Vérité et Justice pour Jocelyn Mafféis

Le 18 septembre 2013 vers 18h, Jocelyn, 19 ans, est tombé du 7ème étage dans la cour intérieure de sa résidence d’étudiants, la Maison des Mines et des Ponts. Il est décédé six jours plus tard. Il venait juste de faire son entrée à l’école des Mines de Paris. Nous demandons que l’instruction se poursuive de manière rationnelle, avec les investigations prévues dans les procédures réglementaires.

Les dix jours passés par Jocelyn au sein de l’école et de la résidence avaient comme programme les cours pendant la journée, ainsi que des jeux et des soirées d’intégration. Sa chute, dans la cour intérieure de la résidence des étudiants des Mines, à partir d’une fenêtre de l’escalier de service, s’est produite quelques heures avant le départ en WEI (week-end d’intégration).
Dans la tradition d’accueil aux Mines de Paris, les anciens (élèves de 2ème année) accueillent les nouveaux, avec des moments dits « de folklore » annoncés comme incontournables.

Presque cinq ans après les faits, deux points très importants n’ont pas encore été investigués.

Le premier point est le fait que la scène d'infraction a été polluée tout de suite après la chute, dans un laps de temps de 40 minutes avant l’arrivée de la police. Cette pollution de la scène (introduction d’empreintes autres que celles de la victime) est due à au moins un élève accueillant, peut-être plusieurs élèves.
Des affaires personnelles de Jocelyn ont été déplacées et manipulées : son sac à dos, une pile de vêtements, son téléphone, son ordinateur. Une enquête normalement menée doit établir la liste de toutes les personnes présentes sur les lieux, doit recenser exactement qui a déplacé quoi, qui a touché à quoi, et pour quelle raison.

Le deuxième point est que la fenêtre trouvée ouverte à l’arrivée de la police, potentiel lieu de départ de la chute, n'a pas de poignée. Une enquête normalement menée doit rechercher comment cette fenêtre a pu être ouverte. Les éléments recueillis indiquent que des élèves ouvrent parfois ces fenêtres sans poignée situées dans l’escalier de service, et que le régisseur de l'immeuble s'empresse de venir les refermer quand il s'en aperçoit. Cela semble donc être une sorte de jeu habituel pour les élèves ayant trouvé l’outil adéquat, d’ouvrir ces fenêtres malgré le danger occasionné. 

Les élèves accueillants sont au nombre d'une vingtaine. Nous ne comprenons absolument pas pourquoi la justice ne les a pas encore tous entendus à ce jour, car leur témoignage aiderait forcément à la compréhension des faits.
C'est la base de l'investigation normale et ce n'est toujours pas réalisé ! Cela pose question. Comment ne pas y voir une indéniable mauvaise volonté de la Justice de faire émerger la vérité ? C'est pourtant son rôle, envers tout citoyen.

Les éléments récoltés par l’instruction montrent qu’en 2013 l’intégration aux Mines de Paris s’effectuait avec un mode d'accueil extrêmement discutable. L’ambiance de soi-disant franche camaraderie était en réalité propice à des pressions exercées par des anciens élèves sur un nouvel arrivant. 

Bien sûr le décès de Jocelyn nous a été présenté comme un triste événement, nous avons reçu des messages de compassion ("nous sommes aussi tristes que vous" nous a dit un membre de la Direction), mais les causes du décès n’ont pas du tout été recherchées par l'école.

Après le choc et l’incompréhension du décès de Jocelyn, le travail de la Justice, d’une lenteur extrême, avec non-réalisation des investigations de base citées plus haut, sont d’une violence non moins grave, car il s’agit d’une violence d'Etat tout à fait concertée. 

Nous, parents de Jocelyn, avons déposé plainte contre X en Mars 2014. Le réquisitoire introductif du traitement de cette plainte nous a donné l’espoir que les recherches seraient à la hauteur des chefs d’infraction visés, malheureusement elles ont été très superficielles.

Les chefs d’infractions à investiguer, selon le réquisitoire introductif, étaient les suivants : mise en danger, homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence imposée par la loi ou le règlement, non-empêchement de crime ou délit contre l’intégrité corporelle, destruction ou modification des preuves d’un crime ou d’un délit, provocation au suicide suivie d’effet, bizutage. 

Alors que les éléments récoltés par l’instruction apportaient des informations sur les débordements possibles en cette période de rentrée à l’école, et sur les étonnants faits et gestes de certaines personnes, nous attendions que la Justice creuse plus précisément les points de doute. Or lors de notre appel à témoins lancé le 22 Novembre 2017 grâce à l’émission RTL « L’heure du crime », les réquisitions aux fins de non-lieu ont été soudainement rédigées en une journée !

Le message de la Justice est devenu tout à coup très clair envers nous, car c’était la meilleure façon de nous signifier : « N’attendez rien de plus que le couvercle mis sur cette histoire, il faut vous faire à l’idée que la Justice n’a pas envie de savoir ce qui a pu se passer ». 

Aujourd’hui, nous demandons la réalisation rationnelle des investigations prévues dans les procédures réglementaires, faciles à effectuer par auditions de personnes déjà identifiées, avec un œil neuf et une réelle volonté de recherche. 

La Justice ne doit pas être juste une chambre d’enregistrement des plaintes, avec classement sans suite des dossiers qui dérangent les institutions en place.

La Justice doit travailler à faire émerger la vérité, elle le doit à tous les citoyens de notre pays démocratique. 

Site de soutien pour Jocelyn :
http://www.soutienpourjocelyn.fr/ 

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