à l'apartheid voulu par la classe politique. En effet, c'est le représentant de l'État en accord avec les autorités locales qui a obligé les migrants à se rendre dans ce lieu, en les chassant du centre ville, sans tenir compte de la dangerosité du site à proximité d'une usine classée Seveso. Ainsi s'est créé une véritable petite ville où cohabitent des populations différentes, avec ses commerces, ses écoles animées par des bénévoles et ses propres règles de fonctionnement. Ces gens contraints et forcés ont ainsi bâti une société humaine quel que soit par ailleurs le jugement que l'on puisse porter sur son fonctionnement ou ses dysfonctionnements. C'est le message de solidarité avec cette société humaine en souffrance, expression concrète de la Fraternité inscrite sur les frontons de nos mairies, que veut apporter le rassemblement du 14. 

La manifestation du 1er octobre avait également cette ambition si elle n'avait pas été interdite et noyée sous les lacrymogènes comme l'attestent les vidéos prises sur les lieux. Il est notoire que les militants organisateurs du rassemblement ont été bloqués à 40 km de Calais par la force publique en violation de la liberté de circulation inscrite et ne pouvant ainsi encadrer cette manifestation.

Cet apartheid volontairement créé et sous haute surveillance, jour et nuit, des CRS du

haut de la voie qui surplombe le lieu constitue une discrimination manifeste envers les migrants"

Et il est très clair, desormais, à quel point ces arguments dérangent la Préfecture de Calais, ainsi que le Gouvernement.

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