Manu, tu n'es rien! La République c'est nous!

Gilets jaunes, citoyens et syndicats, la bataille des retraite réveille la solidarité

Pendant que la colère gronde dans tout le pays, Manu travaille d’arrache-pied pour peaufiner ses vœux de Bonne Année !

L’exercice n’est pas simple quand l’année qui se profile promet d’être plus explosive encore que la précédente !

Alors il s’entoure de ses meilleurs communicants, les chantres de la novlangue universelle qui t’expliquent que tu vas mourir au travail, fauché, mais que c’est plus juste et que c’est la nouvelle solidarité. Manu et ses copains sont persuadés que la sémantique peut tout, qu’elle peut guérir nos maux par ses mots.

C’est pour lui une arme qui permet de détourner l’attention quand il s’attaque à l’intérêt général, avide de mettre son dévolu sur le pactole de nos caisses paritaires.

Il est sûr de son fait, fort de son pouvoir parlementaire et de sa violence forcément légitime puisqu’il est élu. Il devient ainsi malgré lui, l’essence même de la crise de la représentativité et le premier artisan de la colère et donc de la conscience collective. La « pédagogie » ne fonctionne plus, Macron a muté, de lisse à rugueux, de Paris Match au flash Ball.

 

Si le mouvement des Gilets jaunes a connu une réelle perte de vitesse, il a le mérite d’avoir réveillé la dynamique de la contestation contre la précarité en général et contre la réforme des retraites plus particulièrement.

Ce mouvement spontané qui a, dès le début, exprimé un réel “dégagisme“ envers partis et syndicats   a compris à quel point la convergence des luttes était nécessaire.

Finalement ce mouvement a décrédibilisé le système et le gouvernement politique en place et a remis profondément en question le syndicalisme pris en otage par les trains réformistes et résignés de toutes les confédérations syndicales.

S’il vous semble que je place toutes les confédérations syndicales dans le même panier, ce n’est ni une erreur, ni une caricature. Si Berger s’attache à jouer le rôle du réformiste éclairé, Martinez a eu besoin que la base de la CGT lui rappelle qu’il n’était qu’un éminent représentant et non pas un chef qui décide pour tous. Je resterai sur ces deux exemples emblématiques, mais ils s’adaptent aux autres centrales syndicales.

Les Gilets Jaunes et leur refus d’être représentés, ont déstabilisé et changé les codes tout en faisant la démonstration de la force collective populaire. Ils n’ont rien inventé, c’est juste un cri de survie, l’appel du ventre, le besoin de justice et de bonheur simple auquel chaque citoyen a un droit fondamental dans une démocratie qui se respecte. Quand les syndicalistes partageaient les ronds-points, Martinez stigmatisait les jaunes en brun. Il avait alors oublié qu’il portait une voix collective, celle de l’instance qui décide à la CGT. Il est bon de rappeler à des Berger ou Martinez que leur rôle est de représenter, pas de décider dans un couloir ou un bureau feutré avec des interlocuteurs occultes.

Ainsi, les bases syndicales recadrent leurs secrétaires généraux sur la question des retraites et tant mieux, car tous ont conscience que c’est aussi l’avenir du syndicalisme qui se joue.

 A l’heure ou la syndicalisation est en berne, ou les financements des confédérations proviennent essentiellement des entreprises de l’état ou du MEDEF, il est essentiel que les syndicalistes qui luttent vraiment sur le terrain se réapproprient leurs statuts et leur autonomie collective.

Le combat pour préserver notre système de retraite par répartition a permis ce bol d’air pour syndiqués et syndicalistes, mais ce mouvement appartient à tous, il est devenu composite, enrichi par la colère populaire qui s’exprime depuis plus d’un an. Syndicats ou pas, les citoyens ne sont plus dupes, ils se politisent et font part de leur colère.

Enseignants, gilets jaunes, cheminots, dockers, soignants, précaires, retraités, j’en oublie beaucoup qui sont présents à chaque journée de mobilisation. L’intersyndicale appelle, mais nous remplissons la rue, mobilisés bien au-delà de la bataille officielle. C’est un nouveau monde qui est en jeu à travers cette crise nationale d’une ampleur inédite.

Alors oui, Manu, cherche bien tes mots, tu ne les trouveras pas. Ils n’existent pas ces mots magiques qui contenteraient, rassureraient ou surprendraient encore les Français. Tu vas encore dire des énormités empreintes de cynisme et de déconnexion et tu vas t’accrocher à ta réforme pour surtout ne pas reculer.

 Tu es en mission et tu ne supportes pas de perdre, tu es un Winner. Tu es l’enfant prodige du capitalisme, le hochet de la retraite bien agrippé dans la main et tu es rouge de colère parce que l’on ose résister à ta toute puissance qui relève sans aucun doute d’un stade anal que tu peines à dépasser. Le mépris de classe est à son acmé, tu frappes, tu éborgnes, tu mutiles bientôt tu essaieras de nous empêcher de filmer tes tortionnaires. Tout est bon pour parvenir à détruire et dépouiller notre patrimoine social et humaniste.

Mais toi non plus, Manu, tu n’es pas le chef. Tu n’es qu’un mauvais représentant, une erreur de casting, tu n’es rien... la République c’est nous !

 

 

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