Cougar or not cougar. Telle est la question.

Pourquoi la cougar évoque toujours une femme vulgaire, outrancière, caricaturale? Aimer un homme plus jeune, est-ce une faute de goût? Un tabou? Une forme de déviance? Même la première dame est en butte aux railleries. N'est -il pas temps de voir les mentalités évoluer à ce sujet?

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Le public de l’émission est hilare et exulte. Sur le plateau, la femme blonde, le maquillage lourd, le décolleté hypnotique, semble se repaître de l’attention. Elle lisse ses extensions en affirmant sans ambages : les hommes, elle les préfère jeunes . La moitié de son âge, en fait.

Les questions fusent, les rires aussi. Même si elle feint de ne pas le remarquer, la sémillante quinquagénaire a été invitée pour jouer les bêtes de foire. Elle intrigue, elle provoque, et on la chahute, on la raille. Quelle était l’intention de cette femme en venant sur le plateau de cette émission ? Mystère. Mais j’ai comme l’impression qu’elle a failli à sa mission : homme ou femme, tout le monde rentre chez soi, goguenard, conforté dans l’opinion que cette femme est une excentrique, limite un peu folle. Les gens sont soulagés, en fait. Eux au moins, ont une vie normale, ils n’ont rien à voir avec elle, la pauvre.

Non, vraiment, la cougar n’a pas bonne presse. Le mot, même, fait peur. Il suggère instantanément une femme outrancière, vulgaire, caricaturale. Comme si aimer les hommes plus jeunes quand on a passé 40 ans était une preuve de mauvais goût. Pire, une déviance. Comme si vouloir continuer à séduire, et affirmer son désir et sa sexualité à cet âge était tabou.

Question : quel est donc l’équivalent masculin de « cougar »? J’ai cherché, je n’ai pas trouvé. Si ce terme pointe une réalité « hors-norme » en ce qui concerne les femmes, le fait qu’un homme sorte avec des femmes de la moitié de son âge est accepté, voire glorifié. Ce genre d’hommes ne tombe dans aucune catégorie. Il est juste…. Un homme normal. Un homme chanceux, préciseront certains. Alors pourquoi diantre une telle asymétrie quand il s’agit d’évaluer les relations entre hommes et femmes ?

Être une cougar ne fait pas rêver beaucoup de femmes. D’ailleurs, peu d’entre elles le revendiquent haut et fort. A ce sujet, Axelle Laffont a sorti un film il y a deux ans. Elle aurait pu l’appeler Cougar, mais elle a opté pour le titre plus soft de MILF. Quelle est la nuance, me direz-vous?

Il semble qu’être une MILF est plus enviable, plus socialement acceptable, car la Mother I’d Like to Fuck reste un objet de désir. C’est la mère de famille à l’allure affriolante qui excite les jeunes voisins, le meilleur pote du mari, le prof de maths du gosse et qui se fait cueillir sans avoir rien demandé. Alors, on peut lui pardonner.

La cougar, à l’inverse, n’attend pas qu’on la remarque derrière son tablier, elle assume pleinement sa sexualité. Elle va au-devant des hommes, elle n’attend pas qu’ils expriment leur désir, c’est elle qui exprime le sien. Et tant qu’à faire, elle choisit ceux qui lui plaisent le plus, physiquement, et non en fonction de ce qu’ils peuvent matériellement lui apporter - ça la cougar s’en fiche. Elle n’est pas vénale, elle n’est pas intéressée. Assumer sa libido, ne pas courir après l’argent de l’autre, clamer que si, le physique ça compte… Sont-ce là des péchés capitaux quand on est une femme ?

Je ne pense pas.

Alors pourquoi n’y a pas-t-il plus de femmes à revendiquer aimer les hommes jeunes ? Pourquoi, du moins, n’y a-t-il pas autant de femmes que d’hommes, à assumer cette préférence de façon décomplexée?

Je pense que nous sommes tellement habituées aux rôles secondaires, à être traitées en objet de désir, passif, décoratif, à être choisie, que nous nous nous sentons déstabilisées si le jeune éphèbe à notre bras est moins expérimenté que nous, s’il n’a pas encore décroché un CDI, ou s’il n’a pas encore lu l’intégrale de Céline.

En d’autres termes, cela peut en ébranler plus d’une de jouer le rôle traditionnellement assigné à l’homme, d’avoir plus de poids, de carrure, de pouvoir que son conjoint. Alors qu’en fait, on s’en fout non ? D’autant qu’on a compris depuis longtemps que ce n’est pas parce qu’un homme est riche, fort et cultivé que notre couple va forcément s’inscrire dans la durée ; que notre conjoint nous rendra plus heureuse ; qu’il sera en mesure de mieux nous protéger (puisque j’ai l’impression que c’est un peu cela le fond de l’histoire).

Soyons claires, un homme riche, fort et cultivé, donc, peut décider qu’à 55 ans, il est grand temps de changer de femme (avec, why not, une milleniale. Youpi.) Un homme riche, fort et cultivé peut également décider que non, désolé ma chérie, mais il n’a pas les épaules pour aider sa conjointe à traverser la maladie (comment ça, je raconte n’importe quoi? Rappelons que, selon les statistiques, une femme a 6 fois plus de chances qu’un homme d’être quittée lors du diagnostic d’un cancer.)

Nous sommes en 2020. Peut-être faut-il arrêter de se raconter des histoires : non la mission de l’homme sur terre n’est pas de protéger la femme. (Ou si tel était le cas au départ, il me semble qu’il s’y prend un peu comme un manche). Et tant mieux d’ailleurs. Etre indépendante, forte, savoir se démerder toute seule comme une grande, et ce en dépit des multiples obstacles que cette société patriarcale s'amuse à mettre sur notre route,  n’est-ce pas là l’ultime consécration pour une femme ?

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