Qui va remplacer Najat Vallaud-Belkacem ?

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem a été nommée au ministère de l'Éducation nationale, je me suis demandé quelle mouche avait piqué François Hollande. Certes, cette jeune femme ne manque pas de charme, et elle avait assumé le rôle difficile de porte-parole du gouvernement, mais enfin, de là à devenir le troisième ministre d'État !

Surtout qu'elle ne pouvait se prévaloir d’aucune expertise en matière d'éducation : ayant échoué deux fois au concours de l’ENA, elle était paradoxalement une des figures les moins diplômées du gouvernement, et s’était jusqu’alors plutôt illustrée dans la promotion d’initiatives symboliques que dans la gestion de dossiers complexes. Ainsi n'avait-elle mis les pieds dans une école que pour y faire la propagande de l'idéologie du genre par ses fameux "ABCD de l'égalité". Ses relais militants étaient faibles (connaît-on des Belkacemistes ?), et son ancrage territorial plus que léger (elle a été défaite lors de sa seule tentative de briguer un mandat parlementaire).

Cette nomination, au-delà de calculs politiques mesquins, ne signifiait au fond qu'une seule chose : échaudé par l'expérience de "refondation de l'école" par Vincent Peillon, le Président de la République avait renoncé à cornaquer le mammouth. Il allait laisser libre cours à l'inertie des centaines de milliers de ronds-de-cuir qui croupissent dans les bureaux de la rue de Grenelle et des rectorats.

Et quand le pire est sûr, on n'est jamais déçu.

Car Najat Vallaud-Belkacem, en bon petit soldat, s'est empressée de mettre en musique toutes les réformes désastreuses que les pédagogistes frénétiques aux manettes depuis 40 ans lui ont susurrées à l'oreille.

Suppression des notes, des internats d'excellence, des bourses au mérite, des classes européennes, des options latin-grec, interdiction du redoublement, amputation des horaires disciplinaires, baccalauréat au rabais en 5 ans et maintenant réforme-massacre de l'orthographe... elle n'a pas raté la moindre occasion de saper ce qui tenait encore un peu dans le système éducatif.

Le nivellement par le bas aura été sa constante obsession.

Dans le naufrage de l'École auquel nous assistons depuis les années 70, Najat Vallaud-Belkacem restera comme la ministre qui a sciemment sabordé tous les canots de sauvetage.

Seulement voilà : à un certain moment, même les professeurs de son bord se sont rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond. Ce fut l'épisode de la réforme du collège, que la ministre a passé en force malgré l'opposition quasi-unanime du corps enseignant.

La grogne est montée, et la défiance à l'endroit de Madame Vallaud-Belkacem atteint désormais des sommets. Dans toutes les réunions de professeurs où je passe, je n'entends qu'une exclamation : "Qu'elle s'en aille !"

D'autant que la ministre s'est honteusement écrasée, sur un plateau de télévision, face à un salafiste qui tenait des propos inadmissibles, refusant de condamner les crimes de l'État islamique et affirmant qu'il ne serrait pas la main aux femmes. Cet épisode lamentable a montré que les incantations laïcistes de Najat Vallaud-Belkacem n'avaient pas la moindre once de crédibilité.

Le Président de la République aura fort à faire s'il veut ramener les professeurs dans son bercail électoral socialiste en vue des élections de 2017. En tous cas, il va devoir s'y prendre dès maintenant.

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