Oeil pour deuil, sang pour sang

Acte XI, Les gilets Jaunes recentrent le débat dans la rue

Lorsque je suis arrivé ce samedi 26 janvier, il était 13h20 et j’ai trouvé la place de la bourse clairsemée. Les Gilets jaunes étaient là, mais je m’inquiétais de voir une mobilisation en baisse.

Je me suis promené et j’ai photographié les pancartes et les gilets qui criaient au jour leur slogans, empreints d’humour, de poésie et de colère. Le peuple de France est drôle et guerrier à la fois, critique et solidaire et chaque samedi qui passe, il poursuit un peu plus loin son chemin dans la prise de conscience collective.

Notre peuple est profondément politique, c’est écrit dans notre histoire et dans notre inconscient collectif, n’en déplaise aux communicants de l’Élysée qui persistent à nous traiter en consommateurs et en mougeons (moutons + pigeons) abrutis.

A 15 heures, les Bordelais et leurs voisins, venus de toute la région, avaient envahi les rues et mes premières craintes se transformaient en fierté et en espoir ; fierté de voir ces hommes et ces femmes fidèles au rendez-vous de révolte hebdomadaire, plein d’espoir quand je découvre que nous sommes encore plus nombreux chaque fois.

Bien sûr, les chiffres de la préfecture et du journal Sud-Ouest participent à la propagande moins-disante pour tenter de discréditer un mouvement qui s’ancre dans la durée, mais plus personne n’est dupe. Chaque chiffre aussi ridicule que bidonné vient renforcer notre détermination.

C’est devenu la plaisanterie classique dans les défilés et chacun y va de son estimation minable pour singer des médias qui n’en finissent pas de perdre du crédit.

Le grand débat, c’est tous les samedis dans la rue et la mobilisation du jour est un énorme camouflet pour le gouvernement qui a une fois de plus démontré qu’il n’était plus maître à bord.

La politique de fond de cale qui consiste à nous infliger Hanouna et Schiappa pour faire plus « populaire » n’est pas seulement déconnectée, elle est surtout une nouvelle fois insultante puisqu’elle sous-entend que le peuple c’est la connerie et la vulgarité incarnée par ces deux vendeurs de soupe.

Ces deux se ressemblent plus qu’il n’y paraît, aveuglés l’un et l’autre par l’ombre de leur nombril hypertrophié qui dégouline d’opportunisme.

Et pendant ce temps, Jérôme Rodrigues perd son œil alors qu’il défilait pacifiquement dans la capitale.

Les rues de France ne sont plus sures, le danger est nouveau et institutionnel.

 Le gouvernement devient un serial « blesseur », il frappe, il agresse, il mutile, il lance des grenades il tire sans sommation. Personne n’est à l’abri, les enfants, les femmes, les vieux, les handicapés n’ont qu’à bien se tenir !

 Chaque semaine qui passe augmente le nombre de martyrs, simples passants ou révolutionnaires, qui perdent un œil, une main pour le bien commun. La police, les médias et les politiciens véreux sont au garde à vous pendant que nous subissons les gardes à vues et les mutilations.

Non, il ne s’agit pas du Venezuela mais bien de la France de Macron le sanglant qui donne des leçons à tous, citoyens et chefs d’États.

Nous avons à la tête de la France, le président le plus prétentieux et le plus incompétent de notre histoire.

Comptez-vous, car nous sommes plus nombreux chaque semaine, pacifiques mais en colère, plus nombreux et déterminés.

 Pensez-vous sérieusement que nous validerons votre débat, ou cette liste pro-Macron pilotée par Bernard, que l’on imagine tapi à l’orée du bois dans l’espoir d’une échappatoire pour ses dettes envers l’État.

Nous ne sommes pas dupes de vos « boutiquages » à la petite semaine qui sentent la précipitation d’une politique à bout de souffle et qui hoquète entre répression et intimidation.

Vous êtes morts, carbonisés et liquéfiés par votre violence hebdomadaire et nous allons continuer pour Jérôme, pour Olivier et pour tous ceux qui ont sacrifié un œil, une main, du sang et de la prison pour notre liberté.

Notre salut implique d’abord et avant tout, votre éviction.

 

A samedi

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