Monsieur Blanquer, les élèves hors contrat et du CNED ne sont pas des parias

Le ministère de l’éducation a décidé de pénaliser les élèves des établissements hors contrat et inscrit.es au CNED pour le bac 2021. Il faut que nous dénoncions cela, afin de permettre à ces élèves d’être traité.es de manière égale, et d’assurer la réussite de leur bac.

Monsieur le Ministre,

 

Aujourd’hui, j’ai appris que mes camarades de lycées hors contrat et du CNED allaient subir une inégalité de traitement quant à leurs épreuves de bac. J’ai ressenti cela comme une injustice profonde et une humiliation.

 

Les sentiments d’incompréhension, d’injustice et de déception leur ont donné une amertume désagréable. Prévisible. Evident, me direz-vous.

 

Nous, élèves d’établissements hors contrat, avons eu des parcours différents des élèves de l’école de la République. Certains nous disent élitistes, privilégiés, d’autres sectaires. Nous avons suivi des chemins marginaux : des camarades se sont fait.es mettre à la porte d’établissements privés car ils.elles risquaient de mettre en péril les 100% de mention au bac. Certain.es ont été viré.es car on avait peur de leur différence. D’autres ont fuit les établissements publics à cause du harcèlement.

Nous ne devrions pas avoir à justifier notre incompatibilité avec le système scolaire actuel.

 

Nous avons quitté les sentiers battus : l’école des enfants de la République ne voulait plus de nous. Phobiques scolaires, dépressif.ves, chahuteur.euses, inaptes au travail régulier, nos parcours sont multiples.

 

Qui nous a accueilli.es alors que nous n’avions nulle part où apprendre ? Les écoles hors-contrat.

Qui a transformé nos faiblesses en forces avec courage, lorsque partout ailleurs nous étions rejeté.es ? Les professeur.es de ces écoles.

Cette finalité des choses convenait à tout le monde : les écoles sous contrat n’avaient plus à se soucier de nous, et nous étions soulagé.es de ne plus avoir à nous soucier d’elles.

Souvent, enfin, nous trouvions une place.

 

Aujourd’hui est différent. Je pense que nous sommes nombreux.ses à ressentir une discrimination. Car oui, traiter une minorité d’une façon différente et inégalitaire, est une forme de discrimination.

Je pense que comme moi, mes camarades se sentent victimes des conséquences d’un parcours qu’ils.elles n’ont pas nécessairement choisi.

 

Pour ma part, l’empathie, l’encouragement et l’accompagnement sont des valeurs que je n’avais jamais connues dans les écoles de la République. Je peux dire sans crainte que mon école m’a sauvée là où d’autres m’auraient laissée périr.

 

Contrairement aux idées reçues, nous ne sommes pas qu’une élite pouvant se permettre le luxe de suivre des cours d’une quinzaine d’élèves. J’ai connu des camarades qui, n’ayant trouvé leur place que dans ces structures, demandaient de l’aide à leur famille afin de payer leur école.

 

Elèves, nous sommes peut-être une minorité incapable de rentrer dans les schémas préconçus de l’éducation. Doit-on pour autant considérer que nous travaillons moins bien ?

Professeur.es, ils.elles ont choisi d’enseigner à des élèves en difficultés, ou dans des structures différentes. Doit-on pour autant considérer qu’ils.elles travaillent moins bien ?

Aujourd’hui, on insinue ouvertement, leur incapacité à nous évaluer. En quel honneur, considère-t-on ces professeur.es inaptes à la notation ?

Je suis profondément choquée de la façon dont on méprise mes professeur.es, à qui je dois tant aujourd’hui.

 

Nous naissons libres et égaux en droit, sauf lorsque nous ne bénéficions pas du sceau sacré de la République.

Le fait de ne pas prendre en considération notre scolarité au même titre que les élèves sous contrat marque un manque de respect, aussi bien pour nous que pour nos professeur.es.

J’ai obtenu mon bac mention très bien l’année dernière, après trois années dans un établissement hors contrat, qui a sauvé ma scolarité. Qu’est-ce qui vous empêche de donner cette chance aux terminales de cette année ?

 

Je pense à ceux.celles qui vont passer la fin de l’année avec la boule au ventre et le stress des examens, eux.elles qui ont souvent déjà tant de difficultés.

Je pense à celles.ceux qui se sentent déjà marginaux.ales, et à qui on ne fait que remarquer de plus belle « vous êtes différent.es, vous allez être traité.es différemment ».

Je pense à mes camarades, qui ont vécu, au même titre que tout le monde, les douze derniers mois de manière complexe, et à qui on ne va pas faciliter la tâche.

Je pense à mes professeur.e.s, que l’Etat ne considère pas comme tels, à qui l’on manque de respect en les discréditant et en les méprisant.

 

Monsieur le ministre, comment pouvez-vous bafouer à ce point l’un des piliers de notre République, celui de l’égalité ?

 

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