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Billet de blog 1 mai 2008

Toute femme en danger dans son pays aura le droit de demander asile à la France... (Nicolas Zarkozy)

Elle est partieC’était en Septembre. J’avais eu un coup de fil d’une personne qui ne voulait pas trop me dire qui elle était, et qui voulait me parler de quelqu’un qui avait besoin de soins, sans vouloir trop en dire non plus.

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Elle est partie
C’était en Septembre. J’avais eu un coup de fil d’une personne qui ne voulait pas trop me dire qui elle était, et qui voulait me parler de quelqu’un qui avait besoin de soins, sans vouloir trop en dire non plus. J’ai dû comprendre à demi-mot que je trouverais cette personne dans les locaux de (...), mais qu’elle ne parlait pas bien français. J’y allai après mes consultations du soir.
Le bâtiment était vide. N’y restaient plus que les permanents… et cette jeune femme auprès de qui on m’introduisit, dans une pièce servant de bureau ou d’infirmerie.
C’était une belle jeune femme au visage angoissé. Julie (on avait décidé de l’appeler ainsi) parlait vraiment très mal français, et moi je ne risquais pas de parler sa langue, je réussis à comprendre qu’elle venait d’un pays caucasien, que sa fille était en famille d’accueil, qu’elle la voyait en cachette le week-end. Elle s’était enfuie de chez elle car battue par son mari en tout impunité (intégriste musulman), s'était retouvée plusieurs fois à l'hôpital. Elle souffrait de douleurs cervicales, épigastriques, et bien sûr d’angoisses majeures et de dépression, comment ne pas…
Je l’ai ramenée avec moi au cabinet où j’ai pu finir l’examen, lui faire une prise de sang. Je n’avais pas de papiers pour elle et ne sachant pas dans quelle mesure elle avait une sécurité sociale ou non, j’ai fait la prise de sang à mon nom. En fait Julie avait l’AME (aide médicale d’état) ce qui m’a permis ensuite de lui faire faire des radios. Elle souffrait d’une entorse cervicale. Le bilan sanguin était normal. Entre temps je lui avais prescrit un anti dépresseur, des anxiolytiques, un anti-acide pour son estomac. Nous parlions peu mais j’ai su par les personnes qui me l’ont adressée (une association officieuse) que depuis trois ans qu’elle était en France, c’était la première fois qu’elle avait vraiment un médecin, et qu’elle me faisait confiance et qu’elle allait mieux. Un jour, elle est venue avec sa fille, une gamine de 9 ans adorable et très mûre qui parlait français aussi bien que moi et expliquait les choses à sa mère. Elle était scolarisée en CE1 soit disant pour ne pas la perturber alors qu’elle avait facilement le niveau CM1… absurdité de l’éducation nationale.
Un jour, Julie est venue me demander une contraception. Je lui ai conseillé les tests de dépistage. J’ai fait les prélèvements moi-même et cette fois ci, j’ai mis son nom sur la prescription. Elle m’a dit qu’elle reviendrait pour les résultats. Elle me dit aussi qu’elle avait appris que son permis de séjour n’était pas reconduit. Le lendemain, coup de fil du labo : Elle n’avait pas de sécu et ça les embêtait que l’adresse soit à mon cabinet médical. J’appelai la sécu : J’avais attesté deux mois avant qu’elle m’avait consultée plusieurs fois depuis le mois de Septembre (ce qui prouvait sa présence sur le territoire) justement pour qu’elle ait sa prolongation d’AME et que je ne comprenais pas que ça ne soit pas fait… Réponse « nous sommes désolés mais il y a deux mois de retard pour tous les dossiers d’AME » Moi j’étais désolée ET fâchée.
Re-le labo (le patron) qui avait deux mauvaises nouvelles : un de mes patients avait une leucémie (sa femme était en attente d’une chirurgie cardiaque dans les deux semaines, vraiment la tuile des tuiles…) et ma patiente au nom russe et sans sécu avait une hépatite B et une hépatite C. Aucun problème pour lui, il acceptait de différer le règlement des honoraires, voire de faire un trait dessus et était prêt à poursuivre les explorations. Un petit coup de fil à l’ami hépatologue à l’Hôpital pour discuter du bilan à faire qui me dit que ce genre de maladie allait empêcher son expulsion… Quelle chance… ( ??)
Mais Julie ne rappelait pas. Une semaine après, j’ai su par le responsable des restaus du cœur qui lui avait permis de manger depuis l’automne, qu’elle avait disparu. Elle avait pris peur, et s’était enfuie avec sa fille sans rien dire à personne, doutant de tout le monde, même des personnes qui lui avaient porté secours. Mes messages laissés sur son téléphone n’ont jamais eu de réponse. Dans les quinze jours qui ont suivi j’ai appris deux fois qu’une jeune femme originaire d’un ex pays de l’Est et sa petite fille d’une dizaine d’année avaient été arrêtées, reconduites à la frontière… J’en ai pleuré d’impuissance et de colère…
Claire Fiddle

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