Un don

Il est des livres qui envahissent si exactement le cœur et le corps qu’aucun vocable ne peut plus les qualifier. Ils deviennent, au moment même où chacune de leurs phrases s’incrustent en nous pour y rester, hanter et habiter notre entièreté, cette profonde part de nous que nous n’aurions pu exprimer plus purement.

Il est des livres qui envahissent si exactement le cœur et le corps qu’aucun vocable ne peut plus les qualifier. Ils deviennent, au moment même où chacune de leurs phrases s’incrustent en nous pour y rester, hanter et habiter notre entièreté, cette profonde part de nous que nous n’aurions pu exprimer plus purement.

« Un don » de Toni Morrison.

Pour ne pas prétendre en parler, je désire juste raconter.

J’ai tourné longuement autour de ce livre, à la façon d’un animal, après l’avoir d’abord vivement refermé, épouvantée par sa première et sa deuxième phrases, qui déjà me happaient et impulsaient en moi cette totale envie de fuir qui vous saisit lorsque vous savez de façon certaine que vous allez être dévoilée.

L’ayant finalement traversé, je le ferme à l’instant en sanglotant sur ses dernières phrases, éblouie, éreintée, mise à nu.

Tout m’y a été dit.

Tout m’y a soignée, ôtant avec douceur et arrachant dans la folie les pansements restants sur des plaies bien trop arides et déchirées encore.

Tout m’y guérit, car c’est la décision de la fleur, qui seule vous reste sur les lèvres, une fois la lecture accomplie.

Cette lecture est chemin d’endurance, partage, incandescence obstinée des femmes. Il s’agit d’avancer comme la braise, toujours brûlante, oui, mais jamais éteinte.

C’est bien au-delà de toute analyse.

C’est pure poésie de l’être, vrai savoir.

Du fond de moi où vous êtes venue me chercher, m’offrant ces compagnes éternelles désormais, merci, Madame Toni Morrison.

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