Entrisme Patronal dans la CGT:Le courage de la lumière

En préambule , je souhaite remercier et répondre à mes nombreux lecteurs et détracteurs que je croise sur les réseaux sociaux ou à la CGT. Mes écrits ne sont en aucun cas des commandes de Mediapart, et je ne suis pas non plus un suppôt du capitalisme enclin à salir la CGT ou le syndicalisme coûte que coûte notamment en période de congrès confédéral.

Bien au contraire, l’idée est de réfléchir autrement sur notre syndicalisme et surtout de sortir de ce fonctionnement d’appareil qui broie les militants qui s’insurgent contre les dysfonctionnements loin  d’un syndicalisme collectif et transparent. Ceux qui assistent depuis longtemps aux congrès confédéraux savent que cela devient une supercherie extrêmement bien organisée..avec beaucoup de sous d’ailleurs…et nous l’évoquerons un peu plus loin!

Aujourd’hui nous allons nous arrêter sur une bagarre de très longue date qui perdure entre le  syndicat CGT Air France d’un côté et la Direction d’Air France et la confédération CGT de l’autre côté. Bizarre? pas tant que ça, voyez plutôt:

 Un ancien secrétaire Général de la Fédération des Transports CGT, Paul Fourier aujourd’hui exclu par le syndicat CGT Air France pour des faits assimilés à de la corruption (Je reprends ici les termes invoqués par la commission d’enquête du syndicat) alors qu’il était aux plus hautes responsabilités Fédérales est encore en service officiel dans les murs confédéraux entre autres. Ceux qui veulent le détail des ses augmentations de salaire indues et autres tribulations peuvent se procurer assez facilement les détails dans la presse , le dossier est notoire.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/091215/la-cgt-peche-toujours-sur-la-transparence-financiere

    https://fr.finance.yahoo.com/actualites/guerre-intestine-%C3%A0-cgt-transports-congr%C3%A8s-%C3%A0-saint-084056825--finance.html


Ce qui nous importe ici c’est plutôt le fond et le processus d’entrisme patronal qui vient pervertir par ses pratiques le dialogue social à Air France en l’occurrence. Ce dossier est édifiant pour démontrer comment les" voyous en cols blancs" de notre république achètent les syndicalistes et le dialogue social pour faire passer leurs réformes diverses et variées.

Il aura fallu des années pour faire le ménage au syndicat CGT Air France, pour déterrer les « taupes », les exclure, Monsieur Fourier n'est pas un cas isolé, on pourrait citer entre autre, un certain Yvon TOUIL qui avant son départ en retraite était parmi  les 250 plus hauts salaires D’AF (aujourd’hui aux responsabilités chez les retraités et hébergé par la FD des transports décidément bien impliquées dans la bidouille!). 

La décision de poursuivre l’entreprise en justice pour discrimination et de s’attaquer ainsi à l’entrisme patronal est plutôt inhabituelle et de ce fait exemplaire. Cela vient rompre avec cette omerta qui aujourd’hui caractérise tout le syndicalisme français.

Quel autre organisation syndicale , en effet aura eu le courage de dénoncer de telles pratiques en son sein? Est-ce à dire qu’ils sont tous blancs comme neige?

Si les journalistes se donnaient la peine d’éplucher les carrières des dirigeant syndicaux dans les grandes entreprises, on découvrirait  le Panama carrières…!

Donc notre confédération CGT héberge dans" l’illégalité" et contre toutes nos règles monsieur  Fourrier malgré les demandes écrites , orales répétées du syndicat CGT Air France en interne, qui demandaient de le renvoyer au boulot, et même un boulot mieux payé que tous ses collègues qui comme lui sont stewards!

Pas de mandat de détachement, un salaire pris en charge par Air France. la confédération le nomme au CESE et conseiller confédéral. M.Fourier devrait travailler dans un avion puisqu’il n’est plus détaché et pourtant…ben non!

 Comment expliquer la démarche de la confédération, si ce n’est par la " complicité »?
La Direction d’Air France, lorsqu’elle est interrogée par les journalistes sur le sujet ne le nie même plus. la confédération et l’entreprise partagent la même épine, le même boulet sans pouvoir s’en détacher. Car il faut protéger ceux que l’on a couvert, c’est une forme de loyauté à la trahison. Schizophrénie quand tu nous tiens…!

Pendant que les militants se battent pour obtenir du droit syndical, la confédération, au plus haut niveau et dans le dos de la Commission Exécutive Confédérale(l’organe dirigeant), se met d’accord avec le patron dans le dos du syndicat.

Impensable, Ubuesque me direz vous et pourtant c’est en vigueur à la CGT depuis des décennies. Ce dossier est un héritage légué et voir assumé (pas revendiqué pour autant) par Bernard Thibaut, héritage que Monsieur Lepaon a très facilement préservé pour le léguer à  M. Martinez qui semble s’en accommoder pour l’instant… Sur ce point précis les trois semblent d’accord et unanimes..Peut-être que M.Martinez attend d’être élu et reconnu pour faire le ménage, donnons lui au moins ce crédit, nous le saurons rapidement après son élection.

En tous cas certains conseillers confédéraux qui trahissent leur organisation, leur collègues pour le patronat bénéficient d’une protection que tous les salariés protégés pourraient leur envier…quelle ironie, n’est-ce pas?

Que faire quand la confédération ignore nos statuts et bafoue le droit syndical? Bonne question non? La réponse n’est pas simple bien que nos règles soient claires.

Ne vous y trompez pas, ce qui se passe aujourd’hui à la CGT air France est monnaie courante dans de nombreuses entreprises et dans tous les syndicats. mais surtout, on ne dit rien, de peur du fameux « tous pourris »..et tant pis s’ils sont tous de plus en plus pourris.

N’en déplaise à tous ceux qui s’indigneront encore une fois de ma prose, oui je dénonce les travers de notre syndicalisme et particulièrement les dérives de la CGT, car j’aime la CGT. Il est  sûrement trop tard pour les autres syndicats et si le salut du syndicalisme doit passer par une révolution interne de nos mentalités, de nos pratiques, j’ai la faiblesse de croire que c ’est à la CGT que cela arrivera.

C’est donc un grand jour pour le syndicalisme. Dans cette période de désert, de désolation, d’obscurantisme syndical . La démarche du syndicat de poursuivre l’entreprise sur ce dossier vient éclairer l’avenir de tous les militants qui luttent dans l’abnégation, sur leur temps libre et souvent sur leur propres deniers.....des pertes de salaires, des retenues illégales....et j'en passe….

Et nos structures qui devraient compenser ces pertes comme le prévoit la charte de vie syndicale. sont plutôt utilisées pour  payer (très cher) des usurpateurs comme le secrétaire général de la FNST-CGT (je vous invite à lire mon précédent article) qui est un des exemples les plus manifestes. Et vous verrez qu’il le recaseront dans un conseil d’administration, chacun a vu que le PS n’hésite pas à créer des postes pour recaser ses francs maçons…tout ceci devient très complexe!

Le silence complice et les réflexes d’appareil sont enfin balayés par le courage de la révolte, le courage de la dénonciation , le courage de la transparence qui vient étaler sur la place publique ce que tous veulent ignorer.

 Quand l’injustice justifie l’action, C’est là une des essences même du syndicalisme.

N’est-ce pas ce que nous, militants, accomplissons tous les jours dans nos entreprises?
Nous dénonçons l’injustice, la collusion de tel ou tel syndicat avec le patron ou encore nous fustigeons  les déclarations de la CFDT sur tous les réseaux sociaux…

Comme le disait si justement Bob Marley :Celui qui pointe du doigt, doit s’assurer que ses mains sont propres…

Ce dossier est sûrement le plus important de notre histoire  syndicale contemporaine pour plusieurs raisons:

D’une part, il nous renvoie directement vers le problème de financement du syndicalisme et ce, en lien étroit avec la syndicalisation d’autre part.

Ces deux thèmes majeurs devraient être nos priorités.
Et ce n’est certes pas ce congrès confédéral, déjà verrouillé, qui fera la différence..mais qui sait, nous ne sommes pas à l’abri d’un sursaut de démocratie et les syndicats de la CGT ont ce potentiel révolutionnaire susceptible de remettre en question les plus hautes sphères confédérales.

Rappelez vous que M.Thibault en a fait les frais lorsqu’il a voulu imposer pour lui succéder Madame Prigeant (grande protectrice de M.fourrier, et rayée notoirement par le syndicat CGT  Air France au dernier congrès confédéral) ). même si c’est anecdotique, cela doit nous conforter dans la force de notre collectif et de nos statuts…quand ils sont respectés!

 Mais revenons en à nos moutons et à leur tontes!
    
Comment est financée la confédération? La question , si elle parait simple ne l’est certes pas. Quelles sont les sommes générées par la régie publicitaire de la CGT, quelles sont toutes les entreprises qui financent et comment est réparti cette argent?

Qui paye les congrès de nos instances, les salariés de nos instances, mais aussi qui finance vraiment le Journal l’Humanité par exemple et est ce bien transparent?

 Que reste t-il des sommes faramineuses qui sont allouées pour officiellement acheter de l’espace publicitaire et que devient finalement cet argent qui entre par le biais de la NVO entre autres presses de la CGT?

Comment peut-on survivre alors que chacun sait que mathématiquement, la cotisation est loin de pouvoir subvenir à nos besoins les plus basiques?

Nous devrions vivre de nos cotisations, et nous devrions pour ce faire mettre la question du financement des syndicats et de la syndicalisation obligatoire dans le débat public.

Ce débat permettrait au moins d’avancer sur la conscience collective et d’informer les salariés  et les citoyens sur le rôle des syndicats..car c’est un rôle qu’ils découvrent essentiellement quand ils se font virer, harceler etc…

Nous avons les moyens de travailler sur ces dossiers mais nous avons surtout le devoir de le faire.

En effet nos secrétaires Généraux peuvent s’exprimer et être audibles nationalement, et si on peut se payer des bureaux à 20 000 euros, on doit trouver facilement les moyens financiers pour travailler sur ces sujets, le tout et de s’accorder sur nos priorités et d’avoir la volonté politique de s’y atteler.

Et nous avons le devoir d’agir puisque la syndicalisation est l’essence même de notre fonctionnement et de notre financement.

Notre confédération a malheureusement abandonné la syndicalisation depuis trop longtemps. Et ne venez pas vous chatouiller le nombril avec les quinzaines ponctuelles de syndicalisation qui coutent plus en affiches qu’elle ne génèrent de cotisations..la reste est éculé et chacun sait que le problème de conscience collective ne se résout pas ainsi.

Ce qui est vrai chez nous est encore plus vrai dans les autres syndicats. A force d’accepter l’argent des entreprises du Medef et de l’état (aujourd’hui c’est un peu la même chose!), nous nous sommes fourvoyés dans un système qui favorise d’une part notre discrédit, mais surtout et malheureusement favorise l’entrisme patronal et le déclin de notre syndicalisme.

Quand, Air France, la RATP, pour ne citer que celles là, financent de l’espace publicitaire, qui veut bien croire que ces entreprises vont générer encore plus de chiffre d’affaire en finançant un congrès de la CGT..ce n’est pas sérieux! Une publicité qui figure au dos d’un menu du repas fraternel de congrès serait génératrice de recettes? Ce serait drôle si ce n’était tragique et scandaleux pour notre éthique!

 Même si la recette est légale, tout le monde aura compris qu’il s’agit n'est ce pas, d’une forme de" blanchiment d’argent"?..et que voudront-ils en échange? Et bien, c’est là que les relations consanguine commencent à gangréner notre système. Une entreprise qui peut verser jusqu’à 250 000 euros par an, peut avoir un impact direct sur notre politique interne et externe..c’est pas agréable à lire, à croire, mais ce serait naïf de penser qu’un tel financement est justifié par de l’espace pub…on nous prendrait un peu pour des cons la haut?

Dans ces conditions dramatiques pour le syndicalisme, en déclin puisqu’on ne sait plus syndiquer donc rassembler, il est encore plus facile pour le patronat de favoriser les carrières individuelles d’un syndicaliste. Et oui, camarades, le syndicaliste n’échappe pas à la nature humaine, il est corruptible quand son collectif ne fonctionne plus, il est corruptible quand il est isolé, fragilisé ou tout simplement quand il parvient à un poste de responsabilité syndical qu’il ne mérite pas.

Quand l’organisation est en dysfonctionnement, les syndicalistes sont à la merci du repli individuel.
On ferme les yeux, on signe un accord bidon, on ne s’oppose pas vraiment, on accepte une promotion, une augmentation de salaire, on ne sait plus qui on est..on est jeté dans la fosse aux lions sans formation, sans repères..et souvent sans scrupules.

C’est toujours difficile de dire d’un camarade qu’il en croque? c’est même difficile de le concevoir, de l’accepter intellectuellement, humainement..et pourtant cela devient un de nos classiques.

Donc, quand la CGT Air France, ose l’impossible et dénonce cet entrisme, ces méthodes de voyous pratiquées par des entreprises du MEDEF et  par l’état, nous devons tous les soutenir et prendre exemple…Et qui sont les voyous finalement?

Nous devons crever les abcès, dans nos syndicats, dans nos fédérations, dans notre confédération et nous devons nous ré-approprier notre outil syndical. Nous n’avons pas de chefs, si ce n’est le collectif, les Secrétaires Généraux sont nos plus haut représentants et à ce titre ils doivent porter notre parole et être exemplaire..ils ne décident pas pour nous et nous devons sortir de cette culture du galon que nous décrions dans nos entreprises..c’est là un résidu du capitalisme que nous décrions, la culture de l’individuel qui prend le pas sur le collectif.C’est notre essence qu’on travestit.

Le silence et les réflexes d’appareil sont plus que jamais les complices de ces dérives qui tuent à petit feu notre belle CGT. Cet entrisme patronal doit être éradiqué, les coupables désignés et exclus, les voyous de la républiques doivent être honnis sur la place publique et nous devons réinventer le syndicalisme de solidarité qui caractérise notre force et notre histoire ouvrière.

Merci à nos camarades d’Air France qui nous ouvrent la voie de la résistance vers le nouveau  syndicalisme des lumières.

Ave camarades

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