Bertrand CANTAT et le suicide forcé

Aujourd’hui, ce jeudi 7 février 2019, Yael Mellul, présidente de l'association Femme Libre, va être auditionnée par la Police judiciaire de Bordeaux.

Bertrand Cantat porte plainte « pour dénonciation calomnieuse » contre celle qui n'a pas peur de lui. Celle qui n'a pas peur de parler de «suicide forcé ». Celle qui n'a pas peur de dénoncer haut et fort les violences infligées par l'homme, Bertrand Cantat, sur son ex-compagne Krisztina Rady.

En 1989, Bertrand Cantat, selon le témoignage d'un membre du groupe Noir désir (Le point, 29 nov, 2019), aurait « tenté d'étrangler » sa petite amie de l'époque. En 2003, il tue Marie Trintignant des ses mains : coups au visage, ecchymoses sur le corps, éclatement des os du nez.... En juillet 2009, la mère de ses enfants, Krisztina Rady laisse un message sur le répondeur des ses parents . Terrorisée, elle dénonce les violences physiques et psychologiques infligées par Bertrand Cantat: cartilage cassé, coude tuméfié, téléphoné balancé.. Elle exprime également son angoisse face à la mort : « J'ose à peine respirer », « je dois disparaître », « je ne peux m'en sortir saine et sauve ».... Six mois plus tard, Krisztina Rady se pend à son domicile, pendant que Bertrand Cantat dort sous le même toit. En 2012, ses parents, Csilla et Ferenc Rady, confirme les violences infligées sur Krisztina Rady (Paris Match, 26 juillet 2013: "D'une certaine manière, il la terrorisait. Il avait plusieurs fois cassé ses téléphones, ses lunettes. Il menaçait les hommes qui l'approchaient, il lui avait même cassé le coude". En février 2018, une main courante est déposée à l'encontre de Bertrand Cantat. Une autre femme dénonce son « comportement menaçant et violent psychologiquement » envers elle mais aussi « sa peur de représailles » et sa volonté d'être « protégée ».

1989, 1 août 2003, 10 janvier 2010, 15 février 2018 : A quand la prochaine ?

Les preuves de violences infligées par Bertrand Cantat sur des femmes s'accumulent depuis plus de 20 ans. Les victimes se succèdent dans un sombre silence. En France, une femme est tuée tous les deux jours et demi par son conjoint... Depuis janvier 2019, 15 femmes sont déjà mortes, assassinées. 15 femmes répertoriées et chiffrées froidement dans le cahier des victimes des violences conjugales. Des chiffres qui paraissent irréels et qui donnent des frissons. 15 femmes. Combien y en aura-t-il cette année ? Qui sera la prochaine ? Notre mère, notre sœur, notre cousine, notre amie, notre voisine, nous ? Qui ? Combien sont-elles à se faire humilier quotidiennement, rabaisser abusivement ? A se faire frapper, violenter, cracher dessus, séquestrer, violer ? Combien sont-elles en 2019 à avoir peur ? Peur d'exister, d'avoir un avis différent, peur de cuisiner, de rater, de mal faire ? A ne plus oser respirer, dormir, penser, s'habiller selon ses envies, rire, travailler ? A ne plus oser vivre ? Combien sont-elles à se sentir nulle, folle, stupide, inutile, sans avenir, moche, grosse, incapable, indésirable, sale et méprisable ? Combien sont-elles en 2019 victimes ou ex-victimes à survivre avec une mémoire traumatique ? Combien sont-elles à subir quotidiennement cauchemars, troubles de mémoire, dépression, tremblements, flashs, crises de colère, perte de parole, bégaiement, baisse de tension, crise de panique ou d'agoraphobie, boulimie ou anorexie ? Combien sont-elles à ne pas comprendre ces symptômes, à ne plus se reconnaître, à avoir honte d'elle même et à ne plus se supporter ? Combien sont-elles à prendre des anti-dépresseurs, des anxiolytiques et des somnifères? Combien sont-elles en arrêt maladie, en incapacité de travail, ou hospitalisées en psychiatrie?

Combien sont-elles à ne plus vouloir vivre ? Combien se sont déjà suicidées ? Combien se suicideront ou auront l'envie incessante de mourir cette année ? Personne ne sait. Personne ne sait, car aucune étude n'existe sur le suicide forcé. Personne ne sait, car aucune loi ne reconnaît qu'un homme, par les violences psychologiques et/ou physiques qu'il inflige quotidiennement à une femme, pousse sa compagne au suicide. Le suicide forcé : le meurtre parfait.

Combien d'hommes continueront à vivre, manger, marcher, respirer, rire, travailler, jouer, et dormir tranquillement ? Combien d'hommes continueront avec jouissance et puissance à tuer des femmes, sans avoir peur de la moindre représaille? Combien d'hommes seront protégés par la loi, archaïque et patriarcale, qui préfère mettre à l'abri les criminels plutôt que les femmes qui les dénoncent ? Combien d'hommes, sous prétexte d'une souffrance poétique, se délivreront de leur crime par l'art ?

Comme Krisztina Rady, d'autres femmes se pendront cette année. Elles se suicideront dans le silence. Si la justice et la loi française méprisent leur mort, alors nous nous battrons pour que la loi change. Nous nous battrons pour, qu'au moins, enquêtes et procès soient ouverts. La libération de la parole des femmes ne suffit pas, la justice doit suivre.

Comité de NON soutien à Bertrand Cantat - Citoyenne Féministe

Yael Mellul, présidente de Femme Libre Yael Mellul, présidente de Femme Libre

 

 

 

 

 

 

 

Citoyenne Féministe s'engage dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous menons actuellement une enquête sur les conséquences des violences psychologiques et/ou physiques. Grâce à cette étude, nous souhaitons mettre en lumière plus particulièrement les souffrances psychologiques rencontrées par les victimes : dépression, cauchemars, peur, envies suicidaires... Nous souhaitons également étudier les différentes prises en charges qui existent.

Enquête : Violences conjugales en France : dépression et envie suicidaire ?

 

+ d'infos :

- Citoyenne Féministe

- Comité de NON soutien à Bertrand Cantat

 

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