A quel moment, on légalise le cannabis à but thérapeutique!

Comme à Amsterdam...

A quel moment, on légalise le cannabis à but thérapeutique!

Définition : qu'est-ce que le cannabis médical ou thérapeutique ?

Le cannabis médical répond à des standards pharmaceutiques, il est prescrit par des médecins et délivré par des pharmaciens. "On parle ici de produits qui ont des niveaux de preuve suffisant et qui relèveront de la classe des stupéfiants comme la morphine", précise le Pr Nicolas Authier, médecin psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie, Chef de service de Pharmacologie médicale et du Centre d'Evaluation et de Traitement de la Douleur du CHU de Clermont-Ferrand.

Le CBD (cannabidiol) et le THC (tetrahydrocannabinol) sont les deux principaux composants du cannabis qui ont été étudiés mais le cannabis est un mélange complexe de substances. "Le cannabis est un terme un peu générique qui recouvre des plantes très différentes par leur composition et contiennent de nombreuses molécules différentes, dont certaines, seules ou associées ont des vertus thérapeutiques, explique le Pr Authier. Lorsque l'on parle cannabis médical, on parle non pas d'une substance isolée mais d'une association de molécules dans une indication préciseOn fabrique des médicaments très différents les uns des autres de par leur composition. Ils ont ainsi des intérêts thérapeutiques et des profils différents."

 

"Il n'est en aucun cas question de commercialiser des joints pour se soigner."

Dans ces indications, non seulement la composition est maîtrisée mais le mode d'administration, la posologie et les risques le sont aussi. "Il n'est en aucun cas question de commercialiser des joints pour se soigner", tient à souligner le Pr Authier.

Par ailleurs, il y a eu une évolution dans les termes officiellement évoqués. On a parlé en premier lieu de "cannabis à visée thérapeutique" pour adopter ensuite le terme de "cannabis médical".  "Ceci permet de parler de la finalité d'usage, explique le Pr Authier, et non d'affirmer, peut-être parfois abusivement, les capacités de ce cannabis à soigner. Ce terme permet de s'opposer à celui de "cannabis non médical" qui a d'autres finalités d'usage : usage festif ou usage auto-thérapeutique."

 

Qu'est-ce que le CBD ?

"Le CBD (cannabidiol) est une substance issue du cannabis ayant un effet thérapeutique intéressant pour différentes indications : douleurs, épilepsie.... Elle fait l'objet de nombreux travaux de recherche en médecine", explique le spécialiste. Cependant, cette substance a été récupérée par certains acteurs qui se positionnent davantage sur un versant économique autour du cannabis et visant à développer ce qu'ils appellent le "cannabis bien-être". Il s'agit de produits qui contiendraient majoritairement du CBD. Ils ne peuvent normalement pas être commercialisés en France sauf si le cannabidiol est d'origine purement synthétique. "On est davantage ici dans une stratégie économique que dans une réelle stratégie autour de la santé même si cela se raccroche parfois à des allégations thérapeutiques mais sans aucun fondement démontré, signale le Pr Authier. Ce sont souvent des produits très chers, dont on ne maîtrise pas la qualité, qui peuvent aller de la cosmétologie à certains produits vendus comme des produits apaisants… La frontière avec le médical n'est pas toujours évidente pour le grand public."

 

Expérimentation en France

L'Assemblée nationale a autorisé le 25 octobre 2019 une expérimentation de l'usage médical du cannabis. Le vote fait suite à un amendement proposé par Olivier Véran, député La République en marche et neurologue de profession, dans le cadre du projet de loi de budget de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020. Cette expérimentation, à laquelle l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s'est montrée favorable en juillet 2019, deait débuter en septembre 2020, mais a finalement été reportée en janvier 2021, "au plus tard", en raison de la pandémie de coronavirus. Ensuite, des évaluations détermineront si l'utilisation du cannabis thérapeutique est pertinente ou pas. Pour cette expérimentation qui devrait durer 2 ans, la France pourrait avoir recours à des producteurs étrangers pour se fournir comme la loi française interdit la culture des plants avec plus de 0.2% de THC. Près de 3000 personnes atteintes de maladies graves comme la sclérose en plaques consommeront du cannabis sous forme d'huile ou de fleurs séchées. "Afin de faire un suivi exhaustif des patients inclus dans l'expérimentation, un registre électronique permettra d'enregistrer et de suivre la totalité de ces patients" précise l'Agence du médicament. Ce registre sera renseigné par les prescripteurs, les pharmaciens et les patients (avec la possibilité d'intégrer le personnel infirmier). En plus du registre, une étude complémentaire qui portera sur un plus petit nombre de patients (mais figurant dans le registre) sera mise en place et réalisée par une équipe de recherche.

 

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