Yann Moix, sors de ce corps

Depuis que l'homme de plume a eu l'ingénieuse idée de taper sur les femmes de cinquante ans, et de s'étendre sur leur invisibilité, mes amis ricanent. Selon eux, je suis un Yann Moix au féminin. La faute à mon petit côté cougar et à mon incapacité à rester plus de deux minutes avec un homme de mon âge. Diantre, serait-ce possible alors?

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«Bien, tu critiques Yann Moix, mais avoue que tu es pareille, en vérité», me lançait l’autre jour un de mes amis.

Alors, oui, j’aime les jeunes.

Certes, j’ai un faible pour les hommes ténébreux, les latins, les noirs.

Et je ne trouve rien d’extraordinaire à la vue d’une chevelure sur le déclin ou d’un abdo faiblissant.

Alors, diantre, serais-je une Yann Moix au féminin?

Trêve de plaisanteries. Je suis de Yann Moix l’opposée. Car si ses penchants font de lui un homme bien ordinaire, conforme finalement à ce que les codes de notre société nous dictent, les miens font de moi une quasi-paria. Je m’explique : la société - enfin les médias, ou une certaine frange de la société- regorge d’hommes, la cinquantaine ou la soixantaine fringantes, sortant avec des donzelles de l’âge d’un foetus. Et personne n’y trouve à redire. La foule applaudit. En revanche, les femmes « mûres » équipées d’un petit copain de la moitié de leur âge ne courent pas les rues. Ou alors elles se terrent à l’abri des regards, car les « cougars » n’ont pas bonne presse. Au mieux elles suscitent la raillerie, au pire le dégoût.

On peut s’interroger sur une telle divergence. Pourquoi ? Les femmes doivent se mettre au service du désir de l’homme. C.Q.F.D. On nous le serine depuis la nuit des temps. On nous l’intime tous les jours. Tu reprendras bien une petite dose de collagène, ma chérie ? Et tu seras priée d’accepter sans moufter la déchéance physique de ton compagnon, quand celui-ci te reprochera la tienne. Résigne-toi, femme: tu es périssable, et quand la jeunesse et la fraîcheur te quitteront, tu ne vaudras plus rien aux yeux des hommes. Quant à ce que tu veux toi, ce que tu désires…. On s’en branle (littéralement).

Ainsi, je salue la cougar pour sa bravoure, sa façon de faire fi des conventions sociales, son courage de se poser en personne désirante et non en objet désiré. Qu’on lui remette une médaille, bordel! Les penchants de la cougar, aussi superficiels soient-ils, bousculent l’ordre établi (enfin à très petite échelle tout de même, vu leur faible nombre). Concurremment, je trouve la position de Yann Moix honteuse. D’autant qu’il se dit féministe. Voilà quelqu’un qui appartient, de par son sexe (et de par sa profession, et de par sa couleur…) au rang des nantis ; il est de ceux qui dominent le monde ; il jouit de privilèges obscènes dont il ne semble pas se rendre compte. Et il crache, de façon totalement décomplexée, au visage des femmes, qu’elles soient quinquagénaires, futures quinquagénaires, périmées ou pré-périmées. Merci à vous, Yann, merci du fond du cœur. Nous, les femmes, avions vraiment besoin de quelqu’un pour nous rappeler à notre triste condition avec le panache et l’élégance qui vous caractérisent.

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