Mais ils prirent la Bastille !

L'émergence des gilets jaunes sur la scène sociale

Emergence des gilets jaunes sur la scène sociale :

La gauche politique n'a rien senti venir ou est restée dans l'expectative, voire dans la compromission à la ploutocratie.

Le "mouvement" syndical émerge tout doucement, voire partiellement de son hibernation.

Certes il y a des incompréhensions... mais très compréhensibles...

Que représentent les gilets jaunes :  massivement des femmes, beaucoup d'ouvriers et d'employés, des artisans, des petits paysans, des retraités, voire même des petits patrons à la dérive :... des déclassés !... 

A en croire certains, on pourrait penser que K. Marx les eut considérés comme le Lumpenproletariat.

Chez les salariés de micro entreprises, il doit déjà être difficile de se syndiquer quand le patron travaille sur la machine d'à côté, et qu'on va boire un coup avec lui au bistrot du coin après le boulot. Se syndiquer c'est déjà comprendre qu'on est un groupe différent du patron, donc avoir la conscience de classe.... Qu'ils tardent à accéder à la conscience politique ; oui peut-être, mais à qui la faute ?... Peu des sans culottes de 1789 avaient lu Rousseau, Voltaire, Diderot, Montesquieu, etc... peut-être ... mais ils prirent la Bastille ... 

Les perspectives politiques qu'on leur offre leur sont-elles claires, engageantes ?

- La "gauche",  perdue entre la social-démocratie carpette plus que consentante de l'oligarchie , une gauche progressiste mais tout de même un peu "caviar", et l'extrême gauche perdue dans une scissionnite sur-aiguë continue ...

- Les syndicats organismes de défense ? :

 - La CFE-CGC  ouvertement compromise avec le patronat.

 - La CFTC, issue de syndicats chrétiens de 1886-1887, se référant à la doctrine sociale de l'Eglise et de l'Encyclique Rerum Novarum du Vatican, donc d'essence réactionnaire. La CFTC a refusé en 1964 la transformation quelque peu progressiste en CFDT.

 - La CGT, après des scissions et réunifications est après la guerre, liée au PCF, stalinien.

 - En 1947, FO en scissionne pour rejeter toute influence communiste. C'est une centrale syndicale en grande partie réformiste, mais son indépendance vis-à-vis du PCF permet tout de même à des anarchistes ou des trotskistes de s'y trouver une place;

- En 1968 la CGT montre une hostilité face au mouvement étudiant : des "fils à papa", mais aussi l'extrême gauche radicale en but à l'animosité du PCF... Pour un gauchiste, vouloir distribuer un tract devant un piquet de grève cégétiste, c'était risquer de se faire écharper...( presque aussi dangereux que de diffuser un pamphlet anti sport de compétition à la sortie d'un match de foot ..).

 - De son côté, la CFDT suit mieux le vent du mouvement étudiant. Elle en profitera au cours des années 70 et se développera numériquement. Aujourd'hui elle est retournée à des positions bien chrétiennes :  tendre la joue gauche plutôt que de réagir d'un coup de poing bien placé.

Aujourd'hui, les centrales réformistes CFTC, CFDT, UNSA, CFE-CGC passent à côté du train de l'Histoire.... ou se compromettent totalement auprès du patronat.

On ne trouve un soutien au mouvement des gilets jaunes que chez Solidaire, ou des unions locales CGT, FSU ou FO. Rarement ailleurs.

Attentisme, expectative, peur de paraître récupérateur, voire hostilité, ... comme une partie de la gauche politique, le syndicalisme officiel hésite...

Les travailleurs syndiqués, pourront-ils, avec l'appui des gilets jaunes, reprendre possession de leurs syndicats ? ... ou y aura-t-il comme après 1968 une recomposition du syndicalisme qui profita un temps à la CFDT ? Une coordination des Gilets jaunes, de la CGT, de la France insoumise, du NPA se profile avec un appel qui se généralise à la grève générale contre la répression-bâton et l'auto-débat-carotte du pouvoir...

Et ils prirent la Bastille...

 

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